Mediapart

Cahuzac jette l’éponge, amertume à Villeneuve.

Par Michaël Hajdenberg.

Samedi 1er juin 2013 // La France

De notre envoyé spécial à Villeneuve-sur-Lot (Lot-et-Garonne)

Cette fois, Jérôme Cahuzac a tout perdu, jusqu’à ses dernières illusions. K-.O., le boxeur ne relèvera pas le gant : il a annoncé dans La Dépêche du midi parue ce dimanche qu’il renonçait à se présenter à sa propre succession au poste de député. Une élection partielle provoquée par sa propre démission après l’ouverture d’une information judiciaire sur son ou ses comptes non déclarés à l’étranger.

L’ancien ministre du budget évoque un « choix douloureux » et renvoie dans les cordes ceux qui lui ont administré des leçons de morale. « S’en remettre au suffrage universel serait-il donc indécent ou impudique ? À croire que certains avaient peur de ce que le peuple dirait. » Pas lui. Bien sûr que non.

Si Jérôme Cahuzac a renoncé, c’est, dit-il, parce qu’il craignait « une campagne violemment haineuse avec un harcèlement médiatique incessant, rendant toutes les explications difficiles ou impossibles, compromettant ou gâchant le rendez-vous (espéré) avec les électeurs ».

Au Parti socialiste, le soulagement est immense. Depuis plusieurs jours, certains responsables locaux faisaient des cauchemars éveillés. Quelle consigne de vote donner en cas de triangulaire au second tour entre le FN, l’UMP et Cahuzac ? Pire, que faire en cas de face-à-face Cahuzac/Front national ? Ces questions resteront théoriques.

Bernard Barral, le candidat officiel du PS, l’assure : « La décision ne me fait ni chaud ni froid. Je m’y attendais. » C’est vrai, il la pronostiquait, surtout depuis qu’un pourtant très fragile sondage IFOP l’avait placé devant Jérôme Cahuzac au premier tour. De ces chiffres, il tire la conclusion que « les citoyens sont plus raisonnables qu’on ne le pense »

Une analyse qui se discute. Car une fois de plus, parallèlement à la réélection du condamné Gaston Flosse comme président de la Polynésie française, l’affaire Cahuzac aura démontré le rapport très ambigu des électeurs à leurs représentants. Cette fois, pas question de dire que « les gens ont la mémoire courte » : seule une personne atteinte d’Alzheimer pourrait ne pas se souvenir des aveux tout frais de l’ancien ministre du budget.

Non, cette fois, il est question d’un homme que la ville de Villeneuve-sur-Lot, dont il fut maire, n’arrive pas à oublier. Ses très proches d’abord, comme Marie-Françoise Béghin, vice-présidente (PS) de la région, qui ne se sent pas la force de s’exprimer oralement et renvoie un SMS : « Clap de fin… Je fais douloureusement le deuil d’une belle aventure politique (…) Je suis aujourd’hui sans souffle. »

Nombreux sont ceux qui l’ont appelé pour le pousser à se présenter. Lors de la primaire PS, environ 40 militants sur quelque 200 votants ont rayé le nom proposé sur les bulletins pour inscrire celui de leur ancien député chéri. De quoi donner des illusions à Jérôme Cahuzac, un temps persuadé d’être le seul à même de faire triompher la gauche. 

Samedi 11 mai, il s’est rendu sur le marché de Villeneuve. Il a raconté à ses proches qu’en route, « une boule au ventre d’angoisse » l’avait presque obligé à rebrousser chemin. L’accueil n’avait finalement pas été mauvais. Mais il a senti « des regards fuyants ». Pas si étonnant quand on a menti « les yeux dans les yeux ».

Pourtant, sur le même marché, une semaine plus tard, et quelques heures avant son renoncement officiel, ses partisans étaient encore nombreux. Et pas du tout gênés de le dire. « On est habitués aux péripéties ici, explique Gaby, 56 ans, technicien à France-Télécom. Et puis, si beaucoup d’hommes politiques n’ont pas condamné tout de suite Cahu, c’est parce qu’ils font la même chose. Vous ne me direz pas qu’un chien n’a jamais eu de puces. Et un homme politique ne se balade pas en twingo. Ils nous prennent pour des idiots avec leurs déclarations de patrimoine. Mais là-dessus, les journalistes n’investiguent pas. Ils préfèrent s’acharner sur Cahuzac. »

Aux quatre coins du marché Lafayette, les mêmes propos reviennent chez une comptable, une ancienne toiletteuse, un charpentier, un retraité de la DDE, un producteur de fraises : « Il n’est pas pire que les autres », « c’est un bouc émissaire », « un chirurgien plastique qui n’a pas d’argent en Suisse, ça n’existe pas », « chacun essaie de grappiller à son échelle »« il aurait mis l’argent sous son matelas, personne ne l’aurait su ». Peu auraient jugé sa candidature indécente.

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