CHINE-CENTRAFRIQUE : Pékin ne répond plus.

Jeudi 19 juin 2014, par Paul Tedga. // Le Monde


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Dans mon éditorial d’il y a quinze jours, sur le partenariat entre la Chine et l’Afrique, qui atteint la cime, dans le domaine du commerce et des infrastructures, tout en ignorant, presque, les aspects militaires et de sécurité de l’environnement où ces investissements sont réalisés, j’avais fait part, de ma déception, que, par les temps qui courent, en Centrafrique, le premier ministre chinois, Li Kegiang, ait entrepris sa première visite africaine, depuis sa prise de fonction, le 15 mars 2013, pour ne parcourir que l’Afrique utile, pour la Chine, celle qui lui permet de prospérer, et de proposer toujours plus, là, où ses rivaux occidentaux, éprouvent, tous, de la peine à suivre son rythme. Li Kegiang a, en effet, successivement, visité, l’Ethiopie (en plus de sa séance de travail à l’Union africaine), le Nigeria, l’Angola et le Kenya, tous, des pays, en voie d’émergence économique, où il n’a parlé que (gros) contrats, nouveaux investissements, partenariat » gagnant-gagnant », etc. Pour aller du Nigeria à l’Angola, son avion a survolé l’espace aérien centrafricain, pendant une bonne heure. Pourquoi n’a-t-il pas fait, au moins, une brève escale de quelques minutes à Bangui ?

La Chine, dois-je le rappeler, est, quelque part, à l’origine, aussi, du conflit que le Centrafrique connaît, aujourd’hui. Car pour répondre à l’appel d’un partenariat gagnant- gagnant du pouvoir chinois, l’ancien président centrafricain, François Bozizé, avait délivré un permis d’exploitation pétrolière, à une société chinoise. Cette décision avait déclenché la colère des Français et du président tchadien, Idriss Déby Itno, qui, ensemble, voyaient mal, l’arrivée des Chinois, dans ce domaine réservé.

Après avoir été placé, au pouvoir, le 15 mars 2003, par un coup d’état militaire, avec l’aide de l’armée du président tchadien, François Bozizé a commencé, huit ans plus tard, à faire montre d’un peu d’audace et d’autonomie, vis-à-vis, de son mentor de N’Djamena. Comme tout bon dictateur qui se respecte, Idriss Déby Itno l’a très mal pris. Voilà l’une des raisons (il y en a d’autres) qui ont poussé les militaires tchadiens, à rester l’arme au pied, au moment où la coalition séléka, entrait, dans Bangui, le 24 mars 2013, pour prendre le pouvoir. « Qui a tué par l’épée, périra par l’épée », est- il écrit quelque part dans la Sainte Bible. Venu au pouvoir de la façon sanglante qu’on sait, Bozizé, dix ans, plus tard, a été, à son tour, chassé du même pouvoir, de la même façon ?-Sa souffrance et son errance de pays en pays (il serait en Afrique du Sud depuis l’investiture de Jacob Zuma, le 24 mai), sont inversement proportionnelles au calvaire qu’il fait endurer, à son pays, du fait de son refus de respecter les Accords de Libreville, du 11 janvier 2013.

Je fais ce long détour pour montrer que la Chine n’est pas (totalement) étrangère à la situation qui prévaut, en Centrafrique. Or, curieusement, depuis le début des problèmes, en décembre 2012, elle est d’une discrétion coupable. Ses représentants diplomatiques et économiques, encore, présents, à Bangui, rasent les murs. Je qualifie cette attitude de non-assistance de pays en danger, qui ne cadre pas avec son rang de garant de la paix dans le monde, que requiert sa présence, comme membre permanent, du conseil de sécurité, avec droit de veto.

Pays le plus liquide du monde, sur le plan de la trésorerie de l’Etat, la Chine est restée, curieusement, silencieuse à tous les appels de fonds que lancent les différents gouvernements centrafricains, et même, les Nations-Unies. C’est comme si elle se fichait du sort actuel des Centrafricains, parce que François Bozizé, avec qui, elle avait signé des contrats, n’est plus aux Affaires. Non seulement, ce comportement est du pain béni pour les Occidentaux qui aiment casser du sucre sur le dos des Chinois, mais, plus grave, la Chine se fait, ainsi, sans le savoir, une publicité destructrice de son image, qu’elle véhiculait, jusque-là, en Afrique : on découvre que sa devise, dans la pratique des affaires, est la même que celle des Occidentaux, à savoir, » pas d’intérêt pas d’action ».

Dans la vie, il n’y a pas que des contrats à signer. Je croyais que l’idéologie communiste encore, largement, répandu en Chine, enseignait, autre chose, que cette façon curieuse d’afficher son égoïsme, voire, son égocentrisme.

Il n’est pas tard, pour corriger cette (détestable) image, qui, j’espère, ne collera pas, durablement, à la peau de la Chine. Je salue sa présence, en Afrique, car elle a permis de modifier, fondamentalement, le caractère unipolaire des relations internationales, depuis la fatale chute du Mur de Berlin.

Grâce à la Chine, en attendant que le Brésil, les Indes et la Russie, deviennent, également, de grands partenaires du continent noir, les pays africains peuvent, déjà, aujourd’hui, choisir entre deux, trois, voire, quatre offres, ou plus, quand ils doivent investir : la voie unique, le choix unique, la pensée unique, c’est terminé. Est-ce pour cela que l’Afrique connaît une déstabilisation sans précédent ? La communauté internationale étant un océan infesté de requins, il appartient aux dirigeants africains soutenus par leurs peuples, à prendre leur destin en main. Le bonheur de l’Afrique viendra des Africains, et de personne d’autre.

Ce que je dis, ne m’empêche pas de lancer un vibrant appel au président chinois, Xu Xinping, car il y a urgence : « Cher Grand Ami Président Xu, le Centrafrique, ce beau pays qui vous a, toujours, intéressé, pour votre commerce et vos investissements, est réduit à un véritable Etat-Néant. Les Nations-Unies, l’Union africaine, l’Union européenne, les principaux pays occidentaux, sont, tous, à son chevet. Compte tenu du rang qu’occupe votre grand pays, la Chine, dans le concert des nations, vous ne pouvez plus continuer de briller par votre absence, sinon, vous serez accusé, tôt ou tard, de complicité (indirecte) de génocide que nous cherchons, par tous les moyens, à éviter. Nous vous attendons, donc, à Bangui, ou votre représentant, le plus tôt possible. Très haute considération ».

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