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« Biens mal acquis » : le clan Obiang s’en prend aux ONG.

Jeudi 5 juillet 2012 // L’Afrique

juin 2012 | Par Michel Deléan

L’affaire dite des « biens mal acquis » provoque actuellement de nouvelles tensions entre la France et certains pays africains. Selon des informations obtenues par Mediapart, la République de Guinée-Equatoriale, petit État pétrolier (lire sous l’onglet Prolonger), dont les dirigeants sont dans la mire de la justice française, vient ainsi de contre-attaquer en ouvrant une enquête judiciaire sur des faits éventuels de « corruption » visant un contrat obtenu par la société française Technip, spécialisée dans l’extraction de gaz et de pétrole.

Il s’agit d’un contrat obtenu en janvier 2010 auprès de l’américain Noble Energy : un forage à 1 000 mètres de profondeur dans le gisement pétrolier d’Aseng, qui a été découvert en 2007 au large de la Guinée-Equatoriale.

Cette offensive judiciaire inédite de la part de la Guinée-Equatoriale ressemble fort à une mesure de rétorsion contre la France : saisi du dossier début mai, le juge d’instruction de Malabo chargé du dossier, Nzang Nguema Mangue, a en effet adressé dès le 25 mai aux autorités françaises une convocation visant Daniel Lebègue, le président de Transparence international France (TI France), association qui est justement à l’origine des poursuites contre plusieurs chefs d’État – dont la famille Obiang – dans l’affaire des « biens mal acquis », et qui a provoqué la fureur du clan.

Daniel Lebègue
Daniel Lebègue

Selon nos informations, le juge souhaite entendre Daniel Lebègue comme témoin le 29 juin à Malabo, pour l’interroger à la fois sur ses mandats au sein de Technip, dont il est administrateur indépendant et membre du comité d’audit, et sur ses déclarations publiques au sujet de la corruption en Guinée-Equatoriale...

Contacté par Mediapart, Daniel Lebègue explique ne pas avoir reçu de convocation, et ne semble pas ému outre mesure par cette procédure judiciaire.

« En juin 2011, l’avocat français de la République de Guinée-Equatoriale, Olivier Pardo, avait déjà cru devoir m’interroger là-dessus en soulevant un éventuel conflit d’intérêts me concernant, lorsque j’ai témoigné en faveur du Comité catholique contre la faim et pour le développement (CCFD) lors d’un procès en diffamation, à Paris », explique-t-il. En définitive, le CCFD a gagné ce procès que lui intentait la Guinée-Equatoriale.

Le palais présidentiel
Le palais présidentiel

« Je n’exerce aucune responsabilité opérationnelle au sein de Technip. Je ne négocie ni traité, ni contrat », poursuit Daniel Lebègue.

« Dans la mesure où ces amalgames ont été repris dans certains médias porte-voix de la famille Obiang, j’ai demandé à la fois au conseil d‘administration et au déontologue de Technip, ainsi qu’au déontologue de Transparence internationale France (un ancien président de chambre à la Cour de cassation), si je risquais ou non d’être en conflit d’intérêts : il n’en est rien. On peut tout à fait avoir une activité professionnelle et un engagement associatif tourné vers l’intérêt général », conclut-il.

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