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Bayrou : « Si François Hollande maintient son cap... »

Par Marine Turchi

Samedi 29 mars 2014 // La France

« On avait l’impression d’entendre du Bayrou  », glisse-t-on dans l’entourage du président du MoDem. Jeudi soir, sur France 2, c’est d’ailleurs à lui que s’est adressé François Hollande. En expliquant qu’il n’est « plus président socialiste », mais désormais « président de tous les Français, président de la France », en ne citant ni son premier ministre, ni le PS, ni ses alliés, en parlant de « rassemblement », en multipliant les signes aux chefs d’entreprise, le chef de l’État a fait un pas supplémentaire en direction de François Bayrou.

En novembre déjà, lors de sa première conférence de presse, Hollande avait mis en avant plusieurs priorités économiques du centriste (nécessité du désendettement, pacte de compétitivité). Le président du MoDem s’était « réjoui » de cette prestation et de « la politique de l’“offre” » mise en place par le gouvernement, centrée sur l’aide aux entreprises. « Si c’est cette ligne que (Hollande) choisit et qui s’impose en priorité à toutes les autres, alors la France a une chance de s’en sortir », avait expliqué Bayrou dans un entretien à Mediapart, fin février. Tout en soulignant qu’il ne rentrerait pas dans un gouvernement avec lequel il est « en désaccord profond ».

Après l’intervention de jeudi, le leader du MoDem apparaît plus que jamais compatible avec François Hollande. Une convergence est-elle en train de se dessiner ? Entretien.


© Reuters

Mediapart : Il y a un mois, vous nous expliquiez que François Hollande avait choisi, lors de sa première conférence de presse, en novembre, « un cap » « en phase » avec vos priorités, mais vous regrettiez qu’il y ait encore, au sein de la majorité et du gouvernement, « deux lignes opposées ». Il semble avoir fait son choix…

François Bayrou : Comme depuis plusieurs mois, les intentions exprimées vont dans le bon sens. Croissance, soutien à l’innovation, politique sociale-démocrate de l’offre : dans le livre que je viens de publier (De la vérité en politique, Plon), j’ai écrit qu’il n’y avait pas d’autre choix, pour tout gouvernement, de toute inspiration, sauf à choisir l’aventure de la sortie de l’euro. J’approuve par exemple totalement ce qui a été dit hier sur l’allégement de la fiscalité sur les transmissions et les cessions d’entreprises en France. Mais je n’ai pas eu l’impression d’un plan puissant d’ensemble, qui concentre les forces du pays autour de cet impératif de soutien aux entrepreneurs, aux créateurs, aux chercheurs, aux innovateurs. J’ai plutôt eu l’impression de mesures déclinées en une longue énumération, qui donnait un sentiment de dispersion, de fouillis.

Mais pour François Hollande, « les outils sont là ».

Je suis en désaccord profond avec l’idée que la « boîte à outils » est complète, que ça y est, nous avons tous les outils nécessaires et qu’il suffit de les mettre en œuvre. Je ne crois pas que le crédit d’impôt compétitivité-emploi soit vraiment efficace pour la création d’emplois, ni d’ailleurs, (en cela, je suis minoritaire), que le coût du travail soit l’explication principale des difficultés de l’emploi, ni que les emplois d’avenir aident puissamment à sauver la situation des jeunes, ni encore que les contrats de génération réussissent à faire naître des centaines de milliers d’emplois. Pour moi, l’urgence est de sécuriser la situation juridique, sociale, psychologique des créateurs d’emplois et de richesses, des entrepreneurs et des innovateurs, de ceux qui signent les contrats de travail. Aujourd’hui, cette catégorie, absolument précieuse dans la bataille que doit mener le pays, se sent dans l’insécurité, elle a le sentiment qu’elle est ciblée plus qu’aidée.

Jeudi soir, François Hollande s’est pourtant adressé à plusieurs reprises aux chefs d’entreprise, aux décideurs économiques, bien loin de son discours du Bourget, en janvier 2012 ?

Encore heureux ! Cela prouve que les idées justes progressent. Et je vous le dis : il n’y a pas d’autre option politique. On aurait d’ailleurs mieux aimé qu’il n’y ait pas cette mise en scène idéologique au Bourget, qui d’une part, a nui à l’esprit de la France entrepreneuriale, et qui d’autre part, a déçu ceux qui ont cru à l’authenticité d’un projet “de gauche”, à la force de l’idéologie anti-finances, par exemple.

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