Birmanie : l’espoir.

Jeudi 12 avril 2012 // Le Monde

Drapeau de FranceDes miettes pour les pauvres : Chacun attend beaucoup de l’ouverture de l’économie. Mais les plus démunis ne voient rien venir.

Ko Tun Mina toujours été rémouleur. Son salaire lui permettait de faire vivre sa famille, son épouse et ses trois enfants. Jusqu’à ce que le nombre de ses clients se réduise comme peau de chagrin. "C’est mon seul métier, je ne sais rien faire d’autre", s’inquiète Ko Tun Min, la quarantaine, qui vit près de la gare de Thingangyun [dans l’est de Rangoon, sur la ligne ferroviaire circulaire desservant la ville]. Comme la majorité des ouvriers, il n’a pas fait d’études. Cela ne l’empêche pas de s’intéresser à la politique. Mais il a beau miser sur la politique d’ouverture comme source de développement économique, c’est plutôt le contraire qui se profile. Ses clients préfèrent acheter des couteaux et des ciseaux bon marché, importés de Chine. "Je pensais que les réformes politiques allaient être une bonne chose, mais ce n’est pas vraiment le cas pour l’instant."

Récemment, le gouvernement a augmenté le prix du ticket de la ligne ferroviaire circulaire de 10 à 100 kyats [de 1 à 10 centimes d’euro]. Les autorités ont également revu à la hausse le prix de l’électricité, ainsi que les tarifs postaux. Les Birmans restent, cela dit, persuadés que les réformes économiques vont porter leurs fruits. Pour la première fois depuis des décennies, la lutte contre la pauvreté est inscrite au rang de priorité. L’année dernière, le Programme des Nations unies pour le développement (Pnud) a annoncé que le pourcentage de la population vivant sous le seuil de pauvreté - fixé à 754 kyats par jour [75 centimes d’euro] - était passé de 32 % à 26 % en cinq ans. La première mesure prise par le nouveau gouvernement fut de revaloriser les retraites, en juin 2011. Mais cette décision n’a pas fait que des heureux. "Le cours des denrées alimentaires s’est envolé, mais nos salaires n’ont pas bougé", maugrée Daw Aye Mu Mynt, un fonctionnaire de 53 ans. J’aimerais pouvoir prendre ma retraite : pour vivre mieux il me suffira alors de la cumuler avec un emploi.

La revalorisation du traitement des fonctionnaires [et des militaires, en vigueur le 1er avril] risque également d’alimenter l’inflation. Pour l’instant, le président U Thein Sein continue de jouit de la confiance de nombreux citadins. Je le soutiens et je le félicite pour tout ce qu’il a déjà accompli, notamment pour avoir sorti le pays de l’impasse sur le plan intérieur et international, déclare Sein Htay, un épicier de 58 ans qui vit dans le quartier modeste de Tarmwe. « Mais j’espère qu’il va faire encore plus pour les pauvres, qui représentent la majorité de la population. »

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