Médiapart

Cahuzac : de la sidération à la déflagration.

Par Mathieu Magnaudeix et Stéphane Allié

Samedi 13 avril 2013 // La France

Il fallait voir, mardi à l’Assemblée, la colère des rares députés socialistes qui s’aventuraient devant les médias, comprenant tout juste l’ampleur du mensonge de l’ancien ministre star. Il fallait voir la consternation en miroir de l’opposition, offusquée de l’aveu tardif de Jérôme Cahuzac, mais surtout effarée par les ricochets possibles d’une telle affaire dans l’électorat de droite. Il fallait voir les uns et les autres apprendre la nouvelle, se pincer pour y croire, parler d’« hallucination » ou de « folie ». Mardi, quand ils ont appris l’aveu, tous les responsables politiques du pays se sont dits consternés. Comme saisis de vertige face à la déflagration.

Il y a une semaine de cela, quelques jours à peine après sa démission, Cahuzac a demandé à être entendu par la justice. Et ce mardi, il est venu tout dire au juge. Oui, il détient bien depuis les années 1990 un compte à l’étranger, crédité aujourd’hui encore de 600 000 euros, dit-il sur son blog. Oui, il a menti à tout le monde, y compris au chef de l’État. Aux plus hautes autorités de l’État, il demande « pardon du dommage que je leur ai causé ». Aux parlementaires et aux Français il dit ses « regrets ». « J’ai été pris dans une spirale du mensonge et m’y suis fourvoyé. Je suis dévasté par le remords. »

Le message de J. Cahuzac
Le message de J. Cahuzac© http://www.jerome-cahuzac.com/

En fin d’après-midi, quand ils apprennent la nouvelle, les socialistes réunis pour le bureau national hebdomadaire du parti ne cachent pas leur abattement. La ministre Marylise Lebranchu est encore pleine d’indulgence pour son ancien collègue du gouvernement : « À l’heure qu’il est je ne retiens que ses excuses qui l’honorent… » Le porte-parole David Assouline s’isole dans son bureau avec le proche conseiller de Harlem Désir, Mehdi Ouraoui. Quand il se présente devant la presse, à 18 h 05, l’air est grave. « Nous avons été trahis, nous sommes stupéfaits et choqués. »

Le PS proclame la fin de la carrière politique de celui qui fut son étoile montante puis une star du gouvernement. « Il doit tirer les conclusions de cet aveu, en ne redevenant pas député. » Doit-il être exclu du PS ? « Pour nous, il est de facto en dehors du parti », martèle Assouline. À la sortie du BN, beaucoup rient jaune. « Je n’ai rien à voir avec ça, je suis chauve ! » sourit Pierre Larrouturou. « Ça pourrait être pire. Il pourrait pleuvoir… », philosophe Marie-Pierre de la Gontrie.
Les plus proches du président, François Rebsamen ou Frédérique Espagnac, comme Luc Carvounas, un proche de Manuel Valls, empruntent une sortie dérobée. À 19 heures, Harlem Désir envoie un communiqué de presse depuis son bureau, un étage au-dessus des journalistes qui attendent. « La justice va poursuivre son travail en toute indépendance, comme y a constamment et scrupuleusement veillé le gouvernement. »

Une heure plus tard, Jean-Marc Ayrault s’est invité sur France 2. La mine soucieuse, le premier ministre avoue sa colère. « C’est pour les Français que je suis profondément meurtri, dit-il. Tous ceux qui ont fréquenté Jérôme Cahuzac ont le sentiment d’une faute grave. » « Une grave faute morale », assène-t-il. Le premier ministre dit qu’il n’accordera pas de pardon – « Je n’en ai pas la responsabilité. » Il demande à son ancien ministre « de ne plus exercer de fonctions politiques ». Et rappelle l’indépendance de la justice, la nécessaire indépendance de la presse.

Dans l’après-midi, les ministres ont dit leur stupéfaction. « Je suis tombé de ma chaise, pour ne pas dire de l’armoire, déclare Arnaud Montebourg, en visite à Marseille. Je suis submergé par la tristesse et la colère. M. Cahuzac n’avait pas le droit de faire cela. Cela porte un coup très dur à la parole politique. » Dominique Bertinotti (famille) avoue sa « stupéfaction ». Aurélie Filippetti (culture) se dit « flouée ».

Pascal Durand : « Est-ce que l’Elysée a protégé Jérôme Cahuzac ? »

Par Stéphane Alliès

« Bien pire qu’une simple erreur individuelle », l’attitude de l’ancien ministre du budget est un « attentat contre la démocratie », affirme le secrétaire national d’Europe Écologie-Les Verts, Pascal Durand. Entretien express.

