Apprentissage : L’avenir sacrifié.

Mercredi 26 mars 2014 // La France


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Emploi

Les contrats aidés plutôt que l’apprentissage. C’est le choix qu’a fait François Hollande dans l’espoir de ralentir la hausse du chômage. Les entreprises s’en inquiètent. Le gouvernement est-il en train de sacrifier l’apprentissage ? Le nombre de contrats a chuté de plus de 8% l’an dernier ! Seulement 273 000 jeunes ont choisi cette voie de formation, alors qu’ils étaient près de 300 000 en 2012. La crise économique n’explique pas tout : même quand la récession battait son plein, en 2009, la baisse n’avait pas été aussi forte. Les raisons de ce recul sont ailleurs : dans les choix à court terme du gouvernement.

François Hollande ayant promis en vain que le chômage diminuerait dès 2013, la gauche a précipité la création de 100 000 emplois d’avenir... qu’elle a financés au détriment de l’apprentissage ! Les aides accordées aux entreprises pour la formation d’un apprenti (crédit d’impôt, indemnité compensatrice, prime à l’embauche d’un jeune en alternance) ont subi un "coup de rabot" sans précédent : moins 550 millions d’euros ! Ces mesures ont été aggravées par la suppression de passerelles entre l’école et l’apprentissage à la fin de la troisième. Et comme le gouvernement voulait des résultats rapides, « les missions locales se sont concentrées [sur les emplois d’avenir] en délaissant la promotion de l’alternance », déplore un syndicaliste.

Les organisations patronales s’en sont inquiétées dès l’an dernier. Elles n’ont pas été écoutées. « Les mesures du gouvernement dans ce domaine depuis plus d’un an ont clairement leur part de responsabilité, au-delà de la conjoncture, dans cette évolution inquiétante [du nombre d’apprentis] », confirme le Medef, qui juge ces résultats « très préoccupants pour l’avenir de notre pays ». L’Union professionnelle artisanale (UPA) s’étonne par ailleurs qu’aucune campagne nationale de promotion de l’apprentissage n’ait été lancée par le gouvernement, comme c’était le cas depuis plusieurs années, alors que la France manque d’apprentis.

Dans le même temps, la gauche consacre des sommes colossales aux emplois d’avenir : 1,3 milliard d’euros ! Ce sont le plus souvent des contrats à durée déterminée, réservés à de jeunes chômeurs sans qualification, qui viennent gonfler les effectifs déjà très fournis des collectivités locales, des associations et des "organismes de l’économie sociale et solidaire". Or, si cette politique permet de diminuer artificiellement le nombre de chômeurs, elle ne garantit pas du tout aux titulaires de ces contrats un emploi pérenne : bon nombre d’études prouvent que ces emplois aidés n’améliorent en rien l’employabilité de leurs bénéficiaires.

En revanche, l’apprentissage, en formant la main-d’oeuvre qualifiée dont la France a besoin, offre des débouchés solides et souvent rapides : « 82% des apprentis obtiennent un emploi à la fin de leur [formation], dont 60 % en CDI. » Par comparaison, seulement un tiers des jeunes issus de l’enseignement général trouve un CDI, trois ans après la sortie du système scolaire.

C’est ce qui explique que le chômage des moins de 25 ans est si élevé en France (26,2 %) alors qu’il reste faible en Allemagne (7,7 %). Fondé sur la décentralisation et la responsabilité des acteurs, le système allemand de formation par alternance fait figure de modèle en Europe : on y compte 1,6 million d’apprentis. Gerhard Schrôder lui-même a suivi cette voie ! « L’avantage, c’est que j’ai acquis un large spectre de compétences. On se fait une meilleure expérience du monde du travail pour être tout de suite opérationnel », témoigne Charlotte, vendeuse dans le domaine industriel (citée dans un article du site fplusd.org, le portail de langues franco-allemand).

Une autre réforme inquiète les entreprises : celle du financement de l’apprentissage. Chacun s’accorde à le trouver trop compliqué, il faut le modifier. Mais le Medef s’insurge contre une mesure adoptée par les députés lors de l’examen du projet de loi sur "la formation professionnelle et la démocratie sociale" : « un amendement prélevant 380 millions d’euros sur le financement de l’apprentissage par les entreprises pour l’affecter aux régions », précise l’organisation patronale, qui dénonce « une prise de contrôle public du financement de l’apprentissage ».

Le produit de la taxe d’apprentissage avoisine les 2 milliards d’euros par an. « De facto, cette réforme restreint la liberté des entreprises sur l’usage de cette taxe, écrivait récemment Pierre Courbebaisse, vice-président de la Fédération de la formation professionnelle, dans le Monde. En théorie, les régions sont les grandes gagnantes du nouveau système car elles s’occuperont de la collecte et de la répartition des financements. [...] Mais il reste une interrogation fondamentale : cet argent sera-t-il totalement utilisé pour financer l’apprentissage des jeunes ? Aucune garantie n’est donnée à ce jour. »

D’autres redoutent aussi que les décisions des régions dans ce domaine ne correspondent pas toujours à des besoins économiques. « Les conseils régionaux invoquent souvent le manque de financement pour refuser à des branches professionnelles l’ouverture de centres de formation d’apprentis (CFA) ou de sections, déplore le Medef. À partir du moment où les entreprises [...] sont en capacité d’autofinancer un CFA la légitimité d’un tel refus est posée. »

Une chose est sûre : l’efficacité du système repose en grande partie sur l’implication des entreprises. Bertrand Martinot a dirigé la Délégation générale à l’emploi et à la formation professionnelle de 2008 à 2012. (Il est aussi l’auteur d’une note publiée par l’Institut Montaigne en janvier : "Une nouvelle ambition pour l’apprentissage".) Plaidant pour le rétablissement et la simplification des aides aux entreprises, il recommande d’impliquer davantage les branches professionnelles dans l’élaboration du contenu des enseignements. Et suggère la création dans chaque région d’un parcours de préapprentissage, accessible dès 14 ans. « L’autre option, dit-il, c’est une réforme radicale » : la fin du collège unique. Mais il est peu probable que Vincent Peillon l’écoute...

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