Assiste-t-on au retour de la guerre froide ?

Oui et Non.

Lundi 23 avril 2012 // Le Monde

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Les Etats-Unis doivent être plus forts face au Kremlin !

Après avoir déclaré le 26 mars que la Russie était toujours l’ennemi géopolitique numéro un des Etats-Unis, le candidat républicain Mitt Romney enfonce le clou dans une tribune où il accuse Obama de s’incliner devant Moscou.

Ce sont parfois les moments où l’on baisse la garde qui sont les plus révélateurs. Le président Obama vient de nous en donner la preuve, le 26 mars, lors du sommet ur la sécurité nucléaire en Corée du Sud. C’est ma dernière élection a-t-il déclaré à son homologue russe Dmitri Medvedev au cours d’un échange capté par inadvertance. Après les élections, je pourrai être plus flexible. Mais plus flexible pour quoi ? Le président a notamment mentionné la défense antimissile comme un des sujets où le Kremlin pourrait s’attendre à plus de souplesse de la part des Américains. Cette information est plus qu’inquiétante.

L’Histoire montre que le président Obama s’est déjà montré conciliant sur cette question ainsi que dans d’autres domaines liés à la sécurité nucléaire. Il a abandonné notre projet de bouclier antimissile en Pologne sans rien obtenir de concret de la part des Russes. Il leur a promis de nouvelles restrictions sur notre arsenal nucléaire. Il a capitulé devant leurs exigences pour qu’une résolution des Nations unies sur le programme nucléaire militaire iranien ne comporte pas de sanctions trop sévères.

En échange, Moscou n’a montré sa gratitude qu’en faisant de l’obstruction aux Nations unies. Les Russes continuent d’armer le dictateur syrien et bloquent les efforts multilatéraux visant à mettre fin au massacre. La politique du président Obama vis-à-vis de la Russie ces trois dernières années peut donc se résumer ainsi : Nous donnons, les Russes reçoivent.

L’intransigeance des Russes n’a provoqué aucune réaction de la part de la Maison-Blanche. Obama semble déterminé à se faire bien voir du Kremlin. Voilà ce qui semble - malheureusement - être le principe directeur de sa politique de nouveau départ vis-à-vis de Moscou. Le coup de téléphone passé par le président pour féliciter Poutine pour son élection à la présidence russe n’est qu’un autre exemple édifiant de cette politique. Cet appel a suivi une déclaration officielle du département d’Etat exprimant les félicitations des Etats-Unis au peuple russe pour l’organisation de cette élection présidentielle. Sachant le nombre de gens pour qui ce scrutin a été entaché de fraude, cette déclaration donne une bien piètre image de l’engagement américain pour la démocratie et les droits de l’homme. Il s’agit d’une trahison.

NON

L’indifférence vis-à-vis de Moscou ; La Russie dans le rôle de l’ennemi géopolitique numéro un de l’unique superpuissance de la planète ? C’est trop d’honneur, mister Romney, mais la réalité est tout autre.

Nous devrions exprimer notre sincère gratitude au favori du camp. républicain : tout le monde ne peut prétendre au rôle d’ennemi géopolitique numéro un de l’unique superpuissance de la planète. Ainsi donc, la Russie serait aujourd’hui la deuxième puissance mondiale, comme au bon vieux temps. On espère que l’ancien gouverneur du Massachusetts le pense réellement. Avec les républicains de l’administration précédente, t’était l’inverse : ils ne voyaient pas l’intérêt de prêter attention à-un pays vaincu, et dont les chances de retrouver une influence à long terme étaient si minces. Moscou et Vladimir Poutine en personne ont dû déployer des efforts considérables pour faire prendre conscience à leurs interlocuteurs de Washington qu’ils sous-estimaient leur ancien adversaire.

Si les propos de Romney reflètent véritablement son opinion et ne sont pas une simple arme de campagne, le constat est déplorable. Non pour l’hostilité que cela dénote envers Moscou, mais à cause de la vision erronée du monde que cela révèle. Washington est confronté à un défi de taille : le monde tel qu’il se dessine à présent ne ressemble en rien à ce que les Etats-Unis ont pu imaginer en partant du principe qu’ils étaient la seule superpuissance de la planète. En politique étrangère, ils doivent revoir leurs priorités et leurs méthodes. Malgré ses timides tentatives, Obama a bien du mal à contrer la force d’inertie de l’establishment politique et de la bureaucratie.

Durant les prochaines années, les Etats-Unis vont devoir s’atteler à de nombreux dossiers complexes - élaboration des équilibres avec la Chine et l’ensemble de la région Asie-Pacifique, formulation des objectifs à atteindre dans un Moyen-Orient en mutation, etc. Sur certains plans, la Russie peut apporter sa contribution ; sur d’autres, elle peut constituer un obstacle ; et ailleurs encore elle n’a aucun rôle à jouer. Ce qui est sûr, c’est qu’elle n’a pas l’intention d’être un adversaire systématique, n’en ayant ni les ressources ni le désir. Elle souhaite avant tout s’occuper de ses propres intérêts dans un espace de mieux en mieux défini. Ses ambitions globales ont assez vite disparu.

Endettés, les Etats-Unis ne pourront plus, quant à eux, enflammer la moitié de la planète avec des interventions visant à imposer la démocratie. En outre, le printemps arabe va continuer à redessiner le paysage politique. Ce qui se profile à l’égard de la Russie, c’est une grande indifférence. Comme Bush, le prochain président américain ne verra pas la nécessité d’entretenir un dialogue avec Moscou sur les questions stratégiques et cessera de tenter de signer quoi que ce soit au sujet des limitations d’armements ou du bouclier antimissile.

D’une certaine façon, cela nous facilitera la vie. Nous n’aurons plus besoin d’inventer des prétextes pour refuser de continuer à réduire notre arsenal nucléaire, surtout les forces tactiques. Nous pourrons aussi mettre en place cette fameuse réponse asymétrique au bouclier antimissile dont le Kremlin menace sans cesse Washington.

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