Que pensez-vous du revirement de Jérôme Cahuzac ?

C’est un drame que constitue ce mensonge d’État devant la représentation nationale et la France entière. Il rejaillit sur l’ensemble de la classe politique. C’est un attentat contre la démocratie et la capacité à être cru et entendu en politique. C’est bien pire qu’une simple erreur individuelle ou du vaudeville, là ! Aucune excuse ne pourra compenser le mal qui a été fait.

Quelles sont les premières conséquences de cette affaire ?

Elle démontre que les conflits d’intérêts sont une des explications majeures de l’échec et de la décrédibilisation de la vie politique. Considérer que l’intérêt et le secret d’État priment sur l’information et la vérité, c’est se faire le fossoyeur de la démocratie.

Le journalisme indépendant d’enquête et d’information est une absolue nécessité, et doit être protégé. Au lieu de cela, nous avons assisté à une défense de corps, qui n’a d’ailleurs pas joué pour les journalistes.

Cela montre enfin la nécessité d’une enquête judiciaire indépendante et non celle d’une administration dépendante du pouvoir en place, propice aux pires opérations de communication. 

Et les conséquences politiques ?

Si effectivement, comme l’a écrit Le Canard enchaîné sans être démenti, l’Élysee était au courant de la véracité des informations de Mediapart dès décembre, nous sommes en droit de nous interroger sur la manière dont l’intérêt général est géré dans ce pays.

La question reste entière : est-ce que l’Élysée a protégé Jérôme Cahuzac ?

Monsieur Cahuzac reviendrait sur ses déclarations concernant un supposé compte en banque en Suisse qu’il a toujours nié et qui fut durant de longs mois l’objet d’une polémique à l’endroit de Mediapart dans laquelle des « journalistes » non seulement sceptiques mais encore parfois violemment agressifs se distinguèrent. Monsieur Cahuzac jura pourtant devant l’Assemblée nationale de sa parfaite innocence, de son honorabilité. Dernièrement encore M Edwy Plenel, journaliste connu pour sa pugnacité et son sens de la justice était la cible de ses confrères qui allaient jusqu’à considérer que l’attitude de Mediapart était assimilable à cette presse de caniveau qui poussa un ministre, Roger Salengro, à se suicider.

 M Cahuzac n’était pas la cible de la presse pour les mêmes motifs que Roger Salengro, M Cahuzac est seulement accusé de mentir. M Cahuzac est accusé de mentir sur quelque chose de précis : détenir un compte en banque en Suisse, comme s’il n’y avait pas suffisamment de banques en France pour déposer son argent, son bel argent. Quel est l’intérêt de déposer de l’argent en Suisse sinon bénéficier du secret bancaire, le fameux secret bancaire Suisse qui a fait la fortune de ce petit pays neutre, longtemps considéré comme le coffre-fort de l’Europe. Une Suisse au-dessus de tout soupçon comme aime à la décrire l’un de ses élus M Jean Ziegler. Une Suisse qui s’est fort bien accommodée de deux guerres qui ont ensanglanté le monde durant le XXème siècle, et pour cause, ces guerres firent sa fortune.

On ignore ce qu’est devenu le trésor des nazis, d’aucuns prétendent qu’il n’a pas été perdu pour tout le monde et que la Suisse et le Vatican y trouvèrent leur compte, simples spéculations ? Les banques suisses se sont fait une spécialité du blanchiment d’argent, sinon sale du moins dont la provenance serait douteuse. Est-ce la raison pour laquelle M Cahuzac a préféré y placer ses économies plutôt que dans une banque installée en France, c’eût tout de même été plus simple, non ? L’évasion fiscale représente grosso modo le montant de la dette publique de notre pays, cette dette que le ministre Cahuzac voulait à toute force faire payer aux Français par le biais de l’impôt ou des charges sociales.

 « Ce qu’il y a de plus humiliant, de plus révoltant et de plus désespérant, écrivait John Lemoine, ce n’est pas de voir écraser impassiblement les malheureux, anéantir les corps et les âmes, l’esprit et la matière, les blés, les arbres, le fruit du travail des peuples, le corps des enfants, le cœur des mères, toutes les lois, toutes les libertés, tout ce qui vivait et ne demandait qu’à vivre, non, mais c’est de voir l’abjection morale, le déshonorant besoin de servitude qui pousse le troupeau humain à adorer les forfaits dont il est victime, à diviniser les mains qui le frappent et à baiser les pieds qui l’écrasent. »

Mediapart s’est donné la mission de combattre ce besoin de servitude, nous incite à ouvrir les yeux, à ne pas croire sur parole ceux qui nous bercent justement, de belles paroles. J’ignore si M Cahuzac est innocent des accusations portées par Mediapart mais c’est tout à l’honneur de Mediapart de forcer la vérité à sortir des mensonges dont on nous accable. Mais c’est aussi aux lecteurs de Mediapart de soutenir leur journal quand il est le seul à s’en prendre à un ministre qui peut être un menteur, car on ne peut pas s’accommoder du mensonge surtout au plus haut niveau de l’Etat.

