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Arcelor Mittal : l’échec du modèle Goldman Sachs

Mardi 18 décembre 2012 // La France

Le drame de Florange était inscrit de longue date. Dès le mois d’août 2006, au lendemain du succès de l’OPA hostile de Mittal sur Arcelor, serait-on tenté de dire. La sidérurgie lorraine, mais aussi belge, et peut-être demain européenne, paie aujourd’hui le prix de l’échec d’un modèle financier mis en place lors de cette attaque boursière. Si Lakshmi Mittal, financier de haut vol, en est le premier acteur, la banque Goldman Sachs, qui l’a accompagné dans toute ce périple, porte une lourde responsabilité. Négligeant les réalités industrielles, les caractéristiques du secteur sidérurgique, elle a soutenu la financiarisation d’une industrie lourde, ce qui menace aujourd’hui de l’entraîner par le fond.

Pour comprendre ce qui se joue aujourd’hui autour de Florange et dans tout le groupe, il faut se reporter au début de l’histoire.

26 janvier 2006. À la surprise générale, Lakshmi Mittal lance une OPA hostile sur le groupe Arcelor. La France découvre alors ce milliardaire indien, mais de nationalité britannique et totalement intégré à la City depuis vingt ans, aujourd’hui sixième fortune mondiale. Dans les milieux de l’acier, on connaît un peu cet homme d’affaires, qui a pris pied dans la sidérurgie européenne en rachetant des sites industriels dont les grands groupes souhaitaient se séparer, parce que jugés trop peu rentables ou sur des productions trop bas de gamme.

C’est ainsi qu’ils l’ont vu racheter des sites en quasi faillite en Roumanie, en Bulgarie, des usines mal positionnées comme Unimétal, un site d’Arcelor, ou des mines au Kazakhstan (donnant lieu, selon la BBC, à des 100 millions de dollars de dessous de table). Puis ils l’ont regardé prendre son envol avec le rachat du sidérurgiste américain en difficulté, International Steel. Mittal Steel grandit, mais reste un acteur moyen.

Lashkmi Mittal
Lashkmi Mittal© ArcelorMittal

Aucun des grands groupes sidérurgistes n’aurait pensé pouvoir être une cible pour Mittal. Encore moins Arcelor. Il est alors le numéro un mondial de la sidérurgie, depuis la fusion quatre ans plus tôt du français Usinor, du luxembourgeois Arbed, du belge Cockerill Sambre et de l’espagnol Aceralia. Après pas loin de vingt ans de lourdes et dramatiques restructurations marquées par des centaines de milliers de suppressions d’emplois, qui ont coûté des centaines de milliards aux gouvernements européens, le nouveau groupe est un des plus performants du monde, positionné sur des aciers de très haut de gamme et déployé sur presque tous les continents.

Comment Lakshmi Mittal ose-t-il s’attaquer à un tel géant ?, se demandent, stupéfaits, les dirigeants du groupe, les observateurs et les gouvernements européens. Une communication très habile, menée en France par Anne Meaux d’Image 7, présente le milliardaire comme le parfait entrepreneur, l’industriel qui ose bousculer les places fortes. Un capitaliste, un vrai, qui n’a pas peur de plonger dans le grand bain de la mondialisation. Bref, le contraire de ces dirigeants « poussiéreux » d’Arcelor, qui ont vécu à l’abri des États.

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