BONUS MALUS

Samedi 26 mai 2012 // La France

Drapeau de FranceOù une disposition constitutionnelle destinée à garantir la stabilité politique conduit à l’instabilité : la majorité des urnes ne se retrouve pas au Vouli (le Parlement grec).

L’impossibilité de former un gouvernement après les élections générales du 6 mai en Grèce ne provient pas de l’absence de majorité : les partis qui refusent les mesures exigées par les créditeurs ont bel et bien obtenu une majorité des suffrages, plus de 40% contre 32% aux deux partis de la coalition sortante. Seulement voilà, le parti arrivé en tête est l’un de ces deux derniers, la Nouvelle Démocratie (ND). Ace titre, la Constitution lui accorde ex nihilo un « bonus » de cinquante sièges. Or il n’avait en réalité acquit selon le décompte à la proportionnelle, que 58 sièges contre 52 au parti suivant, la gauche radicale (Syriza). Se retrouvant avec 108 sièges, cela ne lui permet pas de parvenir à la majorité absolue mais empêche en revanche toute autre combinaison. Sans ce bonus, les deux partis sortants, ND et Pasok, réuniraient seulement 99 sièges alors que les quatre partis de, l’opposition (hors l’extrême-droite), unis sur le refus des mesures de déflation, pourraient prétendre à 130 sièges sur un total de 250 (hors le bonus de 50 sièges). Même si le parti communiste (8,5% des voix et 26 sièges), refusait de rallier la nouvelle coalition, celle-ci surpasserait néanmoins la coalition sortante.

Une mesure destinée à faire contrepoids aux effets centripètes du scrutin proportionnel aboutit ici à bloquer le système. Toutes les combinaisons s’étant avérées impossibles, de nouvelles élections seront convoquées dans un délai d’un mois. On aurait pu imaginer une sorte de gouvernement de transition chargé d’expédier les affaires courantes, un cabinet de technocrates, un peu comme en Italie. La Grèce sort de cette formule en vigueur depuis le retrait de George Papandreou en novembre 2011. Le gouvernement grec était présidé par le vice-président de la Banque centrale européenne Lucas Papadémos.

Les marges de négociation entre les partis ne sont pourtant pas inexistantes. La gauche radicale ne réclame pas là sortie de la zone Euro. Là Nouvelle Démocratie avait jusqu’en novembre dernier « brillé » par son refus de s’associer aux mesures proposées par le cabinet socialiste. Son chef, M. Samaras, subissant une pression énorme de la part de ses « amis » conservateurs allemand et français, avait payé le prix de son ralliement d’une scission au sein de son parti, la fraction dissidente, les « Grecs indépendants », recueillant la moitié des voix obtenues par les éléments restés fidèles à M. Samaras.

Les nouvelles élections ne pourront dégager une solution que si l’un des deux camps l’emportait nettement. Il ne manque que trois points à la gauche radicale pour arriver en tête et rafler le bonus de 50 sièges l’assurant de pouvoir gouverner. Avec son allié de la gauche démocratique, elle-même issue d’une scission avec elle, voire en cas de fusion, elle est déjà en premier avec plus de 22% des voix.

Pour gagner, la droite devrait en faire autant. Les deux branches de la Nouvelle Démocratie réunies sont à 30%. Si les institutions de Bruxelles et le cabinet berlinois étaient suffisamment futés, c’est ce qu’ils essaieraient de faciliter en coulisses. On s’étonne de leur manque d’anticipation, alors que personne ne pouvait imaginer le peuple grec ne pas sanctionner les partis de l’austérité. A moins qu’ils n’aient choisi cette dramatisation pour mieux arriver à leurs fins.

L’élection de François Hollande renforce l’audience de M. Alexis Tsipras, le grand gagnant de l’élection du 6 mai. Apparemment, cet ex-communiste réformateur ne se compare pas à M. Mélenchon, mais bien à ce que pourrait incarner le président Hollande. Il veut une « nouvelle gauche » pour remplacer ou faire imploser le Pasok, à son plus bas niveau historique. On saura après les élections de juin s’il a réussi son pari.

LA DETTE PUBLIQUE ET LES MARCHÉS

La dette publique française dépasse les 85% du PIB (environ 1.700 Milliards d’euros) et elle concerne l’Etat surtout (plus de 1.200 Milliards d’euros), les collectivités locales (environ 160 Milliards euros), les organismes de sécurité sociale (200 Milliards) et différentes administrations et autres organismes et agences dépendant de l’Etat (12 Milliards). Cette dette est aujourd’hui financée par des emprunts à plus ou moins long terme contractés par la France et proposés à divers acteurs financiers, qui constituent les fameux « marchés ».

Mais qui achète cette dette ? La France émet des titres de long terme (les OAT - Obligations assimilables au Trésor), remboursables entre 10 et 50 ans. Ensuite, il existe des titres à court terme : les Bons du Trésor à intérêt annuel (d’une durée de 2 à 5 ans) et les Bons du Trésor émis pour des périodes très courtes (de 4 à 7 semaines). Environ un tien de la dette est empruntée aux banques et aux sociétés de crédit. Ce sont surtout les compagnies d’assurance qui achètent des titres de dette française pour les placements d’assurance vie (autrement dit, l’Etat engage l’épargne des Français).

Mais 65% de la dette est détenue par des étrangers (en 1993, seulement 32%). C’est une situation particulière en Europe, la France étant en troisième position après le Portugal (avec 75%) et la Grèce (71 %) alors que la dette des pays comme le Japon est détenue en intégralité par ses résidents. Aux Etats-Unis, environ 33% de la dette appartient aux étrangers. Quand on dit « étrangers », cela comprend des fonds de pension (interdits en France !), des banques, des fonds souverains... Environ 52% de la dette française est détenue au sein de la zone euro, le reste étant hors de l’Europe.

On a pu le constater dans le cas de la Grèce et du Portugal : ces acteurs étrangers détenteurs de la dette tiennent compte du fait que l’Etat emprunteur ne puisse plus rembourser : « le roi est nu ». Dans ces conditions, l’Etat ne peut plus continuer à vivre au-dessus de ses moyens car les marchés ne le permettent plus. On voit que la Grèce est aujourd’hui dans une impasse : elle a besoin de 5 milliards et demi d’euros pour finir le mois de mai, mais les prêteurs européens ne veulent pas les débloquer si la Grèce n’accepte pas l’austérité ce que les électeurs ont semblé vouloir signifier dimanche dernier.

Ce sera le cas avec la France dans les mois qui suivent. Déjà, le spread l’écart entre les taux allemand et français a doublé. Et 1 point de plus représente 20 Milliards d’euros supplémentaires à payer dans l’année !

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