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Ayrault à l’Assemblée : oublié, le discours du Bourget !

03 JUILLET 2012 | PAR LENAÏG BREDOUX ET FRANÇOIS BONNET

Dimanche 15 juillet 2012 // La France

Du Hollande, sans le souffle du discours du Bourget. Le premier ministre Jean-Marc Ayrault a livré mardi, pendant une heure et demie d’un discours fleuve, sa déclaration de politique générale devant les députés. Exercice rituel, cette déclaration est à la fois un discours programme et un discours de la méthode pour tout nouveau chef de gouvernement. De ce point de vue, Jean-Marc Ayrault ne s’est autorisé ni fantaisie, ni improvisation, ni prise de risques. C’est une déclaration marquée par son classicisme, sans figure rhétorique et sans envolée qu’a délivrée l’ancien maire de Nantes. Au risque du pesant, de l’ennui parfois et de longs inventaires de mesures.

Devant une Assemblée bondée et une opposition déchaînée, l’ancien maire de Nantes s’est essentiellement appliqué à dérouler la feuille de route définie par les 60 propositions de François Hollande, de la réforme de l’impôt sur la fortune au mariage et l’adoption pour tous, en passant par la création de la banque publique d’investissement ou la création de 60 000 postes dans l’éducation nationale. Pour le reste, pas de surprise.

Jean-Marc Ayrault l’a dit d’emblée, reprenant les mots clefs de la campagne de Hollande : « Conduire le redressement de notre pays dans la justice. » Mais le premier ministre a d’abord choisi d’insister sur le versant « redressement », évoquant le « poids écrasant » de la dette et en en appelant au « génie de la France » et au « patriotisme ».

Appel à la confiance, appel à la mobilisation générale, des citoyens, des « corps intermédiaires », des collectivités locales : Jean-Marc Ayrault s’est surtout attaché à décrire une nouvelle méthode de gouvernement, déconcentrée, attentive, à l’écoute des syndicats, des associations, des citoyens. Demandant « une mise en mouvement de la société », appelant à « retrouver le sens du combat commun », le premier ministre s’est fait modeste : le gouvernement, seul, ne saurait prétendre conduire et réussir le changement…

L’autre message adressé par le premier ministre a été de réfuter tout « tournant de la rigueur » ou abandon des 60 propositions de François Hollande. « Nous ne renonçons à rien, non et non ! Cette majorité n’a pas été élue pour trouver des excuses », a-t-il insisté pour en venir aussitôt à la potion amère du rétablissement des comptes publics.

« Ce rétablissement est un enjeu majeur », a expliqué Jean-Marc Ayrault avant de parler de nécessaires « efforts » dans les secteurs jugés non prioritaires (hors « jeunesse, sécurité et justice »). Au passage, le premier ministre a nettement abaissé les prévisions de croissance pour 2012, de 0,4 % à 0,3 %, et pour l’an prochain (à 1,3 % contre 1,7 % attendus jusque là). S’il refuse de parler de « tournant de la rigueur », l’austérité budgétaire – « l’effort national » dans le jargon de Matignon – est bien la boussole de ses choix politiques.

Ayrault est d’ailleurs resté très discret sur la politique sociale qu’il entend mener, consacrant trois petits paragraphes à l’emploi. L’essentiel est en réalité renvoyé à la conférence sociale des 9 et 10 juillet, même si celle-ci ne devrait pas déboucher sur des décisions concrètes. Sur la santé, le handicap ou la dépendance, Ayrault n’a donné aucune indication de calendrier des réformes promises. Le premier ministre a également fait profil bas sur un des axes essentiels du discours du Bourget de François Hollande : la lutte contre la finance. Ce n’est qu’à la toute fin de son propos qu’il s’est essayé à quelques formules plus lyriques – « aucune agence ne notera jamais notre rêve, le rêve français » –, mais sans y donner de contenu.

Pour Ayrault, lutter contre la finance, c’est d’abord réduire la dette de la France pour la mettre à l’abri d’une attaque des marchés financiers. « La dette, c’est un enjeu de souveraineté », a déclaré le premier ministre. Il est même apparu en retrait sur la réforme bancaire promise par le candidat Hollande. Si Ayrault a évoqué à son tour la « séparation des banques qui sont utiles à l’emploi et à l’investissement, de leurs opérations spéculatives », il n’a fixé aucun calendrier : c’était pourtant la mesure numéro 7 des 60 engagements du président de la République. Le premier ministre n’a pas non plus dit un mot des paradis fiscaux, des produits financiers toxiques auxquels Hollande voulait « mettre fin ».

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