Politique Magazine

Benoît XVI aux chrétiens orientaux : Tenez bon !

Jeudi 29 novembre 2012 // La Religion

Le pays des Cèdres a connu un temps de trêve politique durant les trois jours de visite du Saint-Père. Apportant avec lui l’exhortation apostolique post-synodale, Benoit XVI s’est rendu au Liban malgré les dangers pour inviter les chrétiens et les gentils à la Paix. En 1997 la visite de Jean-Paul II avait aidé les chrétiens à se rassembler autour du combat pour leur souveraineté. Quinze années plus tard, les enjeux ont changé mais c’est toujours les yeux tournés vers le voisin syrien que les Libanais tentent de survivre dans un conteste difficile.

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Le Moyen-Orient est au seuil d’une nouvelle ère. L’empire sunnite d’Arabie Saoudite et du Qatar sent venir son heure. Après la Tunisie, la Libye et l’Egypte, il se pourrait que la Syrie, grand allié de l’ennemi iranien, voit émerger un pouvoir sunnite d’inspiration salafiste. Quant au Liban, depuis le départ des forces d’occupation syriennes en 2005, sa politique s’organise en deux blocs, l’un pro-syrien (« Alliance du 8 mars ») avec à sa tête le Hezbollah chiite, l’autre anti-syrien (« Alliance du 14 mars ») dominé par le parti sunnite du Courant du Futur. De part et d’autre de cette ligne de fracture confessionnelle, dont l’intensité est à son paroxysme depuis les révoltes chiite au Bahreïn et sunnite en Syrie, les chrétiens libanais ont remis leur sort aux mains des partis musulmans. Certains optimistes y voient la garantie qu’aucune d€ deux parties ne prendra le risque de perdre un 1lié en s’attaquant aux communautés chrétiennes. Il n’en demeure pas moins que les forces chrétiennes - Kataeb, Forces Libanaises ou Courant patriotique Libre -, n’ont, dans les faits, que très peu de pouvoir.

C’est dans ce contexte que le voyage du Pape s’est déroulé. D’un accord tacite, toutes les parties avaient décidé d’une trêve politique durant les trois jours de cette visite, voyant le Pape comme un messager de paix. Cette trêve aurait été respectée si des groupes indépendants sunnites n’avaient pas décidé de venger l’honneur du prophète en attaquant dans le nord du pays un restaurant de la marque américaine KFC.

« SOYEZ DES ARTISANS DE PAIX »

Tout au long de sa visite, Benoit XVI a répété que c’était d’abord en disciple de Jésus qu’il fallait lutter pour la survie de la Chrétienté en Orient, non en partisan ou en milicien. Dès son arrivée à l’aéroport de Beyrouth, le Saint- Père a abordé la question syrienne : « Il faut faire cesser les importations d’armes pour empêcher la guerre de continuer ». Le lendemain, il déclarait « comprendre les aspirations à la liberté des peuples orientaux » contre la tyrannie de régimes autoritaires et sanguinaires. Des déclarations plus politiques qu’il n’y paraît : avant d’être « 14 mars » ou « 8 mars », pro ou anti Bachar Al Assad, le chrétien se doit d’être juste et mesuré dans ses jugements, sans transiger avec la morale. Les chrétiens, minoritaires, doivent avoir la force de tenir, de lutter pour la paix sans se salir, voilà l’invitation du Pape aux chrétiens d’Orient. Par-dessus tout, il a appelé les jeunes à ne pas « goûter au miel amer de l’émigration ».

À plusieurs reprises, le Pape s’est adressé aux foules en les réconfortant, les assurant de sa prière et de son affection en ses temps difficiles. En filigrane, il a dénoncé les scandales que traversent les Eglises locales aujourd’hui en proie aux tentations de la sensualité, du pouvoir et de l’argent. En montrant sa connaissance des problèmes locaux et sa volonté de s’en soucier, Sa Sainteté Benoit XVI a redonné aux chrétiens du Liban et du Moyen-Orient foi en leur Eglise.

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