Au fond du gouffre.

Samedi 24 mai 2014 // La France

Le condamné - Deux ans après - François Hollande

Nous sommes le 6 mai 2012. François Hollande vient d’être élu président de la République. La gauche règne sur la majorité des 36 680 communes de France. Elle gouverne 21 des 22 régions de la métropole. Elle préside plus de la moitié des départements. Elle vient d’emporter, pour la première fois de son histoire, la majorité au Sénat. Dans à peine plus d’un mois, elle disposera aussi de la majorité absolue à l’Assemblée nationale. François Hollande ales pleins pouvoirs. Il ales mains libres pour appliquer sa politique. Jamais président n’avait régné aussi largement, sans partage, sur son pays.

Au soir de son élection, François Hollande est l’homme politique le plus populaire de France. Il devance largement Nicolas Sarkozy, qu’il vient de déloger de l’Élysée. Il a promis une présidence "normale". Son style sobre, son phrasé mesuré, sa bonhomie toute corrézienne laissent augurer un quinquennat de proximité avec les Français. Sa compagne, Valérie Trierweiler, suscite au mieux l’enthousiasme, au pire l’empathie. Son programme, même s’il a été adopté sur l’opposition à Sarkozy avant de susciter un vote d’adhésion, n’inquiète pas encore. Ses équipes sont quasi inconnues et le bénéfice du doute leur est accordé. Il a promis le « redressement dans la justice », ainsi que « le changement ». Figurent aussi dans son programme le mariage et l’adoption pour les couples homosexuels, le droit de vote des étrangers, mais on n’y prête guère attention. Il a juré d’aller renégocier le traité budgétaire européen discuté entre Nicolas Sarkozy et Angela Merkel. Il a promis de maîtriser les déficits et, bien sûr, de vaincre le chômage. Ses discours n’étaient plus assez longs pour contenir toutes ses promesses. C’était il y deux ans.

Deux années seulement pour que la France se réveille. Vaccinée contre le hollandisme, ses errements, ses renoncements, ses faux-semblants... La "présidence normale" s’évapore en juin 2012, quand Valérie Trierweiler "assassine" d’un tweet sa rivale Ségolène Royal, en difficulté dans son élection législative à La Rochelle. Ce qui subsiste, à cet instant, du mirage Hollande s’effondre avec la révélation par le magazine Gloser de la relation que le président entretient avec l’actrice Julie Gayet. La mise en scène de l’adultère, le président clandestinement évadé de l’Élysée, masqué par son casque de scooter, contraint de se faire livrer des croissants par son garde du corps, a discrédité le chef de l’État.

Mais la révélation de ses frasques n’aurait pas suffi, à elle seule, à condamner le président le plus impopulaire de la Ve République. Depuis le 6 mai 2012, François Hollande a vu sa politique sanctionnée lors de chaque élection législative partielle. Dans le Val-de-Marne, le PS est absent du second tour. Dans l’Hérault, Élie Aboud terrasse son adversaire socialiste. Même déconfiture pour l’opposant MRC soutenu par le PS face à Patrick Devedjian dans les Hauts-de-Seine. Dans l’Oise, le FN affronte seul l’UMP après avoir éliminé le PS, en baisse de 9 points par rapport au précédent scrutin. À Wallis-et-Futuna, l’UMP s’impose encore face à la gauche. Dans la circonscription Amérique du Nord des Français de l’étranger, Frédéric Lefebvre l’emporte face au député PS sortant. L’UDI s’impose face à l’UMP dans la 8e circonscription des Français de l’étranger (Italie, Grèce, Turquie, Israël), où le PS est éliminé au premier tour. Le PS est aussi absent du second tour dans la circonscription de Jérôme Cahuzac, où l’UMP devance le FN. En revanche, c’est le candidat du parti de Marine Le Pen qui s’impose dans l’élection cantonale partielle à Brignoles. Là encore, le PS est éliminé dès le premier tour.

Hégémonique en 2012, le Parti socialiste mord la poussière en 2014. Deux ans de présidence Hollande auront anéanti les efforts de trente ans d’implantation locale. Ce naufrage, accéléré lors des municipales et redouté par la gauche pour les échéances à venir (lire encadré ci-dessus), emporte d’abord son responsable. C’est pour sauver la maison rose en péril que François Hollande se résout, au lendemain de la raclée électorale du 30 mars, à nommer son opposant de l’intérieur, Manuel Valls.

En nommant Valls, le chef de l’État avoue n’avoir toujours pas réussi à engager le redressement. Ce coup de poker de Hollande le précipite, de fait, dans une nouvelle étape de son quinquennat. Et traduit déjà son échec : là où la tradition de la Ve République veut qu’un premier ministre nommé pour des raisons politiques soit remplacé par un proche du président, Hollande procède exactement à l’inverse. Et sa prédiction engager les réformes durant deux ans pour en recueillir les fruits les trois années suivantes et s’assurer une réélection ne se réalisera pas : en nommant Valls, Hollande avoue n’avoir toujours pas réussi à engager le redressement promis durant sa campagne de 2012. En s’imposant à Matignon il en profite pour écarter Cécile Duflot, que Hollande voulait garder « à tout prix » au gouvernement, après avoir durement négocié et menacé de démissionner s’il n’était pas nommé premier ministre Valls se veut porteur d’un espoir pour la gauche de ne pas être laminée.

Mais cette opération sauvetage est, pour l’exécutif, un quitte ou double. En nommant à Matignon le plus minoritaire - il avait recueilli à peine plus de 5 % des voix à la primaire socialiste - de ses ministres, le président disloque sa majorité. « L’orientation économique de Hollande et Valls ne marche pas », fulmine le député... socialiste Pouria Amirshahi, après le vote de trajectoire budgétaire à l’semb1ée, obtenu in extremis, malgré l’abstention de 41 parlementaires PS.

Orchestrée par Martine Aubry, la fronde de députés issus de l’aile gauche du PS handicape lourdement le nouveau couple exécutif. Ancien proche de Hollande, Julien Dray ne se cache même plus pour réclamer une primaire en 2016 afin de désigner le candit du PS à la prochaine présidentielle. En rupture avec le PS depuis 2008, Jean-Luc Mélenchon exhorte ses « camarades » à « s’autonomiser » pour former une « majorité de rechange » à celle de Valls. Le secrétaire national du PCF, Pierre Laurent, dénonce, quant à lui, la « politique illégitime » du gouvernement, qui « mène à l’échec ».

Affaibli au sein de sa majorité, minoritaire au sein de la gauche, rejeté par la droite, que reste-t-il à Hollande pour sauver les apparences ? Habitué à l’entre-soi politico-médiatique, le président s’appuie sur la presse pour montrer un semblant de combativité. Anticipant la séquence "anniversaire" de son élection, il s’est longuement confié dans les colonnes du journal du dimanche pour expliquer son action. « Je veux faire aimer la France », a-t-il attaqué, ouvrant la « deuxième phase du quinquennat » par une formule sibylline, un aveu d’impuissance : « Le retournement économique arrive. » Mais qui peut encore accorder du crédit à la parole présidentielle, après la promesse d’inversion de la courbe du chômage, répétée maintes fois, ajournée, puis enterrée ? Le cauchemar durera encore trois ans. Aujourd’hui, le roi est nu. Seul. Condamné.

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