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CHINE-AFRIQUE : Un partenariat sans la sécurité militaire ?

Mercredi 28 mai 2014 // L’Afrique

Le premier ministre chinois, Li Keqiang, vient d’effectuer sa première tournée, en Afrique, depuis sa prise de fonctions, le 15 mars 2013, afin d’approfondir les coopérations stratégiques et économiques croissantes, entre son pays et le continent africain. On remarque que les dirigeants chinois font des affaires avec les Africains, mais abordent, difficilement, le dossier « Sécurité de l’Afrique », comme si l’un allait sans l’autre. La coopération afro-chinoise s’est beaucoup développée ces dix dernières années, mais presque rien n’a été fait, entre les deux parties, dans le domaine de la sécurité militaire. Conséquence : chaque fois que les Africains rencontrent un problème de sécurité militaire, ils s’adressent, directement, à leurs partenaires du Nord pour, ensemble, trouver des solutions. Cela a été le cas, en 2013, au Mali et en Centrafrique, deux pays où la Chine est bien présente. Si la France ne stoppait pas l’avancée des djihadistes en envoyant son armée faire le travail à la place des armées africaines, tout le Mali serait, aujourd’hui, converti en pays de coupeurs de bras et de jambes. En Centrafrique où le pays a été réduit à « l’état de nature » la Chine, après avoir soutenu et financé François Bozizé, répond aux abonnés absents.

 Et pourtant, elle était en passe de contrôler, le pétrole, les mines, la forêt, le commerce et la construction des infrastructures, comme elle sait le faire, dans d’autres pays africains. En Centrafrique, les Chinoises commençaient, même, à concurrencer les Centrafricaines dans le petit commerce, jusque dans la vente des beignets, au bord de la route. Les prostituées chinoises étaient les plus prisées. A Bangui, à l’époque de Bozizé, on entendait qu’elles ne sont pas très exigeantes (comme nos filles et soeurs). Ensuite, elles savaient faire des massages contrairement aux nôtres. Aujourd’hui, la présence et l’activité chinoises connaissent un coup d’arrêt, maintenant, où il faut reconstruire le pays. La présidente de la transition, Catherine Samba-Panza, a - aussi - besoin du concours de Pékin.

J’aurais, donc, souhaité que, à titre humanitaire, le premier ministre chinois, pendant cette première tournée, en Afrique, ne se limite pas à l’Afrique utile pour son commerce et ses investissements. J’aurais voulu qu’il fasse un crochet à Bangui. Cela ne s’est pas fait. Mais il n’est pas tard pour bien faire. Car c’est quand on est dans le besoin qu’on reconnait ses amis. Qu’on ne me dise pas que les seuls amis du Centrafrique, en dehors des pays membres de l’Union africaine, se limitent aux Occidentaux. Même l’organisation de la conférence islamique (OCI) a désigné un représentant sur place, en la personne de Cheikh Tidiane Gadio, ancien ministre des Affaires étrangères de Me Abdoulaye Wade.

Li Kegiang a visité, successivement, l’Ethiopie du 4 au 6 mai, le Nigeria du 6 au 8 mai, l’Angola du 8 au 9 mai, et le Kenya, du 9 au 11 mai. li a, par ailleurs, eu une séance de travail au siège de l’Union africaine, à Addis Abeba, et a assisté, à Abuja, à une session plénière du Forum économique mondial sur l’Afrique. Son voyage intervient, un an, après, une tournée très médiatisée du président chinois, Xi Jinping, sur le continent africain, quelques semaines après son investiture, en mars 2013, à la tête de la Chine.

Chose importante à signaler le premier ministre chinois, a entrepris sa tournée africaine, au lendemain de celle du secrétaire d’Etat américain, John Kerry. Comme par hasard, ils ont emprunté presque le même itinéraire : d’abord, le siège de l’Union africaine qui se cherche (toujours et encore) un rôle de coordination et d’impulsion des politiques africaines, à l’instar de l’Union européenne. D’une pierre, les deux dirigeants ont frappé deux coups, en rencontrant, tour à tour, également, le nouveau géant de l’Afrique de l’Est, qui est l’Ethiopie dont l’économie est florissante.

John Kerry et Li Kegiang, se sont, par la suite, retrouvés, l’un après l’autre, en Angola, dont les performances économiques, réalisées dans la discrétion, imposent une certaine admiration pour son leader Jose Eduardo Dos Santos. Ce dernier qui venait d’effectuer un visite d’Etat remarquée, France, où François Hollande lui demande de ne pas réserver tous ses investissements à la seule économie du Portugal, et de penser, aussi, à l’économie française qui en a besoin, prend sa revanche, une dizaine d’années, après la disparition de son grand rival de l’Unita, Jonas Savimbi, avec l’aide stratégique des Américains.

Mais après avoir aidé à mettre Savimbi hors d’état de nuire, les Américains n’ont pas su (voulu) faire le service après-vente. Aujourd’hui, ils sont devancés par la Chine qui échange pour 35 milliards de dollars de produits, par an, avec l’Angola ; en pole position de leurs échanges, le pétrole dont l’Angola est le premier fournisseur mondial de la Chine.

Et les Chinois n’entendent pas rester en si bon chemin leur premier ministre, à Luanda, a demandé à Ingénieur Jose Eduardo Dos Santos de faciliter l’entrée de ses ressortissants, en Angola, qui compte, déjà, plus de 250.000 Chinois. L’argument utilisé, c’est la multiplication des joint-ventures entre les entreprises chinoises et angolaises, dans les domaines de l’industrie, de l’agriculture et de l’énergie. Nul doute que dans l’avenir, il y aura beaucoup moins de métis angolo-portugais que sino-angolais. C’est aussi cela la mondialisation.

Mais, ici, comme ailleurs, le secteur où la Chine connaît beaucoup de retard, est celui de la sécurité. Le président angolais l’a rappelé au premier ministre chinois : « Il est important que la Chine, comme membre permanent du Conseil de sécurité des Nations- Unies, use de son influence pour que les forces de maintien de la paix, en Afrique, puissent obtenir des moyens et poursuivre leurs missions respectives avec succès. Des propos justes qui devraient pousser les dirigeants chinois à investir, dans la sécurité, en Afrique, et à y rester présents, comme le sont leurs concurrents.

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