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Bruxelles, nouveau paradis des arts.

Dimanche 16 février 2014 // Divers

Du 25 janvier au 2 février, la ville s’anime de sa célèbre foire d’antiquités et de beaux-arts, la Brafa. Elle accueille aussi le nouveau musée Fin de siècle et nombre de galeries. Les marchands français l’adorent...

Paris dort-il ? Paris hiberne-t-il ? Paris, au mois de janvier, ne brûle guère pour l’art, tant dans ses salles de vente que dans ses musées, qui annoncent les derniers jours des expositions ou leur décrochage. Pendant que chacun, en France, prépare la nouvelle saison artistique, Bruxelles, elle, joue les éclaireurs, notamment avec la Brussels Antiques Fine Arts Fair, la désormais célèbre Brafa, qui attire visiteurs et professionnels du monde entier. Forte de ses 128 exposants, celle qui figure parmi les plus anciennes foires d’Europe, a attiré 48 000 visiteurs l’an dernier. Elle en attend 50 000 pour cette édition. Dans l’agenda artistique international, elle est le premier salon de l’année, très attendu par les collectionneurs et les professionnels (notamment les experts et commissaires-priseurs), car il donne la "température" du marché.

Autre caractéristique : son éclectisme. La Brafa accueille une vingtaine de spécialités, dont certaines ne sont pas représentées ailleurs. L’archéologie (de plus en plus présente) y côtoie les monnaies anciennes, les faïences et porcelaines, les tapis, les icônes, l’orfèvrerie, les anciens manuscrits ou les BD, tout comme les arts tribaux, asiatiques, médiévaux, l’Art nouveau, l’Art déco, la peinture ancienne, la peinture moderne ou encore le design contemporain. « Contrairement à la foire de Maastricht, qui les regroupe par allées, la Brafa mélange tous ces univers en gardant un caractère humain.

Avec toutes ces spécialités, elle ressemble à ce qui est aujourd’hui l’intérieur d’un collectionneur. Elle est comme l’imaginaire d’un amateur, témoigne Didier Claes, spécialiste d’art tribal.

Fruit d’une organisation sans but lucratif, sa convivialité est légendaire et son coût raisonnable. « On essaie d’être accueillants et on veille à ce que les marchands soient sportifs entre eux, témoigne à son tour Harold t’Kint de Roodenbeke, président de la Brafa et spécialiste d’art moderne. Et puis ici, un bout de tissu, ça ne nous coûte pas un avion à réaction, comme on l’entend dire de certaines autres foires ! » Visés, les salons New-yorkais ou parisien, à savoir notre très chic et très glamour Biennale des antiquaires, deux fois plus coûteuse et que les marchands doivent attendre de longs mois... Aussi, beaucoup de Français seront ces jours prochains à Bruxelles (39 % des exposants), attirés par le professionnalisme décontracté des Belges comme par leur sympathique capitale.

C’est le cas des galeries Steinitz, Claude Bernard, Berès, Patrice Trigano, Univers du bronze, Jean-Jacques Dutko, Hélène Bailly ou encore Alexis Bordes. Sans oublier la toute jeune galerie Mathivet, qui, si elle expose à Maastricht, à Paris et à New York, ne renoncerait à ce rendez-vous pour rien au monde. Spécialisée en Art déco, qu’elle marie volontiers à des peintures aborigènes, elle mène un vrai travail d"initiation" auprès d’un pays qui méconnaît le mobilier et les sculptures de ce style mais l’apprécie de plus en plus. Comme pour les autres marchands, cette foire lui permet aussi de toucher une clientèle renouvelée, qu’elle soit française, suisse, allemande, espagnole, italienne, néerlandaise, britannique ou des pays d’Europe du Nord.

Petites pièces et oeuvres importantes se côtoient ici sans complexes, toutes contrôlées par des experts pendant les deux jours précédant l’inauguration, le fameux "vetting", qui remise au placard, inaccessible le temps de la foire, les pièces douteuses.
(Monique au chapeau, Boon Gallery), là un dessin d’Egon Schiele (Portrait d’une fille, chez Kovacek Spiegelgasse). Chaque pièce raconte son histoire, tel cet important fétiche songye, chez Didier Claes, qui n’a pas été montré depuis 1938, date à laquelle il fut photographié à Anvers au côté de six autres objets aujourd’hui dans des musées.

Chez Céline et Fabien Mathivet, on remarque deux bergères d’André Grouit au côté d’un guéridon épuré créé par Ruhlmann à la fin de sa vie (il n’était connu jusqu’ici que par un dessin) ; chez Harmakhis, une statuette de la déesse égyptienne de la fertilité en faïence turquoise, aux charmes avantageux (XII°-XIII° dynastie), ou encore une superbe tête de Méduse romaine (II° siècle apr J.-C).

Vous aimez ce qui casse ? Au Pavillon de la céramique, faïences et porcelaines paradent autour d’un rare sucrier, présenté par Jean Lemaire, au décor inspiré par l’Histoire naturelle des oiseaux, de Buffon (Sèvres, 1791). Enfin, notre coup de coeur : cette grande et exceptionnelle gouache de Magritte, aérienne et spirituelle, le Miroir invisible (1942). Un trésor très peu vu, chez Harold t’Kint.

Qui se rend à Bruxelles peut aussi découvrir les expositions et le patrimoine de la ville. Ainsi, le tout nouveau et superbe musée Fin de siècle aménagé, comme celui consacré à Magritte, au sein des musées royaux des Beaux-Arts de Belgique. Point ne sera besoin, en revanche, de se déplacer jusqu’à Tervuren pour admirer les chefs-d’oeuvre du musée royal d’Afrique centrale. Fermé pour restauration, ce dernier en expose un très beau florilège à la Brafa.

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