CENTRAFRIQUE : La vengeance de Bozizé !

Moussa Konaté et Aristide Koné.

Samedi 29 mars 2014 // L’Afrique


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François Bozizé a dépassé tout le monde : la France, le Conseil de sécurité, l’Union africaine, etc. Rien ne lui fait peur. Il est derrière les Anti-Balaka qui ont réussi une extraordinaire opération d’épuration religieuse, à Bangui, sous les yeux de tout le monde. Le général 5 étoiles court toujours. Prochaine cible ? Le pouvoir d’Idriss Déby ltno qu’il veut faire tomber.

Les chiffres parlent d’eux-mêmes : 100.000 musulmans, à Bangui, avant le 5 décembre 2013. A peine, un petit millier, mi-mars 2014. En l’espace de trois mois, un ouragan est passé sur cette communauté de la capitale centrafricaine. A l’heure actuelle, le Centrafrique compte plusieurs milliers de morts (à grande majorité musulmane), depuis le 5 décembre 2013, date du déclenchement des tueries attribuées aux AntiBalaka. Cette date ne fut pas choisie au hasard. Le Sommet de l’Elysée sur la Paix et la Sécurité, réunissant une trentaine de chefs d’Etat africains, autour de François Hollande et de Ban Ki-Moon, allait se tenir deux jours plus tard. Les rebelles se devaient, donc, de marquer des points. Manipulés par François Bozizé, les Anti-Balaka, qui sont un conglomérat disparate où l’on trouve d’anciens militaires, des militants KNK (parti de Bozizé), des désœuvrés mobilisés pour les besoins de la cause, sont politiquement coordonnés par un boziziste pur jus, Patrice Edouard Ngaïssona, qui s’y connaît en mobilisation.

Ancien président de la Fédération centrafricaine de football, il a permis aux Fauves du Bas-Oubangui, d’entrer dans le Top 50 du classement de la FIFA, avant de devenir, en février 2013, ministre de la Jeunesse et des Sports. Ngaïssona est l’homme de Bozizé, qui avait rêvé, un temps, d’être son candidat à la présidence de la République, la constitution ne lui permettant pas de briguer un troisième mandat successif. A travers cet homme bien entouré, c’est Bozizé, en fait, qui contrôle le mouvement. Il lui rend compte. Ce n’est donc pas, de sitôt, que le calme pourra revenir en Centrafrique. Le bilan de leurs actions de déstabilisation est inespéré. Ils ne pensaient pas, au départ, faire si bien : ils ont défait l’équipe que la CEEAC avait mise en place, et qui travaillait sous l’étroite contrôle du président du Tchad, Idriss Déby. C’est sous leur pression que Michel Djotodia a été contraint à remettre sa démission. D’autre part, avec 2,2 millions de personnes, presque la moitié de la population, qui manquent du minimum vital pour vivre, le Centrafrique est un pays sens dessus sens dessous. Rien ne marche. Pour forcer le trait, les Anti-Balaka n’obéissent qu’à leur instinct et à leurs chefs qui, dans leurs tueries sélectives, contredisent les autorités qui refusent de reconnaître la réalité d’une épuration religieuse en Centrafrique.

Lundi 3 mars, l’officier responsable de la protection des réfugiés dans les agences de l’ONU (UNHCR), Philip Leclerc, a, par exemple, prévenu que la situation, actuelle, en Centrafrique, risque de virer à « l’épuration ethnique ». Mais l’épuration ethnique est déjà là. Même le président de la Communauté islamique centrafricaine, l’imam Oumar Kobine Layama, qui officie à la mosquée centrale de Bangui, et qui, hier, accueillait, sur son site, des musulmans fuyant des exactions de toutes sortes, a lui-même, dû se réfugier, sur les hauteurs de Bangui, chez Mgr Dieudonné Nzapalainga, archevêque de la capitale. Dans un entretien qu’il avait accordé à Afrique Education (n° 381 du 16 au 31 décembre 2013), il avait dit exactement ceci parlant de François Bozizé : « A partir de décembre 2012, la politique a instrumentalisé l’action de Séléka.

Nous avons senti que les autorités de l’époque (pouvoir de François Bozizé, ndlr) préparaient les esprits. Ils s’adressaient à leurs partisans en ces termes : « Vos ennemis sont des djihadistes de l’Arabie Saoudite et du Qatar. Allez les chercher dans les concessions. Si on brûle une église, on brûle une mosquée ». Affairées au comptage des morts et à freiner d’autres tueries, les autorités politiques et militaires en charge des questions de sécurité, n’ont pas encore eu le temps ( ?) de réfléchir à la genèse du mal. Conséquence, Bozizé continue de manœuvrer en toute guise. La pression, c’est lui qui l’exercice sur Idriss Déby et sur ses homologues de la sous-région, ce qui rend inefficaces les efforts sur le terrain de la Misca et de Sangaris.

En l’espace de deux mois, le Tchad a accueilli 70.000 réfugiés dont beaucoup ne connaissaient de ce pays que le nom. Le Cameroun en est à 40.000 dont les deux-tiers sont des musulmans.

