Mediapart

Cahuzac : l’heure du grand oral

Par Fabrice Arfi

Lundi 8 juillet 2013 // La France

Il a menti, puis il a avoué. Il va lui falloir désormais s’expliquer publiquement, affronter les questions et les regards de ceux qui furent les siens. Jérôme Cahuzac est de retour, mercredi 26 juin, à l’Assemblée nationale où il doit être entendu, à partir de 16 h 30, par une commission d’enquête chargée d’établir d’éventuels dysfonctionnements des pouvoirs publics – gouvernement compris – dans la gestion de l’affaire des comptes offshores de l’ancien ministre budget.

S’il est le personnage principal de l’affaire judiciaire qui porte son nom, Jérôme Cahuzac, mis en examen pour « blanchiment de fraude fiscale  », n’est pas le sujet central des investigations parlementaires.

La question qui se pose depuis fin mai aux membres de la commission d’enquête, présidée par le député centriste Charles de Courson (UDI), consiste à comprendre comment le mensonge de l’ancien ministre socialiste a pu tenir aussi longtemps entre les premières révélations de Mediapart, début décembre, sur ses comptes cachés en Suisse et à Singapour, et ses spectaculaires aveux, début avril ?

Jérôme Cahuzac
Jérôme Cahuzac© Reuters

Ce mercredi, dans l’enceinte d’une Assemblée qu’il a longtemps fréquentée du temps de sa splendeur, Jérôme Cahuzac sera le témoin de sa propre histoire face aux mêmes députés auxquels il a avait juré, les yeux dans les yeux, le 5 décembre : « Je n’ai pas et je n’ai jamais eu un compte à l’étranger, ni maintenant, ni avant »  :
L’ancien ministre devra, cette fois, déposer sous serment, lever la main droite et jurer de dire « toute la vérité ». Mais le fera-t-il vraiment ? S’en tiendra-t-il à la version officielle selon laquelle l’affaire Cahuzac n’est que la chronique d’une faute personnelle – la sienne –, qui n’atteindra in fine ni le Parti socialiste, ni le gouvernement, ni l’Elysée ? Ou viendra-t-il avec des révélations, lui qui promet, selon France Inter, de « balancer du lourd » dans un livre-confession en cours d’écriture ?

Depuis le 21 mai, les nombreuses auditions menées par la commission d’enquête ont d’ores et déjà permis de tirer quelques lignes de force dans la compréhension du dossier, sans pour autant avoir permis de lever toutes les zones d’ombres persistantes de l’affaire :

  • Quand Bercy tente de court-cicuiter la justice

François Molins
François Molins© Reuters

Le procureur de la République de Paris, François Molins, a confirmé devant les parlementaires le caractère inhabituel de l’enquête parallèle lancée, fin janvier, par Bercy. Cette enquête administrative en lien avec la Suisse, revendiquée par le ministre de l’économie Pierre Moscovici, n’a non seulement pas trouvé le compte suisse de Jérôme Cahuzac, mais, pire, en posant de mauvaises questions aux autorités helvètes, elle a permis d’affirmer qu’il n’y en avait pas.

La justice, qui n’avait pas été informée des démarches de Bercy, démontrera, elle, le contraire quelques jours plus tard, ce qui n’empêchera pas le directeur général des finances publiques, Bruno Bézard, d’affirmer devant les députés qu’il n’avait manqué ni de « courage » ni d’« audace » dans cette affaire…

  • L’esquive de L’Elysée

Comme Mediapart l’avait rapporté, l’Elysée a bien été informé, dès le 15 décembre, de l’authenticité d’un enregistrement accablant pour Jérôme Cahuzac. L’information a été livrée en personne par le premier détenteur de la bande, l’avocat et ancien bâtonnier d’Agen Michel Gonelle, qui fut dans le passé un adversaire politique de Cahuzac.

L’épisode a été raconté devant les députés à la fois par Michel Gonelle et par son interlocuteur à l’Elysée, Alain Zabulon, directeur adjoint du cabinet du président de la République. Ce dernier a confié n’avoir pas pu donner suite aux sollicitations de Michel Gonelle parce qu’il devait finir la préparation… de l’arbre de Noël de l’Elysée. M. Zabulon vient d’être nommé coordinateur national du renseignement, chargé de chapeauter depuis l’Elysée tous les services secrets français.

  • Le fisc n’a pas enquêté malgré les soupçons


© Reuters

Les auditions de la commission d’enquête ont également permis d’établir qu’à au moins deux périodes différentes, le fisc, alerté de soupçons sur un éventuel compte suisse de Jérôme Cahuzac, n’a pas lancé d’investigations dignes de ce nom.

La première fois, en 2001, après que Michel Gonelle se soit ouvert de l’enregistrement explosif qu’il détenait auprès d’un agent du fisc du Sud-Ouest, qui a immédiatement alerté les services compétents à Bordeaux. La seconde fois, en 2008, quand l’inspecteur du fisc Rémy Garnier, lui aussi destinataire d’informations sur les avoirs cachés de l’ancien ministre, a réclamé une enquête à sa hiérarchie – le ministre était alors Eric Woerth (UMP). Sa requête restera lettre morte.

En attendant l’audition de Jérôme Cahuzac, que Mediapart chroniquera en direct dès 16h30, voici une série d’articles qui retracent les principales informations qui ont fait l’affaire :

Les premières révélations
Le compte suisse du ministre du budget
L’aveu enregistré
L’homme qui sait tout
Les mensonges de Jérôme Cahuzac

D’où vient l’argent
L’homme des labos
Le bal des espèces
La piste de la corruption

Une affaire d’Etat ?
Panique au sommet de l’Etat
La faiblesse du pouvoir, le poids des communicants
Pierre Moscovici : « J’ai été utilisé »
Moscovici de plus en plus fragilisé

Répondre à cet article