Angela Merkel en campagne.

Dimanche 1er avril 2012 // L’Europe

Drapeau de FranceC’est une adversaire qui pèse lourd, très lourd. La chancelière, inquiète de la politique économique que mènerait le socialiste, a décidé de soutenir Nicolas Sarkozy. Mais tout n’est pas joué...

The Economist (extraits) Londres

En 1992, lorsque François Mitterrand faisait campagne pour le référendum sur le traité de Maastricht, Helmut Kohl l’avait épaulé. En 2009, lorsque Angela Merkel était candidate à sa succession, Nicolas Sarkozy l’avait soutenue. C’est donc tout naturellement que la chancelière a annoncé qu’elle appuyait la nouvelle candidature du Français. Nous faisons partie de la même famille politique, a-t-elle fait valoir. Il m’a soutenue, il est normal que j’en fasse autant. Mais rien n’est moins naturel, en réalité. Pourquoi prendre le risque de gâter les relations avec François Hollande alors qu’il pourrait bien accéder à l’Elysée ?

La position d’Angela Merkel révèle sa méfiance à l’égard des socialistes. Il faut dire que François Hollande a laissé ses sympathisants s’adonner à une rhétorique anti allemande. Pis, il a déclaré vouloir renégocier le pacte sur la discipline budgétaire de l’Union européenne, un traité dont les négociations n’ont pas été de tout repos et que Nicolas Sarkozy ne pourra pas ratifier avant l’élection. Selon le quotidien allemand Süddeuische Zeitung, le plus grand danger qui menace le pacte budgétaire de Merkel s’appelle François Hollande. Le traité est la base de la politique de stabilité de la chancelière. Quand elle se représentera devant les électeurs, en 2013, elle veut pouvoir leur assurer que l’Allemagne, après avoir mis enjeu des centaines de milliards d’euros pour renflouer les économies les plus faibles de l’UE, n’aura jamais à en repasser par là.

Le spectre du laxisme budgétaire

Pourtant, par son caractère calme et consensuel, François Hollande pourrait mieux s’accorder avec Angela Merkel que Nicolas Sarkozy l’impétueux. Au sein de son parti, M. Hollande se pose en centriste pro-européen. Et bien que les socialistes se soient opposés au projet de Nicolas Sarkozy d’inscrire le principe d’équilibre budgétaire dans la Constitution, François Hollande s’est engagé à adopter une règle d’or, qui prendrait la forme d’une loi ordinaire. Comment expliquer que sa victoire potentielle engendre autant d’inquiétudes ? Alors que nous sommes loin d’être sortis de la crise, l’Allemagne craint d’assister au retour du laxisme budgétaire. François Hollande risque-t-il de nommer un irréductible gauchiste au poste de ministre des Finances ? Il parle de revenir partiellement sur la réforme des retraites adoptée par Nicolas Sarkozy, une promesse à contre-courant de nombreuses réformes européennes. Quand il demande la réouverture des négociations sur le pacte budgétaire, le candidat socialiste cite Lionel Jospin, qui avait exigé une renégociation du Pacte de stabilité et de croissance - piètre ancêtre du pacte budgétaire - lorsqu’il était entré à Matignon, en 1997. Il n’avait finalement pas obtenu grand-chose, ce qui suggère que François Hollande pourrait également se contenter de peu - un léger remaniement des nombreuses politiques européennes sur la croissance, peut-être ?

Un front du Sud

A priori, le candidat socialiste devrait trouver quelques alliés. De nombreux dirigeants européens en ont assez de l’insolence de Nicolas Sarkozy et désapprouvent la croisade engagée par Angela Merkel en faveur de l’austérité. Les Premiers ministres belge et danois, par exemple, sont affiliés à des partis de centre gauche. Les pays du Sud militent pour une solidarité accrue. Il semble que, si François Hollande devenait président, il pourrait s’associer aux dirigeants espagnol et italien pour faire front commun contre la chancelière allemande et les pays du Nord, en faveur de la croissance, des euro-obligations et de la réduction des politiques d’austérité.

Et pourtant, peu de petits pays se pressent pour soutenir François Hollande. S’ils sont nombreux à en vouloir au duo Merkozy, une paralysie des relations franco-allemandes les inquiète encore plus. Ce n’est pas ce que dit François Hollande qui décidera du sort de l’euro, mais ce que fera Angela Merkel.

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