Depuis trop longtemps ceux qui sont élus pour nous représenter (comme si nous n’étions pas suffisamment intelligents pour décider nous-mêmes de notre destinée, mais ceci est un autre débat) considèrent que leur mandat est devenu un blanc-seing qui leur autorise tous les excès de pouvoir. Ainsi M Hollande qui, élu sur un programme de gauche se fait le chantre de la droite affairiste, l’homme qui devait s’en prendre à la finance, cause principale de nos maux, recule constamment sur ses positions et vise une nouvelle fois ceux qui sont incapables de se défendre : les salariés, les travailleurs, mais surtout les pauvres, les humbles, ceux qui essaient de s’en sortir par leur travail, leur seule richesse.

M Cahuzac avait été chargé de cette mission peu glorieuse d’équilibrer le budget de la France en s’en prenant une fois de plus aux pauvres, aux classes moyennes, mais en évitant soigneusement les riches, ces gens qu’il ne faut pas froisser sous peine de les voir s’expatrier, et qui ne s’en privent pas cependant. Or voilà que ce monsieur qui devait laver plus blanc que blanc, comme disait notre regretté Coluche, se trouve placé sous les feux de la rampe dans le rôle de l’arroseur arrosé. Pitoyable ? Sans doute, mais il faut désormais que la lumière soit faite sur cette affaire, et si M Cahuzac a fauté, il doit payer. S’il est innocent, et c’est le rôle des magistrats de l’établir au vu des éléments de l’enquête il doit être rétabli dans ses droits.

Je ne hurlerai pas avec les loups, mais ayant lu les articles de Mediapart sur cette affaire je me suis peu à peu forgé une opinion, mais ce n’est qu’une opinion. Il faut faire la lumière, toute la lumière, en finir avec les hypothèses des uns et des autres, c’est un service à rendre à notre classe politique de lui envoyer un signal fort, de lui faire comprendre qu’elle n’est pas au-dessus des lois, que le juges ne sont pas seulement chargés de sanctionner le citoyen de base. Et il faut encourager Mediapart et la presse d’investigation, si elle existe encore, à remplir ce rôle de quatrième pouvoir, car sinon ce sera la presse de caniveau qui prendra le pouvoir (c’est déjà bien engagé) et alors ce sera la porte ouverte à tous les excès. Les « politiques » sont devenus des « pipoles » il faut qu’ils retrouvent leur place et qu’ils y restent. Qu’un Gaino se permette de commenter une décision de justice et soit reçu dans tous les media est un véritable scandale, il faut qu’il soit sanctionné et sévèrement car il n’est pas un simple citoyen mais un élu. Il en va de l’avenir de notre démocratie, tout simplement !

Et ces pseudo journalistes cireurs de pompes, Apathie et compagnie doivent des excuses à Monsieur Plenel et à Médiapart.

Bravo à votre travail, il faut continuer. Il faut que les tricheurs et les voleurs sachent que maintenant il y a un Média indépendant. D’ailleurs j’espère qu’aux prochaines élections européenne il seront sanctionnés très sévèrement par un vote de gauche vraiment de gauche.

Certes il arrive que des accusés reviennent sur leurs aveux parce ceux- ci auraient été extorqués sous la pression, la menace ou la torture... Mais bon, autant accuser les juges d’avoir utilisé la gégénes pour amener Cahuzac à parler. Cahuzac lui-même ne se présume pas innocent, donc n’en faites pas trop dans cette direction, ce n’est pas la bonne et elle nous éloigne de ce qui importe désormais.

Le vrai scandale de cette affaire c’est la collusion de 90% des politiques, gauche et droite confondue (allez savoir pourquoi.. mais on peut faire des hypothèse raisonnables pour chercher à le savoir !)) avec 90% de la gente journalistique pour ensemble nier au moins une évidence ; le conflit d’intérêt. Une évidence niée au point même de ne pas en parler. De fait Cahuzac Ministre était bien le chef de l’administration chargée d’enquêter sur Cahuzac contribuable. Voilà qui n’était pas ni une rumeur ni même une simple hypothèse : ce sont des faits avérés conduisant à un conflit d’intérêt évident et non présumé. Médiapart avait fourni les éléments suffisants pour démontrer la nécessité d’une enquête fiscale.

