Avec le vote de la Loi Taubira, Hollande le Pingouin aura ressoudé la droite, sans consolider une gauche de plus en plus calamiteuse.

Mardi 7 mai 2013 // La France

Il suffisait d’écouter le ministre de l’Intérieur, mardi, à l’Assemblée, avant le vote de la loi Taubira, pour observer la fébrilité qui l’habite.

Et à travers lui, le sommet de l’État. François Hollande l’a nommé au ministère le plus proche de l’Élysée sur sa réputation de solidité et la qualité de ses relations avec les policiers. Son crédit est en train de se dégrader à grande vitesse. Il devrait anticiper les événements et en informer le chef de l’État. Depuis le mois de novembre, il a été constamment pris à contre-pied par les manifestations contre le mariage gay. Il n’a pas vu venir cette mobilisation, n’en a pas saisi les motifs profonds, habitué qu’il était aux défilés de fonctionnaires ou de salariés revendiquant pour leurs emplois et leurs retraites. Ici, il avait affaire à un mouvement inattendu, marchant pour la défense de principes et de convictions, une idée de la famille et de la vie en société. Avec des syndicalistes, on négocie des reclassements et des indemnités ; mais avec des manifestants qui défendent des principes, que peut-on négocier ?

Il pensait qu’après la manifestation de janvier, le mouvement s’enliserait ; erreur, celui-ci est reparti de plus belle le 24 mars. Il l’a méprisé ; nouvelle erreur, le mouvement s’est développé sous des formes de plus en plus déroutantes pour un ministre de l’Intérieur si sûr de lui. Il a dérapé en se mettant à jouer aux petits soldats j’appelle une compagnie de CRS ici, je déplace un escadron de gendarmes mobiles là, j’ordonne des interpellations, j’autorise l’emploi des gaz, je truque les chiffres des défilés, etc. Sa fausse habileté dégénère. L’exaspération renforce la mobilisation, la nervosité gagne le maintien de l’ordre, dont les hommes se demandent à quoi on joue ; ça discute ferme dans les camions et les familles.

La loi Taubira, François Hollande l’avait voulue pour rassembler la gauche et diviser la droite. L’ampleur de la réaction du peuple de droite, aussitôt après le pitoyable épisode de la présidence de l’UMP, a été telle que les protagonistes de cette dispute,
qui pouvait être mortelle, sont vite rentrés dans le rang et que cette droite promise à l’éclatement ne s’est jamais présentée aussi réunie, du bleu azur au bleu marine, que derrière les banderoles de la manif pour tous. Laquelle a révélé une nouvelle cohorte d’élus courageux en même temps qu’une jeunesse trempée par cette bataille des valeurs.

La gauche, elle, est désorientée. Stimulée par les attaques des communistes et de Mélenchon,( le Robespierre de l’ère moderne) l’aile gauche du Parti socialiste parle de plus en plus fort, semant le doute chez les orthodoxes, même si la discipline de vote demeure. Les élus reviennent désespérés de leurs circonscriptions, accablés par ces sondages humiliants pour leur chef (le voilà, un an après sa victoire, ramené au score de Marine Le Pen si l’on rejouait la présidentielle). Ils ont vu, dans l’Oise, une bonne partie de leurs électeurs voter Front national dans une élection partielle, et du président de la République, ils sont sans nouvelles. Pour ne pas faire comme Nicolas Sarkozy, celui-ci se refuse à réunir les parlementaires de sa majorité à l’Élysée. Les élus UMP sortaient regonflés de ces réunions. Ceux du PS n’ont que Bruno Le Roux, Jean-Marc Ayrault ou Manuel Valls pour leur remonter le moral, autant dire qu’ils sont mélancoliques.

François Hollande a au moins son agenda international pour se changer les idées. Hier, le Maroc, aujourd’hui, la Chine, demain, Israël. Même si la France actuelle fait pitié, à lire la presse du monde entier, passant de la faute morale de DSK à la faute morale de Cahuzac, de la pathétique taxe à 75 % sur les seuls patrons à la grotesque transparence, les voyages à l’étranger, ça détend.

Sur le front intérieur, c’est différent. Le président de la République se terre à l’Élysée, en attendant que ça se passe. « Je maintiens le cap », fait-il dire. Quel cap ? On lui dit : parlez, monsieur le président. Il parle. Aucun effet. Il perd six points de plus dans les sondages. Alors on revient le voir : changez de gouvernement, monsieur le président. Il en débat avec ses proches, convoque quelques ministres pour de libres entretiens.
On lance des idées. Un carré de combat ?

Intéressant, mais avec qui, pour faire quoi ? De discrets appels téléphoniques partent ici et là, mais les pressentis se dérobent : pourquoi monter à bord d’un bateau qui coule ? Et quand, pour couronner le tout, le président de la Cour des comptes, socialiste, dément les prévisions du gouvernement et que le président de l’Assemblée nationale, également socialiste, conteste les projets du chef de l’État, sous les applaudissements de la droite, on comprend qu’il y ait de la fébrilité dans l’air.

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