Brûler l’Amérique.

Mardi 9 octobre 2012 // Le Monde

En visant l’Amérique, les musulmans et les stratèges qui les manipulent se livrent à une guerre civile.

La vague de violences antiaméricaines de la part de musulmans à travers le monde a surpris par sa soudaineté, son ampleur, sa radicalité et sa précision. Elle a d’autant plus surpris les Américains qu’ils voulaient croire à une nouvelle lune de miel entre Washington et l’islam. Obama n’avait-il pas prononcé, au Caire en juin 2009, les mots qu’il fallait et pratiqué une politique d’équilibre visiblement appréciée ? il avait jusqu’à présent géré les printemps arabes. l’Iran, l’Irak, sans trop de casse. Il avait réglé le cas Ben Laden sans bruit. Les Américains pouvaient se sentir à l’abri et pousser un ouf de soulagement...

Alors, les drapeaux étoilés brûlés, un ambassadeur tué, des locaux diplomatiques saccagés... Qui peut comprendre ? A prés d’un mois et demi des élections présidentielles. beaucoup se diront : Obama nous a trompés !. Mitt Romney s’est d’ailleurs empressé de critiquer la faiblesse du président actuel, « incapable de protéger les intérêts américains dans le monde ».

Tout cela est conforme au plan, un plan longuement mûri et délibéré, par les candidats au pouvoir dans le monde islamique. Il a un précédent : la fatwa contre Salman Rushdie prononcée par l’ayatollah Khomeini le 14 février 1989 (qui vient d’ailleurs d’être réactualisée). D’une pierre deux coups.. le dirigeant chiite visait Rushdie mais en réalité Ryad qui avait jusqu’alors mené la campagne contre le livre par musulmans britanniques interposés. Khomeini par cet acte lançait son O.P.A. sur l’islam mondial.

Il en va de même cette fois : le prétexte est aussi ténu, n’importe lequel aurait convenu. La cible est l’Amérique (et cette fois pas l’Europe. contrairement à l’affaire des caricatures danoises ou à celle de Rushdie centrée sur Londres. Mais ce qui est visé c’est l’alternative au sein de l’islam, plus vraiment cette fois les Saoudiens de plus en plus absents et impuissants, niais la nébuleuse des Frères musulmans et son épicentre, l’Egypte.

Morsi réussit trop bien. Il est visiblement bien conseillé. Il a été félicité par Hillary Clinton et sa rencontre avec Obama était programmée en marge de l’Assemblée générale des Nations , Unies à New York fin septembre. Il fallait tout faire pour saboter cette entente en marche entre, l’Amérique et le nouveau Moyen-Orient. Les succès politiques ne se comptent plus : Irak, Yémen, Tunisie, Libye, Egypte, Maroc. Même la Somalie ; Partout une nouvelle classe politique succède à l’ancienne sans renversement d’alliances. Tout ce petit monde semble bien s’accommoder d’Obama qui de son côté, sait ne pas s’imposer et rester discret juste ce qu’il faut pour ne pas exciter les foules.

Le coup est parti quand on s’y attendait donc le moins. L’incrédulité a dominé pendant plusieurs heures dans le Bureau ovale du Département d’Etat qui ne comprenaient même pas de quoi il était question : un obscur clip sur YouTube ! Bien sûr ce coup était bien préparé, comme le 11 septembre 2001. Il est venu de nulle part. et la puissance américaine n’existait plus pour quelques jours.

Cependant ce test de solidité des nouveaux régimes musulmans n’a pas été une si mauvaise chose. La Tunisie, la Libye se sont vite ressaisies. Une action coordonnée entre les foules pacifiques à Benghazi et l’armée a permis de déloger plusieurs milices qui refusaient l’autorité du gouvernement. L’armée, à laquelle sont intégrées les milices fidèles, entend récupérer bâtiments et arsenaux détenus par les milices « illégitimes ». C’est peut-être la première étape de la naissance d’un Etat digne de ce nom ?

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