Mediapart

Arnaud Montebourg : pourquoi les écolos se trompent.

Par Lénaïg Bredoux

Jeudi 13 mars 2014 // La France

Dans un entretien à Mediapart, le ministre socialiste du redressement productif s’explique sur sa vision de l’écologie. Il défend ardemment le nucléaire et reste persuadé de l’intérêt de techniques propres d’extraction des gaz de schiste.

« Je suis un vert modéré. » Pendant sa campagne de la primaire, Arnaud Montebourg avait séduit nombre d’écologistes qui avaient voté pour lui. À côté de la démondialisation, il témoignait à l’époque de sa conversion écolo après sa rencontre avec Al Gore et la lecture de penseurs tels que « Patrick Viveret, Herman Daly, Tim Jackson ». Deux ans et demi plus tard, le ministre du redressement productif est pourtant devenu la bête noire des écologistes.

Au-delà des piques médiatiques et tactiques, le ministre assume de profonds désaccords : sur le nucléaire qu’il défend, sur les gaz de schiste dont il espère une extraction « propre », et sur les permis miniers. « Nous n’avons pas la même conception de l’écologie », rétorque Montebourg, persuadé que ces plans industriels feront plus pour la transition énergétique que n’importe quelle autre politique. Mais sur la future loi de transition énergétique, en cours de discussion au gouvernement, l’affrontement avec Europe Écologie-Les Verts semble inévitable. « Je n’ai pas l’idéologie des chiffres », affirme le “MRP” à propos de l’objectif de 50 % de nucléaire d’ici 2025.

Depuis votre arrivée à Bercy comme ministre du redressement productif, vous avez passé beaucoup de temps à essayer d’endiguer la fermeture d’entreprises. Vous dénoncez souvent les prix de l’énergie qui fragilisent l’industrie française. La crise violente que subit la France rend-elle impossible toute transition écologique de l’économie ?

Non, pas du tout. Il est parfaitement possible de réindustrialiser ce pays en s’appuyant sur la transition écologique et énergétique. Parce que la transition écologique est aussi la recherche de la sobriété énergétique, fondamentale en ce temps de cherté de l’énergie. Et parce que les efforts d’économies d’énergie permettent de faire émerger une nouvelle offre industrielle.

La France est en pleine crise de compétitivité car les coûts de production font aujourd’hui l’objet d’une redistribution des cartes géopolitiques. Le coût du travail augmente dans les pays émergents et se modère dans les pays industrialisés. Le coût de l’énergie monte dans les pays émergents et baisse dans certains pays comme les États-Unis à cause de la révolution du gaz de schiste. Le prix de l’énergie est donc tout aussi important à surveiller que le prix de l’accès au capital et que le coût du travail, pour retrouver les 750 000 emplois industriels détruits pendant la crise.

D’ailleurs, sur les 34 plans de la nouvelle France industrielle présentés par mon ministère (à l’automne, ndlr), 16 visent à construire une offre industrielle de nature écologique, en atteignant la sobriété énergétique. La crise est en réalité un accélérateur de mutation écologique, si nous savons ne pas nous tromper de combat.

Arnaud Montebourg en septembre 2013
Arnaud Montebourg en septembre 2013 © Reuters

Qu’est-ce que se tromper de combat ?

Il ne faut pas se cantonner à des dogmes en employant des anathèmes. Il faut au contraire utiliser pragmatiquement la situation économique difficile dans laquelle nous sommes pour utiliser les ressources que l’écologie peut offrir.

Quels sont ces « dogmes » que vous dénoncez ?

Par exemple l’anathème contre le nucléaire. Se consacrer à le démanteler totalement serait une erreur car la lutte contre les émissions de CO2, responsables du réchauffement de la planète et du dérèglement climatique, doit rester le centre de notre politique. C’est ce que nous faisons en Europe, c’est l’objet de la conférence de Paris sur le climat de 2015 et c’était au cœur des discussions avec le président Obama. C’est notre urgence, notre préoccupation et notre priorité.

Le gouvernement ne veut pas démanteler tout le secteur nucléaire…

Bien sûr que non mais certains luttent en permanence contre le nucléaire. Or c’est ce qui nous permet de financer la transition énergétique. On ne peut pas être dans l’équation impossible comme dirait Nicolas Hulot du ni-ni, ni CO2, ni nucléaire. Il faut choisir d’accepter l’un des deux.

Pourquoi ? Le nucléaire coûte cher.

Non, le nucléaire est aujourd’hui avant tout une rente. C’est une énergie pas chère, disponible pour la compétitivité, et qui nous permet de financer les hausses de prix liées aux énergies renouvelables aujourd’hui encore trop coûteuses. On a besoin d’énergie pas chère pour compenser le développement des autres encore trop chères.

Les Allemands ferment les centrales nucléaires depuis Fukushima mais ils ont dû rouvrir les centrales à charbon. Et ils sont de la sorte devenus les premiers pollueurs européens ! Il faut donc plutôt trouver les moyens de baisser les coûts de l’énergie renouvelable pour la rendre accessible à tous, tout en déployant de gros efforts sur les économies d’énergie. C’est précisément tout mon travail industriel.

Dans vos 34 plans industriels, lancés en septembre, près de la moitié porte sur la transition écologique. Mais les discours qui ont accompagné leur lancement l’ont très peu dit. Pourquoi ? Est-ce un manque de conviction ?

En aucun cas ! La transition énergétique et écologique est au cœur de l’innovation industrielle et technologique. Elle l’est dans la société et elle l’est au gouvernement. Nous avons une politique industrielle écologique. Et je ne parle pas de discours mais d’actes. C’est beaucoup mieux !

Nous avons lancé le plan du véhicule à moins de 2 litres au 100 un prototype sera exposé au Mondial de l’automobile cette année. Nous avons aussi décidé de créer un opérateur national unique pour installer 16 000 points de recharge environ pour les voitures électriques, soit 180 en moyenne dans chaque département, hors région parisienne. La loi devrait être votée en mai.

Je peux aussi citer l’avion électrique dont le prototype sortira dans quelques semaines, notre feuille de route sur l’hydrogène pour mieux stocker l’énergie et faire baisser le prix des renouvelables, également notre programme sur le navire écologique avec STX pour diminuer de 50 % l’usage d’hydrocarbures comme moyen de propulsion et rendre plus performante la flotte de pêche française ; le TGV du futur qui prévoit cette année 20 % d’énergie en moins pour environ 2 % de passagers en plus… Nous avons engagé un chantier gigantesque en faveur de l’écologie industrielle.

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