Ce pape qui n’a pas fini de nous étonner.

Samedi 11 janvier 2014 // La Religion


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Inconnu il y a un an, le pape François veut conduire la barque de Pierre en mettant davantage l’accent sur une Église de la miséricorde que sur une Église de la norme.

Alphonse Allais aimait à dire : « Je ne prendrai pas de calendrier cette année, car j’ai été très mécontent de celui de l’année dernière ! » Pour le journaliste, à l’inverse, toutes les années se valent tant que l’actualité est riche, tant que les débats sont nombreux et tant que, au-delà de l’écume des jours, il reste la possibilité de donner du sens au bruit et de s’intéresser aux vrais sujets de société aux dépens des lugubres modes médiatiques.

De l’année 2013, il serait possible de retenir beaucoup d’événements majeurs, en France comme sur le reste de la planète. Il y a eu cette formidable mobilisation d’un très grand nombre de Français contre la loi instaurant le mariage homosexuel, avec comme corollaire l’apparition, chez nombre de jeunes, d’une conscience politique. Aveuglé par ses dogmes, son sectarisme et une intolérance rare, le gouvernement n’a rien compris de cette France qui se levait en masse pour défendre des valeurs liées à la famille, aux droits de l’enfant et à la filiation. Il y a eu aussi ces poussées de fièvre dues au ras-le-bol fiscal, qui ont montré à quel point François Hollande s’est fourvoyé depuis un an et demi. Il y a eu, hélas, l’incroyable vacuité intellectuelle de l’opposition, qui a contrasté avec un trop-plein d’ambitions personnelles. Il y a eu également la formidable reprise économique dont ont bénéficié les États-Unis, le Royaume-Uni et même le japon : trois pays qui ont opté pour des politiques délibérément libérales. Il y a eu enfin la manière dont Vladimir Poutine est devenu l’homme incontournable de la géopolitique mondiale, profitant de la fadeur d’un Barack Obama incapable de jouer le rôle de gendarme du monde. Mais s’il ne fallait retenir qu’un seul événement de cette année 2013, c’est bien sûr la renonciation de Benoît XVI et l’élection de son successeur, le pape François.

Aune époque où le matérialisme, l’égoïsme et le relativisme sont devenus les trois piliers d’une civilisation qui ne semble plus vivre que pour le pain et les jeux (panera etcircenses), l’Église a choisi comme successeur de l’apôtre Pierre un cardinal argentin qui déconcerte, surprend et bouscule la cour vaticane. À la fois jésuite par sa formation et franciscain par son mode de vie, le pape se définit comme « un pécheur sur lequel le Seigneura posé son regard ». Bien sûr, sa simplicité assumée a pu troubler plus d’un catholique.

Bien sûr, il ne ressemble en rien à Jean-Paul II, qui gardera à jamais une placé à part dans l’histoire de l’Église. Bien sûr, il apparaît très différent d’un Benoît XVI, si attaché à la théologie et à la défense de l’édifice moral constitué par deux millénaires d’histoire, d’écrits et de dogmes. À travers ses premières prises de parole et ses écrits, le pape François semble vouloir mettre davantage l’accent sur une Église de la miséricorde que sur une Église de la norme.

Ne nous voilons pas la face : c’est une petite révolution pour les 1200 millions de catholiques qui constituent près du cinquième de l’humanité. Mais ce pape, que beaucoup ont déjà désigné comme l’homme de l’année, ne veut pas simplement réformer la curie romaine. Il entend surtout remettre l’Église dans les pas de celui qui l’a créée. Son mot d’ordre, il le prend dans l’Évangile, lorsque le Christ sermonne les scribes et les pharisiens auxquels il reproche d’avoir enlevé la clé de la connaissance et finalement « fermé » l’Église à ceux qui recherchent la tendresse, la douceur et l’amour de jésus.

Comme le pape François l’a écrit, il y a quelques jours, à l’occasion de son message annuel pour la paix dans le monde : « Le Christ embrasse tout l’homme et veut qu’aucun ne se perde. » Lui veut aller à la rencontre de nous, simples pèlerins d’Emmaüs. Comme le fondateur des jésuites, Ignace de Loyola, il souhaite davantage une Église missionnaire qu’une Église de la contrition. Voilà pourquoi, dans une conversation avec un autre jésuite, il a souhaité « une Église qui n’ait pas peur d’entrer dans la nuit de l’homme, une Église capable de les rencontrer sur leur chemin, une Église capable d’affronter leur désenchantement et leur désillusion d’un christianisme considéré comme un terrain stérile, infécond et incapable de générer du sens ».

Ce pape n’a donc pas fini de nous surprendre. Comme il n’a pas fini de nous rappeler que nous croyions au ciel ou que nous n’y croyions pas au message universel du Christ. Permettez-moi d’y ajouter tous mes voeux d’une très belle année 2014 pour vous, lecteurs de Valeurs actuelles, qui êtes chaque semaine toujours plus nombreux, plus fidèles et plus engagés.

kerdrel@valmonde.fr

 

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