Les Chrétiens représentent 80% de la population du Centre-Afrique, ils furent les premières victimes des Islamistes.

Après plusieurs semaines de tergiversations, le secrétaire général de l’ONU a recommandé, début mars, de déployer 11.820 casques bleus (non plus 10.000) dont 10.000 soldats et 1.820 policiers, afin de rétablir l’ordre et la sécurité. Pour Ban KiMoon, la priorité de la mission des Nations-Unies, pendant cette phase initiale, doit être la protection des civils. Cela dit, ce n’est pas demain la veille que les Centrafricains verront la couleur des premiers casques bleus. Au plus tôt, en septembre ou octobre. Il y a, donc, encore, de la place pour des tueries, comme ces 4 citoyens de CA sauvagement tués, vendredi 7 mars, après que leur véhicule fut tombé en panne, dans le secteur de l’aéroport.

Après être intervenue promptement, comme au Mali, à la demande des Africains, la France se retrouve dans cette partie du monde, avec des interlocuteurs qui ont, chacun, leur propre agenda. Parmi ses principaux accompagnateurs, on compte le Tchadien Idriss Déby Itno, le chef d’Etat voisin du Nord du Centrafrique, à qui on reproche, en grande partie, le désordre qui y a cours, actuellement. On ne doit jamais perdre de vue que Déby « gérait » le Centrafrique comme une province du Tchad. Après avoir mis François Bozizé au pouvoir, suite au coup d’état encadré par l’armée tchadienne qui évinça, Ange-Félix Patassé, le 15 mars 2003, alors qu’il était, à Niamey, pour participer au Sommet de la Censad, Déby l’infantilisa, complètement. Ne disposant d’aucune marge de manoeuvre, il était surveillé (les Tchadiens parlent plutôt de protection), nuit et jour, sous le soleil comme par temps de pluie, par un détachement de 140 militaires tchadiens parmi les mieux entraînés. Il ne se passait pas de semaine sans qu’il y ait de conflit entre des Centrafricains et des commerçants ou éleveurs tchadiens, à Bangui. Voyant qu’ils étaient laissés à eux-mêmes, les Centrafricains sonnaient, parfois, la révolte pour manifester leur colère devant la faiblesse de leurs dirigeants face aux tueries dont ils étaient l’objet. La haine entre musulmans (tchadiens) et les non-musulmans centrafricains, date de cette période.

Seul Déby pouvait y apporter une réponse. Il ne l’avait jamais fait. L’autre chef d’Etat de la sous-région qui accompagne la France dans sa volonté de pacification, en attendant l’entrée en scène des Nations-Unies, s’appelle Denis Sassou Nguesso, le président du Congo-Brazzaville. Parlons-en. Son histoire est aussi cocasse. Après avoir ravi la médiation centrafricaine, au président du Gabon (de tout temps, le président du Gabon était celui qui gérait le dossier centrafricain. C’est d’ailleurs pour cela que les Accords dits de Libreville du 11 janvier 2013 furent signés dans la capitale gabonaise, et pas ailleurs), Denis Sassou Nguesso, n’avait qu’un seul objectif en tête : se servir de cette crise meurtrière et ruineuse pour le Centrafrique, pour se tailler un costard de grand réconciliateur, et par la suite, se faire ouvrir les portes qui lui sont fermées, dans les pays du Nord. C’est ainsi l’homme Sassou dans sa totalité intrinsèque. Jugé peu fréquentable par certaines capitales occidentales, il s’active, en Centrafrique, pour s acheter une conduite qui changerait sa piteuse image de serial killer et de détourneur patenté de fonds publics (Affaires des Biens mal acquis que suit la justice française). Son plan secret, c’est de modifier la constitution pour pouvoir se représenter en 2016.

L’actuelle constitution qu’il a lui-même conçue, en 2002, le lui interdit formellement. Mais avant de la modifier, il veut, préalablement, s’assurer que les Occidentaux, une fois, amadoués par ses oeuvres en Centrafrique, ne lèveront pas le petit doigt pour lui crier après. Sassou est en train de passer un moment très délicat de sa vie. Il ne dort plus. Voilà pourquoi il se démène sans compter pour recueillir le maximum de soutiens auprès des chefs d’Etat africain. Il reçoit à tour de bras ses homologues de l’Afrique de l’Ouest, du Centre et australe, dans son pays, pas pour signer des contrats ni des accords interentreprises. Sinon, ça se saurait. Que viennent-ils alors faire chez lui tout le temps ?

On sait que l’année dernière, le Congo a réalisé un excédent budgétaire de près de 1.200 milliards de f cfa (1,8 milliard d’euros), une somme que ne contrôle pas le parlement et qui est gérée dans l’opacité totale, entre ses enfants, ses neveux, et quelques collaborateurs très proches du clan d’Oyo, sa ville natale.

