Cameroun : La réconciliation nationale, une urgence impérative et inévitable.

Dimanche 27 octobre 2013 // L’Afrique

Le « Feuilleton Aminatou Ahidjo » a animé une partie de la campagne des élections législatives et municipales du 30 septembre 2013, au Cameroun. La presse locale en dit des tonnes. Je voudrais, ici, livrer un petit témoignage qui pourrait aider à mieux appréhender certains aspects du très délicat et sensible dossier sur le retour, au Cameroun, de la dépouille d’El Hadj Ahmadou Ahidjo.

Mon métier m’avait conduit, en avril 2007, à Dakar, pour assister à l’investiture du Grand-Frère Abdoulaye Wade. Son premier ministre de l’époque, Macky Sali, aujourd’hui, président du Sénégal, souhaita, à l’issue de cette visite, que je revienne, avec d’autres confrères, couvrir les législatives qui se tenaient deux mois, après la présidentielle de mars 2007. Comme beaucoup d’autres Camerounais qui visitent, Dakar, je ne résistai pas, quand on me proposa de me conduire auprès de la première première dame du Cameroun, Germaine Habiba Ahidjo. Le discours qu’elle m’a tenu est à peu près ceci « Ahidjo a dirigé le Cameroun pendant un quart de siècle ; il n’appartenait plus à sa seule famille. Ses obsèques doivent se faire en tenant compte de cette responsabilité passée. Bien qu’étant sa veuve, je ne reçois rien du Cameroun ; je suis démunie depuis la mort du président Houphouët-Boigny et le départ du pouvoir du président Abdou Diouf. Je ne dispose même pas d’un passeport camerounais, etc. ».

Après l’avoir écoutée, avec son accord, j’ai été autorisé à me rapprocher du Chef de l’Etat gabonais, El Hadj Omar Bongo Ondimba, lors de mon prochain séjour, à Libreville, en 2007. Une fois sur place, avant de quitter Le Rendama où je logeais pour me rendre au Palais du Bord de Mer, je pris le soin de lui passer un coup de téléphone, à Dakar. La veuve du président Ahidjo me souhaita bonne chance pour ma démarche que j’allais entreprendre en sa faveur. Après m’avoir écouté, le patriarche accepta de lui venir en aide. A une condition cependant : après avoir obtenu « l’autorisation de Paul ». Celle-ci n’ayant pas été difficile à avoir, le patriarche (qui reçut même des remerciements de son frère de Yaoundé pour s’être intéressé à ce problème) envoya son directeur de cabinet du PDG (Parti démocratique gabonais) lui remettre, à Dakar, l’aide sollicitée. Tout se passa très bien et l’ex-première dame, ravie, me téléphona, à Paris, pour m’informer de cette bonne nouvelle et me remercier par la même occasion.

J’avais entrepris la même démarche auprès du Grand-Frère Obiang. J’en parlai, dans un premier temps, à un de ses proches conseillers qui revint vers moi pour me dire qu’il était sensible à ce problème. La voie était, aussi, ouverte, de ce côté et j’attendais le bon moment pour lui en parler. L’ex-première dame m’avait laissé entendre qu’après leur accession au pouvoir, en 1979, le nouveau couple présidentiel équato-guinéen fut invité, par le président Ahmadou Ahidjo, pour passer un mois, à Yaoundé, à leurs côtés. Il avait gardé un bon souvenir de ce séjour, en terre camerounaise. Ma « mission » en Guinée Équatoriale, devait, aussi, réussir - j’en suis persuadé - car le président du Cameroun ne pouvait pas refuser que son frère équato-guinéen vienne en aide à la veuve de son prédécesseur. Mais le destin en a décidé autrement.

La mort de la première dame du Gabon, en mars 2009, suivie de celle de son époux, trois mois plus tard, ébranla l’Afrique centrale. La priorité fut donnée à la succession du doyen des chefs d’Etat de la sous-région qui s’annonçait périlleuse. Au moment où je voulus reprendre le dossier, l’élection du nouveau président du Gabon ayant eu lieu, fin août-début septembre 2009, sans dommage, le président du Congo, Denis Sassou Nguesso, engagea, une campagne médiatique malsaine à travers une feuille de chou de Brazzaville aujourd’hui disparue, dans le but de discréditer le couple présidentiel camerounais et le fondateur du magazine Afrique Education que je suis.

 Entre septembre et décembre 2009, on ne parla que de ce différend (qui fut artificiellement créé par le président congolais). J’ai revu le Grand-Frère Teodoro, en janvier 2010, sans lui parler du dossier Ahidjo (comme je l’avais au départ prévu), à cause du conflit entre Brazzaville et Yaoundé via Afrique Education. Sans en faire part à la veuve du premier président, je décidai, tout seul, de jeter l’éponge.

Pourquoi je raconte tout ceci ? Parce que je pense, sincèrement, que le problème du retour de la dépouille de l’ancien président est mal posé par l’opinion camerounaise. Je ne pense pas, un seul instant, que le chef de l’Etat camerounais soit un obstacle. Au contraire. Il faudrait, tout simplement, très bien s’y prendre. Car le Cameroun est le Cameroun.

Après Mohamadou Badjika Ahidjo, député et ambassadeur itinérant, et Aminatou Ahidjo, la fille de Germaine, qui a décidé de soutenir le pouvoir en place, il faudrait, désormais, encourager le président Paul Biya à sauter le pas pour tendre la main à la maman d’Aminatou, pas forcément en tant que chef de l’Etat, mais tout simplement comme humaniste, homme de Dieu et époux. Qu’on mette la politique loin de cette affaire. Si j’étais son conseiller, je prendrais mon courage à deux mains pour dire au Grand-Frère que l’histoire retient que pendant 30 ans, il a dirigé le Cameroun dans la paix. Mais qu’il sera encore plus grand, aux yeux de tous, au Cameroun, au Sénégal, en Afrique et ailleurs dans le monde, s’il soldait cette affaire comme il a su mener le conflit Bakassi.

Je pense même qu’on ne devrait pas se limiter au cas Ahidjo. Il faut que le Cameroun se réconcilie avec son histoire, en réhabilitant tous ses Grands Fils qui se sont sacrifiés pour lui. Il n’est que temps que les grands édifices publics et monuments historiques, les établissements scolaires et universitaires, les rues, soient baptisés à leur nom.

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