Après Leonarda.

Mardi 3 décembre 2013 // La France

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Passés dix-huit mois de présidence Hollande, on savait pouvoir s’attendre à tout de la part d’un pouvoir socialiste aux abois sur à peu près tous les sujets. Mais on n’avait encore rien vu ! Devant des millions de spectateurs ébahis, le locataire de l’Élysée est donc apparu à la télévision, la mine grave, pour commenter, toutes affaires cessantes, l’expulsion parfaitement régulière d’une adolescente « rom » de 15 ans, renvoyée au Kosovo avec sa famille. Miracle de la mise en scène médiatique, on aura également vu et entendu la même adolescente prendre à partie le dirigeant de la cinquième puissance mondiale, pendant que ses parents, baragouinant un français à peine audible, multipliaient les provocations à l’égard d’un pays qui les a logés, nourris et entretenus quatre ans durant.

Aux deux solutions qui s’offraient à lui - rester ferme et confirmer l’expulsion ou céder et accepter le retour de la famille - François Hollande a préféré, c’est son mode de fonctionnement, une demi-mesure : la possibilité pour la jeune fille de revenir en France pour poursuivre sa scolarité mais... sans sa famille ! On se demande à quoi pensait ce père de quatre enfants en offrant à Leonarda Dibrani ce choix, à la fois sentimentaliste et inhumain, bafouant au passage la Convention internationale des droits de l’enfant qui exige que celui-ci ne soit jamais séparé de ses parents.

Qu’avait donc à gagner François Hollande à intervenir au lieu de laisser son ministre de l’Intérieur agir ? L’enquête de l’Inspection générale de l’administration estimait pourtant qu’aucune faute n’avait été commise dans l’expulsion de la famille Dibrani. Pire, elle a mis au jour les raisons qui ont poussé le préfet du Doubs à refuser sa demande d’admission exceptionnelle au séjour. Le retour du père, modèle caricatural de ces immigrés qui abusent du droit d’asile, était donc exclu pour Manuel Valls qui aurait claqué la porte du gouvernement. Cependant, François Hollande était aussi dans l’obligation de se concilier sa majorité éclatée ainsi que la délicieuse Valérie Trierweiler, sa compagne de l’Élysée, très engagée sur le dossier. D’où cette pitoyable proposition, tout à la mesure du personnage : un non-choix, une tentative ridicule de
ménager la chèvre et le chou, une combine politicienne de bas étage.

Consternant spectacle, ubuesque affaire qui a conduit le président et sa majorité à un « fiasco », une « faillite », une « démonstration d’amateurisme » ainsi que l’ont écrit tous les éditorialistes. À qui la faute ? En voulant, selon son habitude, satisfaire tout le monde, François Hollande aura réussi à exaspérer tout le monde. Aussi bien l’opinion française qui exige de la fermeté en matière d’immigration, ce que Valls a bien compris, que l’aile gauche de sa majorité, Harlem Désir se permettant même de désavouer le chef de l’État quelques heures après son intervention.

En réalité, François Hollande n’a plus de prise sur rien. Ni sur son propre camp - on a vu, à Marseille, une sénatrice socialiste laisser des militants siffler son nom et celui de son Premier ministre - ni sur l’exaspération croissante d’un pays où le « ras-le-bol fiscal » est à son comble et pas seulement en Bretagne !

Que retiendra-t-on de ces dix-huit premiers mois de quinquennat ? Que le seul sujet sur lequel François Hollande s’est montré intraitable, que le seul engagement qu’il a tenu sans compromis, fut le « mariage homosexuel », malgré la formidable opposition qu’il suscita. Hollande est donc ce président qui recule devant une fillette à la nationalité incertaine et qui méprise des millions de français !

La pitoyable intervention du président de la République fera date. Elle révèle jusqu’à l’absurde la quintessence du « hollandisme » : la faiblesse et l’indécision érigées en mode de gouvernement. La médiocre duplicité du chef de l’État ne saurait être à la hauteur d’une situation qui empire chaque jour. Quand un matraquage fiscal insensé contraint des entreprises à fermer par milliers - 62 000 auront déposé le bilan en 2013 ! -, quand une région entière se soulève en quelques heures, quand les tergiversations d’un exécutif de plus en plus affaibli aboutissent à des impasses politiques, le pire est à craindre. Pour la France... et pour celui qui la dirige à l’opposé de ses aspirations et de ses intérêts.

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