Au royaume de l’absurdie.

Lundi 13 mai 2013 // La France


Voiçi le Président des pédalos.

Pourquoi la droite irait-elle aider la gauche à rebâtir ce qu’elle a méthodiquement démoli depuis un an ? Laissons les électeurs trancher.

C’est la dernière trouvaille pour tenter de sauver le soldat Hollande. Le plus surprenant dans cette affaire étant la naïveté avec laquelle tant d’électeurs de droite foncent tête baissée dans le panneau en répondant "oui" à la question : « Êtes-vous favorable à ce que François Hollande mette en place un gouvernement d’union nationale ? » (enquête Ifop pour le JDD du 28 avril).

Après avoir vu le président de la République dresser les Français les uns contre les autres pendant un an, en méprisant ceux dont les convictions ne sont pas les siennes, on lui dirait « Embrassons-nous, Folleville, on repart à zéro » ! Il n’y a que M. Bayrou, qui a fait voter Hollande et constate maintenant les dégâts, pour être candidat à prendre la tête d’un tel gouvernement, sans avoir lui-même été élu.

Mais pour faire quoi et avec quel soutien au Parlement ? Le Parti socialiste lui-même ne sait pas ce qu’il veut, déchiré qu’il est sur tous les sujets, excepté le mariage gay : désigner Angela Merkel comme bouc émissaire de nos déficits ou engager de vraies réformes pour redresser notre économie, poursuivre le matraquage fiscal ou trancher dans les dépenses, dénoncer les patrons ou soutenir les entreprises, couper dans les crédits militaires ou préserver nos armées, etc. Et devant ce désastre, la droite irait dire à la gauche : oublions ce qui nous sépare, la situation est grave, nous allons vous aider à reconquérir l’opinion, qui vous abandonne, et à inverser la courbe du chômage, qui condamne votre politique en une phrase : rebâtissons ensemble ce que vous avez méthodiquement démoli depuis un an... le royaume de l’absurdie.

Le 5 mai 2002, Jacques Chirac fut réélu par 82 des voix (contre Jean-Marie Le Pen). Il avait donc quasi fait l’union nationale sur son nom. Il pouvait constituer une grande coalition. Il y pensa ; il fit quelques sondages et n’alla pas plus loin. Pourquoi ? Il s’en est expliqué dans ses Mémoires : « Un nouveau compromis politique entre des dirigeants d’opinions divergentes sur la plupart des grands sujets eût probablement abouti à ces mêmes impasses que les résultats du 21 avril avaient sanctionnées. » On sortait d’une cohabitation de cinq ans entre un président de droite et un gouvernement de gauche dont le premier ministre avait été éliminé du second tour.

La gauche défaite ne fut évidemment pas prête à rejoindre Chirac pour disparaître tout à fait. Elle préféra se reconstituer. Quant à la droite qui venait de la battre, elle avait hâte de mettre en oeuvre sa politique, pas de la soumettre à un arbitrage de la gauche - au seul profit du Front national, qui aurait eu beau jeu de faire campagne sur le thème "UMP-PS, même combat". Cinq ans plus tard, enhardi par sa large victoire à la présidentielle, Nicolas Sarkozy voulut à son tour faire l’expérience d’un gouvernement élargi sur sa gauche, plusieurs personnalités socialistes furent pressenties, peu acceptèrent. Sarkozy n’en tira aucun avantage : les ralliés annoncèrent qu’ils ne voteraient pas pour sa réélection et les électeurs de droite lui firent le procès de ces recrutements inutiles, lesquels permirent seulement à Marine Le Pen d’affiner sa dénonciation de l’UMPS.

Sans remonter à Poincaré, en 1914, le général de Gaulle donna à deux reprises l’exemple de l’union nationale : en 1944 et en 1958. Mais en 1944, c’était la Libération et de Gaulle n’était pas discuté. Quand il le fut, il s’en alla. À son retour aux affaires, en 1958, la IVe République était à l’agonie. Il fallait tout reconstruire : de Gaulle forma un gouvernement mêlant des personnalités de la "société civile" (Malraux, Couve de Murville) à des socialistes, des centristes, des indépendants. Il les associa à la préparation de la Constitution de la Ve République à naître. En même temps, il demanda à Jacques Rueff et à Monsieur Antoine Pinay un plan pour redresser l’économie et les finances publiques. Le plan était sévère. Lorsque de Gaulle l’approuva, les socialistes démissionnèrent et ils restèrent dans l’opposition jusqu’en 1981.

Quand on cite l’exemple allemand (ou maintenant italien), il faut se rappeler un détail : ces grandes coalitions sont formées au lendemain des élections, pas un an après. Si François Hollande voulait effectivement, « comme de Gaulle le pratiqua », mettre enjeu sa légitimité et le soutien de l’opinion à sa politique, qu’il prononce la dissolution de l’Assemblée nationale : aux électeurs de trancher.

Après tout, il se peut que ceux-ci baptisent « union nationale » le souhait d’avoir un président de gauche sans pouvoir et un gouvernement de droite qui l’exercerait pleinement.

Répondre à cet article