Azawadistan libre.

Mardi 1er mai 2012 // L’Afrique

Drapeau de FranceLa rébellion à Bamako n’aura duré que deux semaines. La partition du pays risque d’être plus longue.

Le mouvement National pour la libération de l’Azawad (MNLA) a proclamé le 5 avril l’indépendance de l’Azawad sur environ un million de km2, coupant le Mali en deux, nord et sud. Le lendemain, la partie de l’armée malienne qui avait fait un coup d’Etat le 22 mars a accepté de rentrer dans les casernes.

Au lieu d’aller se battre au Nord, l’armée s’est tout simplement effondrée. Le vide ainsi créé a été comblé par les milices de tous genres qui s’agitent dans l’espace saharie . L’Azawad n’est encore qu’une coquille qui recouvre les éléments les plus divers clans touaregs coutumiers plus ou moins alliés au sein du MNLA, combattants touaregs islamistes d’Ansar Dine, djihadistes de I’AQMI (Al Qaeda au Maghreb islamiste) — on retrouve la superposition des rebelles afghans : clans pachtounes, talibans, al Qaïda. Les premiers revendiquent des droits historiques et arrêtent donc leur offensive bien au nord de la ville de Mopti, les seconds veulent imposer la charia à tout le Mali, les derniers, arabophones et algériens, veulent faire la liaison avec le groupe Boko Haram qui terrorise le Nord-Est du Nigeria, à la limite du Tchad.

Les uns viennent de l’Algérie, les autres de Libye lis ont réalisé leur jonction à Tombouctou ou leurs routes normalement divergent. Il était urgent qu’un pouvoir légitime soit rétabli à Bamako pour tenter de négocier avant qu’une partie des combattants du Nord ne déferlent sur la route unique qui, de Tombouctou et Gao, conduit à Mopti, Djenné, Ségou vers Bamako, entraînant infailliblement une intervention militaire défensive de la part de la CEDEAO, l’organisation sous-régionale ouest-africaine. Celle-ci, actuellement présidée par la Côte d’ivoire, à laquelle la situation actuelle rappelle de mauvais souvenirs, a pour élément militaire moteur le Nigeria.

Or la CEDEAO représente les seuls pouvoirs africains du Sud. Les pays du Nord, le Maghreb, n’en font pas partie à ce jour, l’Algérie, première concernée, n’a pas bougé. Elle ne saurait accepter sur ses confins sud la création d’une sorte de Waziristan (zones tribales à la frontière du Pakistan et de l’Afghanistan). La Mauritanie avait déjà lancé une opération de recherche d’otages à l’intérieur du Mali. L’Algérie ne se privera pas d’agir, maintenant qu’elle ne redoute plus une confrontation avec la Libye après Kadhafi.

Une course contre la montre est ainsi lancée entre les gendarmes algérien et nigérian. Mais les deux, du fait de la configuration du terrain, doivent couper par le pays intermédiaire, le Niger. Les Touaregs, retour de Libye, ont également dû traverser le nord du Niger, le Mali n’ayant pas de frontière commune avec la Libye. Le Niger était le maillon faible, qui fut le plus régulièrement attaqué par les guerriers du désert. Cette fois, il a été épargné par les Touaregs qui n’ont fait que passer, mais il serait la grande victime d’une nouvelle guerre des sables internationalisée. Le Niger a en effet réussi en 2010 une transition démocratique à la suite de laquelle le président Mahamadou Isoufou a nommé comme premier ministre en 2011 un touareg, Bngi Rafini, député d’Agades. Cet équilibre politique exemplaire et particulière- ment délicat serait évidemment remis en question si la guerre se généralisait.

Un bon plan d’organisation du Sahara permettrait d’éviter un nouvel incendie. On l’a déjà dit du plan élaboré il y a juste cent ans, en 1912, par un certain Charles de Foucault, déjà ermite au Sahara mais resté en esprit un fidèle officier marocain de Lyautey, plan qui aurait pu éviter la grande révolte de 1916 ou il trouvera la mort.

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