Faut-il rappeler qu’une enquête sert à rechercher des preuves ... quand il y a un doute. Il y avait matière à éveiller les services fiscaux, donc matière à enquête fiscale. Quand on a toutes les preuves l’enquête est inutile, non ?

Personne n’avait pas à faire l’enquête à la place de l’administration, mais en tant que citoyens nous devions tous nous assurer que la dite enquête pouvait être conduite sans pression, menace directe ou indirecte sur les enquêteurs. Or justement, dans cet affaire il y avait déjà eu un précédent, un inspecteur des impôts était déjà depuis plusieurs années en délicatesse avec son administration pour avoir émis une hypothèse sur le contribuable Cahuzac et cherchait à faire son travail. Une hypothèse qui s’avère d’ailleurs fondée ! Cet inspecteur sera-t-il récompensé ou au moins réhabilité par son administration pour avoir fait son travail ! 

Tous ces éléments le pouvoir les avait depuis début décembre, y compris le première enquête de l’inspecteur, et toute la presse les avait également. 

L’enquête fiscale était de fait inévitable, d’ailleurs elle ne pu être évité. Dés lors qu’elle était engagée, le conflit d’intérêt était donc avéré !

La seule manière de sortir de ce conflit était la démission de Cahuzac Ministre dès lors qu’une enquête de son administration était devenue indispensable sur Cahuzac contribuable, donc dés décembre 2012. Alors Moscovici, Ayrault, Hollande sont pour le moins légers dans cette affaire, ils doivent répondre de cette légèreté. 

Moscovici le premier, qui doit publier le document qui l’a fait intervenir début février en affirmant qu’il avait reçu les preuves de l’innocence de cahuzac : Nous devons exiger qu’il nous le montre

Le premier et vrai scandale de cette affaire c’est cette collusion entre la presse et les politiques pour nier l’évidence ... du conflit d’intérêt, et prière de ne pas confondre l’évidence du conflit d’intérêt avec l’évidence de la culpabilité de Cahuzac....

Le second scandale serait de retrouver la même collusion entre la presse et les politiques pour nier l’évidente légèreté du pouvoir et ne pas réclamer des explications sur la gestion de cette affaire, qui risque de nous coûter très cher.

Désormais, pour ce qui est l’évidence de la culpabilité de Cahuzac , c’est fait depuis hier, Cahuzac lui-même ne pouvait plus la nier ! Mais il y en aurait encore qui en douterait ! Vous ? 

Il faut bien se rendre compte d’une chose : Si Cahuzac a cru, comme d’autres, pouvoir mentir au delà du raisonnable, c’est que justement il y a suffisamment de "courtisans" du pouvoir pour faire croire à ces messieurs qu’ils peuvent se permettre de prendre les gens pour des imbéciles au delà de toute limite décente :A lire vos conditionnels, Cahuzac lui-même pourrait regretter d’avoir avoué, sauf qu’il sait ne plus pouvoir faire autrement ; sur ce point au moins, vous pouvez lui faire confiance, il sait ce qu’il fait et de quoi il parle !

Je pense que vos collègues journalistes doivent être mal dans leurs baskets, car aucun n’a manifesté le désir d’aller voir de leurs propres yeux la véracité des faits que MDPT exposait. Je me souviens notamment de l’agressivité de Pascale Clark envers Edwy Plenel, sur France-inter, quand elle lui coupait la parole en répétant : "des preuves M. Plenel ! ", "des preuves ! ". "où sont les preuves ?" Elle demandait des preuves au journaliste qui dénonçait une affaire, mais pas au Ministre du Budget soupçonné de blanchiment !!!…

En effet, M. Cahuzac a une puissante agence de communication qui le conseille… la même qui jadis conseillait DSK. M. Fucks était le "communicant" qui menait la campagne pour DSK. (Et si je ne me trompe pas, Hollande avait eu la bonne intuition de refuser cette agence pour sa communication de l’Elysée… mais il a failli de peu). Un coup de fil de M. Foucks au journalistes suffit pour leur faire dire ce qu’il souhaite : il leur a suggéré "d’attaquer MDPT et ses méthodes". Eléments de langage qu’ils ont répété obligeamment, à longueur des jours.

Mais finalement ça explose… mais c’est curieux cet aveu quand même...

Tout reste encore à faire.

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