L’ÉDTORAL DE POLITIQUE MAGAZINE.

Cacophonie ou pervisité.

Dimanche 2 décembre 2012 // La France

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Tous les jours en voient une : une bévue. Et si ce n’est une bévue, c’est un couac. Jean-Marc Ayrault, le Premier ministre en exercice - il convient de le dire puisqu’il paraît que c’est vrai - avait rappelé à l’ordre, à la fin octobre, ces ministres et innombrables sous-ministres, demis et quarts de ministre : il leur avait signifié que l’improvisation personnelle n’était plus permise ; il y avait un chef d’orchestre ; c’était lui. Sur cette belle lancée, il filait même la métaphore : les solos n’étaient autorisés qu’à la condition qu’ils soient prévus dans la partition et qu’il les ait dûment commandés de son coup de baguette.

Et de rappeler avec ce ton d’une gravité inimitable qui le caractérise, que, dans un orchestre, certes, chacun avait sa place, mais que ce qui comptait, c’était l’ensemble. Et l’ensemble dépendait du président de la République à qui revenait la charge essentielle d’indiquer, voire de créer le morceau ; et il appartenait au Premier ministre de le mettre en musique.

Le malheureux, au visage triste et glabre, essayait de faire front à une effroyable cacophonie. Sur la gauche, du côté des bassons et des clarinettes, le Peillon et la Touraine, chacun sur son ton, se livraient en s’excitant l’un l’autre à tous les relâchements possibles : la drogue, mais oui, le cannabis, évidemment, l’amour pour tous, gratuit et remboursé sans problème, avec l’aide de l’école, de l’assistance et de la Sécurité sociale, pilule et avortement garantis en cachette des parents, tout, quoi ? Tout !

Le basson Peillon s’était exprimé, dans une série d’accords personnels qui tranchaient sur un ensemble de désaccords légers - l’école républicaine exprimé par sa voix, avait décidé qu’il était utile d’abord de donner des vacances aux enfants, de ne pas les stigmatiser de notations et, de toutes façons, d’alléger le travail pour permettre les temps libres qui pourraient être dévoués aux activités susnommées que Touraine, la clarinette, se chargeait de favoriser.

L’inconvénient qu’y sentit immédiatement Ayrault, c’était évidemment qu’il avait juste un temps d’avance sur les grosses caisses de son orchestre tout dévoués à la présidence et sur la petite flûte de Vallaud-Belkacem, seule habilitée, fixée sur la prunelle de ses yeux, à signifier le bon temps.

C’était aussi le cor de Montebourg qui, s’imaginant au fond des bois, tantôt sonnait l’hallali comme sur quelque pauvre bête épuisée, tantôt appelait au ralliement tous les chiens crevés de l’orchestre pour les relancer dans d’épiques perspectives. Tout le monde savait qu’il était un tantinet ridicule et parano, surtout quand il revêtait sa livrée franchouillarde pour donner plus d’assurance à son morceau de bravoure.

Il y avait des violons écologistes qui dans leur style lyrique ne savaient plus où donner de la tête quand les violoncelles de la finance et de l’économie s’entêtaient à répéter qu’il n’était pas question d’arrêter la partition du nucléaire. Que faire ? E1 ces violoncelles financiers qui faisaient grincer leur co1de avec cet air à trois notes en forme de scie : impôts, taxes ! Quant au grand hautbois des Affaires étrangères, il était visible qu’il se croyait plus malin que les autres et que, de toutes façons, à sa manière feutrée, il se la jouait perso.

C’était partout des couacs. Et Ayrault, le chef d’orchestre désigné, n’en pouvait plus d’exaspération. Et, alors, il arriva ce qui était prévisible mais qui mit le comble à la cacophonie, c’est que lui-même se prit la baguette dans la figure. Il s’emmêla dans les tempos. Il crut devoir exécuter un morceau qui n’était prévu que pour le temps d’après, lancer une mélodie dont il savait que le grand jury du méchant concours de musique dans lequel il se trouvait embringué, l’avait condamnée. L’enquiquinante Duflot avec l’insupportable prétention de son accordéon populaire, pour ne pas dire populiste, qui jouait le logement pour tous, en était cause. Et, pour braver le jury, dans sa colère rentrée, lui, il avait donné l’ordre d’y revenir avant même que le jury se prononce.

Le président Hollande fronça le sourcil. Il ne comprenait pas. Il se voulait moderne mais, à la vérité, ses habitudes, libres, très libres, certes, mais aussi effroyablement que platement bourgeoises, étaient décontenances par tant de dissonances : il n’arrivait pas à croire à la musique dodécaphonique. 1968 ne l’avait pas ouvert à cet horizon de la discordance rationalisée. Jean-Marc Ayrault restera-t-il chef d’orchestre ? La question commence à être posée.

Mais l’orchestre peut-il mieux jouer ? C’est la vraie question. Car, ce qui est grave, c’est la perversité fondamentale d’un système qui permet à un tel orchestre de livrer sa partition en dépit du bon sens pour le plus grand malheur de la France.

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