Bouteflika et après ?

Dimanche 2 juin 2013 // L’Afrique

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Dans une Algérie politique en état de paralysie, l’accident de santé du chef de l’Etat [rendu public le 27 avril] constitue un événement important. Le système algérien ne s’est pas démocratisé et la fonction de chef de l’Etat est de facto le verrou où se concentre formellement ou "légalement" le pouvoir. La concentration des pouvoirs au sein de la présidence est le gage de la perpétuation du système en place.

C’était déjà une réalité dans la Constitution de 1996, cela a été amplifié par le style de gouvernance de Bouteflika. L’état de santé du président cesse de ce fait d’être une affaire "privée". Le président de la République avait déjà réduit considérablement la voilure de son activité après son opération chirurgicale d’un ulcère hémorragique au niveau de l’estomac à la fin de l’année 2005. Et, si Bouteflika a demandé en 2006 que l’on cesse de parler de [sa] santé ; il est clair aujourd’hui que sa santé fait parler d’elle.

Même si l’on peut donner crédit au fait que son incident de santé est relativement bénin, il ne faut pas occulter qu’il survient dans le cadre d’un débat feutré sur la possibilité d’un quatrième mandat ou non. Il y avait clairement une bataille en ce sens qui était livrée dans les médias à travers des articles incriminants contre les proches du chef de l’Etat. Le tout également dans un conteste de révélations fracassantes d’affaires de corruption touchant des responsables réputés proches du président.

La nouvelle alerte médicale accentue encore l’improbabilité d’un nouveau mandat, certains se posant déjà la question de l’aptitude du chef de l’Etat à terminer le mandat actuel, qui va jusqu’au printemps 2014.

Immobilité. Les adversaires de Bouteflika au sein du régime brandissent l’article 88 de la Constitution sur la situation d’empêchement "pour cause de maladie grave et durable". A priori, l’AVC mineur dont il a été victime ne le met pas, dans ce cas de figure, hors course ; son invocation paraît plus relever du tir de barrage. Ma l’hypothèse d’un quatrième mandat, qui n’était pas forte, s’est considérablement affaiblie avec cette alerte de santé.

La vraie question est de savoir si la prochaine échéance présidentielle sera l’occasion d’un début de changement politique en Algérie. L’absence probable du président Bouteflika dans la course n’est pas un gage que l’élection sera ouverte et que l’on va sortir du statu quo. Un quatrième mandat de Bouteflika serait clairement un signal que le changement politique et la fin des règles "non écrites" du régime ne sont pas à l’ordre du jour. Mais, si le chef de l’Etat n’est pas de la partie, cela ne signifie pas automatiquement que l’on est dans une optique d’ouverture. Les annonces de réformes ne se sont pas traduites réellement dans les lois par des signaux d’ouverture.

Au contraire, ainsi que l’a constaté le président de la section algérienne d’Amnesty International, Ali Yemloul, les "intentions d’ouverture ont été traduites par des mesures plus répressives". En dépit d’une aisance financière qui a permis de contenir les pressions sociales, le pays est dangereusement en état d’immobilité. Son économie est entravée par un système politique dont l’inefficacité est patente.

La "stabilité politique" relative n’est pas le fait d’une adhésion ou d’un niveau de satisfaction suffisant au sein de la société, elle se fait à grand coût, par des dépenses souvent excessives et contre-productives. Certes, beaucoup de clientèles du régime y trouvent leur compte, mais le coût est exorbitant, avec une déficience générale dans l’administration du pays qui fait le lit de la corruption. Et par conséquent accentue le discrédit du système politique.

A l’échelle d’un pays, un statu quo ne signifie pas que les choses se "maintiennent en l’état". Cela n’existe pas. Après deux décennies d’aisance financière, si des infra- structures ont pu être réalisées, cela n’a pas entravé une régression inquiétante dans la gestion du pays ’et dans ses capacités de projection. Cela fait longtemps que la société algérienne - hormis les réseaux de clientèle - n’est plus concernée par le système politique.

Et c’est une situation dangereuse même au plan de la sécurité nationale, l’histoire enseignant clairement que les pays les plus sûrs sont ceux où la société est fortement structurée dans un cadre libre et organisé. On en est loin. Il n’y a pas de miracles à attendre au plan politique. Les tenants du système tiennent pour l’instant les choses en main Ils peuvent choisir l’option du statu quo en accroissant les risques pour les années à venir. Ils peuvent prendre le "risque" d’aller à l’ouverture réelle, en créant dès maintenant les conditions d’une élection présidentielle sérieuse et honnête où des candidats sérieux peuvent remettre l’Algérie en débat en attendant de la remettre en marche. C’est une hypothèse très "optimiste".

Pourtant, au regard des intérêts immédiats et futurs du pays, c’est une option réaliste.

Élu président de ta République en 1999, réélu en 2004 puis 2009, Abdelaziz Bouteflika a été hospitalisé plusieurs fois à t’hôpital militaire du Val-de-Grâce, à Paris.

  • 2005 : Opéré d’un ulcère à l’estomac, selon le bulletin de santé officiel. Son admission avait eu lieu le 26 novembre dans le plus grand secret. Pour faire taire les rumeurs, la sortie de l’hôpital avait eu lieu sous les caméras le 17 décembre. 2006
  • 2006 Effectue "une visite de suivi médical" de trois jours.
  • 2011 Nouveau séjour secret au Val-de-Grâce à la mi-septembre. Aucun commentaire officiel.
  • 2013 Admis le 27 avril, à la suite d’un accident ischémique transitoir ; selon un communiqué de la présidence.

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