Bataille pour L’islam.

Vendredi 29 mars 2013 // Le Monde

Un réseau terroriste djihadiste spécialisé dans l’embrigadement et l’affectation de fanatiques religieux vers les bases d’Al-Qaïda au Maghreb islamique vient d’être démantelé, a révélé, samedi, le porte- parole officiel du ministère de l’intérieur Khaled Tarrouche, dans une déclaration de presse. Sept membres de ce réseau djihadiste ont été arrêtés et traduits en justice, a précisé Tarrouche, ajoutant que les recherches se poursuivent pour capturer le reste des membres de ce groupe terroriste. Selon l’enquête, une voiture de location transportant 4 individus a été interceptée, jeudi, dans la localité de Souilem de la délégation de Fernana (gouvernorat de Jendouba) à 12 kilomètres des frontières tuniso-algériennes.

Deux des passagers ont été arrêtés, alors que les autres suspects ont pris la fuite. D’après Khaled Tarrouche, les forces de l’ordre ont trouvé à bord de la voiture quatre valises contenant des produits suspects, dont des fils électriques, des électrochocs, des explosifs, des documents et des produits alimentaires.

Après interrogatoire, les deux suspects ont reconnu leur appartenance à ce réseau qui regroupe des fanatiques religieux implantés dans les gouvernorats de Jendouba et du Kef souvent connus sous le nom de « salafistes djihadistes », a-t-il ajouté. A la suite d’une campagne sécuritaire intensive, cinq autres éléments de ce réseau ont été arrêtés en possession d’un pistolet, de balles, d’uniformes militaires, d’armes blanches et de cartes géographiques, a-t-il poursuivi.

Les suspects ont été déférés, le 13 décembre 2012, devant le procureur de la République près du tribunal de première instance de Tunis et des mandats de dépôt ont été émis à leur encontre par le juge d’instruction, a-t-il encore précisé.

Si Dieu est un, l’islam est multiple. Plus que les oppositions entre religieux, laïcs ou entre diverses modalités de religieux, plus ou moins modérés, ce sont des États à ambition hégémonique qui s’affrontent. Tous les mêmes Combien de fois n’a- t-on pas entendu ce genre de réflexions ? Tel voulant convaincre que l’Iran et AIQaïda travaillaient ensemble, alors qu’il n’y avait pas pires ennemis, notamment en Afghanistan. À quoi l’on répliquait : « chaque progrès de I ’islam contre 1 ’Occident profitera tôt ou tard à qui aura alors l’hégémonie dans le monde musulman. » Il y a encore plus longtemps, il avait été difficile de faire admettre que l’affaire Rushdie n’était pas un effort concerté mais bien l’effet d’une surenchère mortelle entre l’Arabie saoudite et feu Khomeyni. Le raz-de-marée de la révolution iranienne avait échoué sur les bastions sunnites.

L’histoire recommence. Si M. Ahmadinejad était au Caire le 6 février pour participer au sommet de l’Organisation de la Conférence islamique (OCI), la première visite d’un chef d’État iranien en Égypte depuis 1979, c’était pour négocier une sortie honorable du bourbier syrien pour ses soutiens chiites - et donc aussi au Liban - et éviter une guerre fratricide entre chiites et sunnites. Car le danger le plus immédiat est bien celui-là, et non celui d’une islamisation radicale du pays. Croire l’inverse serait renverser l’ordre des facteurs. Le but n’est pas de soumettre tous les Syriens et les Libanais sans distinction à-la-Ctarîi comme le croient certains forcenés - ou comme on le leur fait croire - mais d’instrumentaliser telle ou telle stratégie religieuse au profit d’une volonté hégémonique. L’lran n’a que des plumes à perdre en Syrie, quelle que soit l’orientation religieuse du futur régime.

Mais il y a plus : au sein même du sunnisme, derrière la lutte de façade entre Frères musulmans et Salafistes, qui est qui ? Quel rôle singulier joue dans cet immense affrontement un petit émirat comme celui du Qatar ? Pour ceux qui aiment faire simple, le Qatar, nous dit-on, soutient les Frères, pour faire pièce à l’Arabie saoudite qui, elle, soutient comme toujours les Wahhabites, c’est-à-dire les tenants de cet islam puritain du désert que l’on a vu à l’oeuvre à Tombouctou. L’identité du Qatar comme tel est en effet d’exister face à l’Arabie saoudite dont il constitue un minuscule appendice. Doha fera donc toujours le contraire de ce que fait Riyad. Les Frères sont, eux, nés dans les villes en Égypte. Ils sont d’abord des juristes, et politisés dès l’origine, là où les autres ne seront toujours que des prédicateurs. L’opposition est donc vraie jusqu’à un certain point. Car l’audience de Doha est celle de la chaîne de télévision Al Jazira plus que celle de l’émir en personne. Donc une image moderne, où le message est la communication. Et celle de Riyad, plus matérielle mais plus conservatrice, est handicapée par la faiblesse actuelle du pouvoir royal, comme à la fin de l’URSS, une succession accélérée de gérontes et des querelles d’héritiers dans la génération suivante. Un Gorbatchev saoudien n’émergera-t-il jamais ?

La différence avec l’URSS est que ces rivaux en islam sunnite sont tous deux supposés être les meilleurs alliés des États-Unis, de la Grande-Bretagne et de la France. Pas l’un contre l’autre. Pas moins l’un que l’autre. Qui donc trompe l’autre ? Plus personne ne raisonne d’ailleurs en fonction des circonstances de l’espèce, mais seulement du positionnement du rival. Dans ce genre de situations, n’importe qui peut dire et faire n’importe quoi. Mais la réalité est que les deux concurrents sont faibles et s’épuisent l’un contre l’autre, laissant la bride sur le cou aux exaltés.

Un véritable sommet islamique devrait avoir pour objet d’arrêter une position commune et de la faire respecter grâce à un pouvoir fort. Or les deux exigences s’excluent l’une l’autre : consensus et autorité. Les deux cas discutés, la Syrie et le Mali, montrent que l’unité des musulmans n’est pas pour demain, ni celle des islamistes ou encore celle des djihadistes. Si cette conjoncture éclatée est propice à toutes les surprises, il n’en est pas de meilleure pour cultiver toutes les amitiés.

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