Denis Sassou Nguesso a, également, une responsabilité (directe) dans les événements qui arrivent en Centrafrique. Quand Omar Bongo Ondimba, à l’époque médiateur, avait demandé, au putschiste, François Bozizé, en 2004, d’organiser les élections et de quitter le pouvoir, pour laisser la place à une équipe démocratiquement élue, la première réserve vint de Sas-sou Nguesso. Ce dernier soutint une position contraire, qui permettait, aussi, à François Bozizé, de faire François Bozizé est passible de la cour pénale internationale.

Bozizé faussa la solution que voulait proposer le président gabonais de l’époque. Comme on sait, Bozizé n’organisa pas cette élection pour la perdre. Sa victoire accentua la crise car il frauda, outrageusement, pour gagner, alors qu’il ne disposait d’aucune base politique réelle. Et pour mieux le contrôler, Denis Sassou Nguesso qui ne fait rien pour rien, l’enrôla dans la branche congolaise de la GLNF dont il est le très grand maître. A titre d’information, son adjoint dans la maçonnerie congolaise, à qui les ministres et dignitaires congolais désireux d’avoir des postes, lavent les pieds (comme c’est la pratique, là bas) s’appelle Jean-Dominique Okemba, son neveu et responsable des services secrets congolais. C’est dire que de son lieu de fuite, à Entebbe, en Ouganda, François Bozizé reste le filleul maçonnique de Sassou.

En intervenant en Centrafrique, la France n’a pas (très bien) regardé ses fiches. Cela dit, il n’est jamais trop tard pour bien faire. Elle doit être très vigilante quand elle est avec Déby et Sassou. C’est parce qu’en Centrafrique, ils sont à la fois pyromanes et sapeurs-pompiers (surtout Déby) que les autres chefs d’Etat de la sous-région se mettent, volontairement, en retrait, alors que le problème centrafricain, les concerne, aussi : « quand la maison du voisin brûle, il faut se hâter d’éteindre le feu de peur que la vôtre prenne aussi des flammes ». Ce proverbe africain est, également, connu chez les Bantu. Pourtant, le Camerounais, Paul Biya, ne fait que le minimum syndical pour éviter les qu’en dira-t-on. Et il a raison. S’il se met, ensemble, avec les deux vampires de Brazzaville et de N’Djamena, il n’aura que les yeux pour pleurer son sang vidé. Idem pour le président Teodoro Obiang Nguema, l’émir du Golfe de Guinée, qui n’éprouvait aucune sympathie pour François Bozizé.

Et il avait raison au regard de la façon dont son ami, Ange Félix Patassé, avait été chassé du pouvoir, en mars 2003, avec l’aide soutenue de Déby, et conduit à la mort, le 5 avril 2011, à Douala, parce que Bozizé avait refusé l’envoi d’un avion médicalisé, par Malabo, pour récupérer le grand malade mourant à Bangui. Tout pasteur évangéliste qu’il dit être, Bozizé jurait que Patassé n’était pas malade et qu’il avait un plan avec Obiang pour lui faire un coup d’état militaire. Un passage de la bible dit à peu près ceci : « Qui a tué par l’épée, périra par l’épée ». Bozizé le vérifie à ses dépens. La force de la parole de Dieu !

Le problème, maintenant, est de savoir, pendant combien de temps, encore, la France, l’Union africaine et le Conseil de sécurité, vont laisser François Bozizé, continuer à semer les troubles en Centrafrique ? C’est comme si la liberté de manœuvré qu’on lui octroie participe d’une stratégie bien mise en place.

Voilà quelqu’un qui a, mis sur pied les Anti-Balaka, au moment où il disait aux Centrafricains que les musulmans ne doivent pas les commander, le Centrafrique n’étant pas un pays musulman. L’imam Layama et le pasteur, Nicolas Guerekoyama-Gbangou, vice-président de l’Union (centrafricaine) des églises évangéliques Elim, ont répété à qui voulaient les entendre, le discours de haine qui produit les ravages, aujourd’hui. Voici ce que le pasteur disait dans le numéro 381 d’Afrique Education : « Je m’adresse à la communauté internationale qui n’attend que les cendres pour intervenir. Quand Bozizé a commencé son discours de haine, en décembre 2012, nous avons tiré la sonnette d’alarme. On n’a pas été compris. On a demandé le secours à la communauté internationale. Elle vient aujourd’hui après qu’il y ait eu des morts et des morts. Et quand je parle de communauté internationale, je fais référence aux grandes puissances ».

François Bozizé est toujours aux manettes. Il a juré de faire tomber le dictateur tchadien, Idriss Déby Itno, qu’il juge responsable de sa chute. Les opposants de Déby, de Ngarlejy Yorongar à Saily Kebzabo, en passant par l’ami des socialistes français, Ibni Oumar Mahamat Saleh, que Déby avait zigouillé en prison avant de plonger son corps dans l’acide, croisent, tous, les doigts. En attendant, les Anti-Balaka, manoeuvrés par Bozizé continuent de provoquer pleurs et grincements de dents. En toute impunité. Ainsi va la vie dans le pays de Barthélemy Boganda.

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