COMMUNICATION ET RÉALITÉ

Mardi 13 mars 2012 // La France

Drapeau de FranceDans les partis politiques, l’influence des conseillers en communication conduit les candidats à tenir des discours « ciblés », au risque de contradictions majeures.

Le candidat socialiste a déclenché la polémique pour des propos tenus devant la presse britannique et reproduits dans le Guardian du 14 février : après avoir évoqué la guerre froide et la participation du Parti communiste au gouvernement de Pierre Mauroy, François Hollande déclarait : « Aujourd’hui, il n’y a pas de communistes en France. Ou pas beaucoup... ». Puis il rappelait que la gauche avait libéralisé l’économie et privatisé.

L’allusion à la quasi-disparition des communistes a provoqué la colère du Front de gauche et Pierre Moscovici a juré ses grands dieux que « François Hollande n’a vraiment pas voulu manquer de respect aux militants communistes ». Il a beau dire mais François Hollande a laissé paraître ses arrière-pensées : il est clair pour lui que les communistes ont disparu du paysage politique et qu’il faut nouer d’autres alliances.

La seconde citation, sur les privatisations et la déréglementation, a été moins commentée. Elle est pourtant typique de la technique de communication des grands partis qui disent à chaque public ce qu’il a envie d’entendre. Ainsi, lors de la réunion du Bourget le 22 janvier, François Hollande a fait plaisir aux socialistes en déclarant vouloir « combattre le monde de la finance ». Mais devant la presse britannique, c’est le message contraire qui a été envoyé. Les militants socialistes doivent-ils s’inquiéter ? Les financiers de la City peuvent-ils être rassurés ?

Il arrive cependant que les dirigeants des grands partis soient soudain confrontés au principe de réalité. Il leur faut trancher, sur un sujet qui risque de révéler leurs véritables orientations. Nicolas Sarkozy et François Hollande ont été tous deux confrontés à cette épreuve de vérité lors du débat sur le Mécanisme européen de stabilité (MES) ratifié par l’Assemblée nationale le 21 février. Le MES est un dispositif de soutien financier aux Etats européens qui doit être mis en place après le nouveau « traité intergouvernemental sur la stabilité, la coordination et la gouvernance au sein de l’Union économique et monétaire » (TscG), qui doit également être signé en mars et ratifié par le Parlement français après l’élection présidentielle. Ce traité prévoit d’inscrire la règle d’or de l’équilibre budgétaire dans la Constitution des Etats signataires et les pays souhaitant bénéficier de l’aide financière européenne doivent souscrire au principe de l’austérité. Le MES et le nouveau traité TscG sont donc liés et les socialistes se sont trouvés dans l’embarras puisque François Hollande a annoncé sa volonté de renégocier avec Angela Merkel le traité TscG.

Certains socialistes trouvaient logique de voter contre le MES afin de renégocier ce qui se présente comme un bloc de dispositions contraignantes. Pour ne pas recréer l’affrontement de 2005 entre les « Oui » et les « Non », la direction du Parti socialiste a choisi l’abstention ce qui met en question la volonté effective de son candidat quant à la modification des règles dans l’Union européenne. Ce faisant, il mécontente les « ouistes » et les « nonistes ».

Quant à Nicolas Sarkozy, auteur du nouveau traité avec Angela Merkel, il se satisfait du vote positif des députés de la majorité et tranche en faveur de la « France du Oui » alors qu’il 1 voulait séduire quelques jours plus tôt la « France du Non ». Face au principe de réalité, le président-candidat en exercice ne peut se dérober, quitte à faire par la suite de nouvelles promesses, alors que le principal candidat de l’opposition peut encore estimer, comme le Cardinal de RETZ qu’on ne sort de l’ambiguïté qu’à son détriment.

UNE OU PLUSIEURS LIBYES ?

Les observateurs s’interrogent de plus en plus sur les fruits du « printemps arabe » de l’an passé. Tandis que l’on donne les islamistes vainqueurs également en Algérie lors des législatives qui se dérouleront en mai et que l’on s’interroge sur la poursuite de l’insurrection en Syrie et sur le sort promis aux minorités religieuses de ce pays, la Libye apparaît comme un écheveau de problèmes où il est bien difficile de saisir tout ce qui s’y passe et, surtout, de deviner l’avenir.

Le 17 février, les Libyens ont certes fêté le premier anniversaire du mouvement qui a mis fin au règne de Mouammar Kadhafi. Mais la communauté internationale, pourtant globalement et souvent activement favorable au renversement du dictateur, a exprimé ses inquiétudes concernant le respect de l’Etat de droit. Cela revient d’ailleurs à mettre en cause la capacité du Conseil national de transition non seulement à établir des normes mais tout autant à les faire respecter. Comme l’a dit dans un bel euphémisme Alain Juppé au nom de la France, « le chemin est encore long ». La préoccupation s’avère identique à Londres, qui prévoit d’organiser une conférence sur les droits de l’homme en Libye même, au printemps. On sait en effet que les milices continuent à pratiquer la détention illégale, la torture des détenus et des actes de vengeance collective. Il est également difficile d’oublier que, à l’automne dernier, Mustapha Abdeljalil, le président du CNT, avait annoncé immédiatement le rétablissement de la charia.

Si on prend les divisions traditionnelles du pays, on peut regarder la Libye comme coupée au moins en trois parties. En Cyrénaïque, la région orientale autour de Benghazi, où ne sont pas acceptées les décisions de Tripoli, se développent de très fortes tensions entre les islamistes et les confréries soufies, traitées d’hérétiques et dont les cimetières viennent d’être passés au bulldozer. Dans le sud qui regroupe le Fezzan administré par la France au lendemain de la Seconde Guerre mondiale et d’autres régions sahariennes s’opposent les Touaregs berbères, liés à leurs frères erg insurrection au Mali, les Arabes et les Toubous, à cheval sur la frontière avec le Tchad. Quant à la Tripolitaine, elle voit s’affronter les tribus - comme celle des Warfalla qui, avec près du tiers de la population, refuse toute allégeance au Cnt , les islamistes et les groupes maffieux qui se recoupent plus ou moins.

Même la capitale connaît plusieurs centres de pouvoir organisés autour de milices rivales. De façon plus générale, il faut bien se rendre compte de la complexité de la situation, avec, par exemple, l’existence de Berbères arabophones. Parmi eux, ceux de Zentan détiennent Seif al-Islam, le fils du colonel Kadhafi : demandé par la justice internationale, il constitue aussi un atout important, non seulement en tant que monnaie d’échange mais aussi pouf être éventuellement réintroduit dans le jeu libyen, où il apporterait quelques soutiens appréciés.

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