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Biens mal acquis : l’art de la corruption du vice-président de la Guinée-Equatoriale.

Par Fabrice Arfi

Dimanche 27 avril 2014 // L’Afrique

L’actuel vice-président de la Guinée-Équatoriale, Teodorin Obiang, a acquis pour près de 104 millions de dollars d’œuvres d’art de la fin du XIXe siècle grâce au pillage des richesses de son pays, selon plusieurs documents obtenus par Mediapart. Plus de 60 % de son peuple vit avec moins d’un dollar par jour.

Avoir du beau avec de l’argent sale. L’enquête de deux magistrats anticorruption parisiens a permis d’établir que l’actuel vice-président de la Guinée-Équatoriale, Teodorin Obiang, a acquis ces dernières années pour près de 104 millions de dollars d’œuvres d’art d’exception de la fin du XIXe siècle grâce au pillage des richesses de son pays, selon plusieurs documents obtenus par Mediapart. Chargés de l’affaire dite des « biens mal acquis », les juges d’instruction Roger Le Loire et René Grouman visent à identifier, depuis 2010, les patrimoines illégaux en France de plusieurs chefs d’État africains.

Teodorin Obiang, vice-président de la Guinée-Equatoriale.
Teodorin Obiang, vice-président de la Guinée-Equatoriale. © DR

Renoir, Degas, Chagall, Matisse, Monet, Toulouse-Lautrec… C’est un véritable musée privé, à forte dominante impressionniste, qui dormait (avant d’être saisi en février 2012) au 42 de l’avenue Foch, dans les beaux quartiers de Paris, où réside le dignitaire guinéen quand il vient en France. Deuxième personnage de l’État, Teodorin Obiang est le fils du président guinéen en exercice depuis 1979, arrivé au pouvoir après un coup d’État et réélu à chaque “élection” avec plus de 95 % des voix.

Âgé de 45 ans, Teodorin Obiang cumule aujourd’hui les fonctions de ministre de la défense et de la sécurité de l’État, après avoir été celui de l’agriculture, un poste qu’il a utilisé pour faire fortune grâce à l’exploitation du bois, l’une des richesses naturelles guinéennes.

Le travail des policiers de l’Office central pour la répression de la grande délinquance financière (OCRGDF) a permis de dresser un inventaire précis de treize tableaux de maîtres acquis en 2008 et 2009 par Teodorin Obiang, à la faveur de ventes aux enchères de la maison Christie’s aux quatre coins du monde. En voici le détail, selon les éléments recueillis par Mediapart.

La première vente a eu lieu le 6 mai 2008, à New York. Ce jour-là, Teodorin Obiang achète cinq toiles pour 27 890 000 dollars :

Au théâtre, la loge, de Pierre-Auguste Renoir (6 089 000 dollars).

Les Trois Danseuses, d’Edgar Degas (4 297 000 dollars).

Te Fare Hymenee (La Maison des chants), de Paul Gauguin (8 441 000 dollars).

La Danseuse, de Henri Matisse (8 441 000 dollars).

La Jeune Femme peignant, de Pierre Bonnard (601 000 dollars).

Grâce aux éléments bancaires transmis par Christie’s, les policiers ont pu constater que les 27 869 000 dollars déboursés ont été versés depuis un compte, ouvert à la banque JP Morgan Chase de New York au nom de la « présidence » de Guinée-Équatoriale. Le virement a transité en France par le groupe Natexis/Banques populaires, comme le montre le bordereau bancaire ci-dessous :

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