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Balkany doit encore 123.000 euros à sa ville.

Par Mathilde Mathieu et Louise Fessard

Samedi 26 janvier 2013 // La France

À la fin des années 1990, le maire de Levallois-Perret, Patrick Balkany, a été condamné pour prise illégale d’intérêts. Quinze ans après, a-t-il payé sa dette à la collectivité ? Au sens propre, la réponse est non. Alors que la justice l’avait condamné à restituer plus de 520 000 euros à la ville de Levallois-Perret, Patrick Balkany n’a toujours pas terminé de régler son passif.

D’après les informations recueillies par Mediapart, l’édile UMP (également député) doit encore rembourser quelque 120 000 euros à la trésorerie de sa propre municipalité une dette que le ministère des finances est aujourd’hui chargé de recouvrer.

P. Balkany en compagnie de JF. Copé à l'Assemblée, en décembre 2012
P. Balkany en compagnie de JF. Copé à l’Assemblée, en décembre 2012© Reuters

En attendant, monsieur le Maire n’a même plus le droit d’« ordonner » la moindre dépense dans sa ville : il a été contraint en 2008 de déléguer ce pouvoir clef à son épouse et première adjointe, Isabelle Balkany, par l’intermédiaire d’une délibération ad hoc en conseil municipal. Une situation ubuesque.

L’histoire remonte à 1996 : tout juste battu aux municipales, le balladurien est condamné au pénal à quinze mois de prison avec sursis et deux ans d’inéligibilité, pour avoir utilisé pendant son mandat trois agents municipaux à ses domiciles privés – l’un servait de jardinier, l’autre de gouvernante, le troisième d’homme à tout faire. En 1999, le parquet de la chambre régionale des comptes en a tiré toutes les conséquences financières : 45 734 euros d’amende (pour « gestion de fait ») et surtout 523 897 euros à rembourser à Levallois (l’équivalent des salaires). Sans compter les intérêts de cette dette, qui vont gonfler au fil des années pour atteindre 230 000 euros en 2007.

Aujourd’hui, pour obtenir des informations chiffrées sur l’apurement de sa dette, il faut batailler. Lorsqu’il est interrogé par l’opposition locale, Patrick Balkany fait le cachottier. « Quand le groupe socialiste a voulu écrire en octobre 2012, pour le journal municipal, que le maire avait encore un certain montant à rembourser, son directeur de cabinet nous a menacés de poursuite en diffamation », raconte Anne-Eugénie Faure, conseillère PS. Faute d’information, les chiffres n’étaient pas les bons. Les socialistes ont dû reformuler et se contenter de poser la question : « Où en est-il du remboursement ? »

Début janvier, quand Mediapart a sollicité à son tour l’intéressé, le même directeur de cabinet nous a rappelés : « On n’a rien à cacher, mais on n’a pas envie de vous aider », a balayé Nicolas Gigon par téléphone. 

Patrick Balkany s’est seulement résolu à nous répondre le 16 janvier, quelques heures après avoir été informé que la chambre régionale des comptes venait de nous confirmer la persistance de sa dette à l’égard de Levallois-Perret.

« On s’en doutait, réagit Catherine Le Guernec, conseillère municipale socialiste, par ailleurs présidente de l’association anticorruption Anticor. Mais chaque fois qu’on l’interrogeait sur le sujet, il bottait en touche, il nous engueulait. »

« C’est inadmissible pour un maire d’être le débiteur de sa ville ! dénonce aussi Anne-Eugénie Faure. Surtout que Levallois est dans une situation financière délicate, en tête du classement des villes les plus endettées de France (quand on rapporte les chiffres au nombre d’habitants – ndlr). »

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