Angela Merkel, Empératrice d’Europe.

Vendredi 14 décembre 2012 // L’Europe

Omniprésente sur les dossiers de l’Union, la chancelière donne des leçons à ses homologues européens. Ils lui envient aussi sa santé politique, à la veille des élections de 2013.

Une consommation en forme, des hausses de salaire en vue et des sondages politiques encourageants : Angela Merkel finit 2012 en beauté, à la veille d’une importante année électorale. Très présente sur les dossiers européens, la chancelière reçoit beaucoup et voyage autant pour défendre sans relâche la stabilité budgétaire et les réformes structurelles destinées à améliorer la compétitivité. Pour ce seul mois de novembre, après une visite sensible à Athènes, au chevet de la crise grecque, elle aura rencontré les parlementaires européens, le président de la Finlande, les responsables portugais, les premiers ministres polonais, français, néerlandais.

Ces 22 et 23 novembre, au sommet européen consacré au budget de l’Union, elle devait une nouvelle fois apparaître en maîtresse de l’orthodoxie budgétaire, donnant l’impression d’inspirer à elle seule les choix européens, ce dont se défendent ses conseillers, malgré cette déclaration de Mme Merkel devant le Parlement européen, le 7 novembre : « Je pourrais imaginer aller encore plus loin en conférant par exemple au niveau européen de véritables droits d’intervention dans les budgets nationaux, lorsque les limites établies dans le pacte de stabilité et de croissance ne seraient pas respectées. » Si la vision allemande semble si bien s’imposer à tous, c’est à la mesure d’une chancelière énergique, revigorée dans son pays.

Au sein de son parti, la CDU, elle a fait le vide. Personne ne lui dispute son autorité. En face,le chef de l’opposition sociale-démocrate Peer Steinbrück, son ministre des Finances de 2005 à 2009, est pris dans un scandale d’argent : il a touché 1,25 million d’euros entre 2009 et 2011 pour tenir 89 conférences, ce qui choque ses électeurs. Les 25 000 euros qui lui ont été récemment versés par la ville de Bochum, une municipalité sociale-démocrate très endettée, n’ont rien arrangé. Le SPD ne recueille plus que 26 % des intentions de vote, contre 39 % pour la GDU, en hausse de deux points.

La chancelière récolte, elle, le fruit des réformes permises par l’Agenda 2010, ce calendrier des réformes structurelles bâti en 2002 par Gerhard Shroder ; ce calendrier de réformes structurelles bâti en 2002 par le chancelier SPD Gerhard Schroder. Les coupes dans les aides sociales et la flexibilité du travail décidées par la coalition SPD-Verts de l’époque ont eu des résultats probants. Le nombre de chômeurs est tombé à 2,75 millions, un million de moins qu’en 2007.

Le SPD ne s’est jamais remis de la division créée par cet Agenda 2010. Son aile gauche n’a pas pardonné à Schrôder la fin de cent ans d’Etat providence. Les seize millions d’Allemands vivant à la limite de la pauvreté, dont beaucoup de retraités, peuvent-ils vraiment se reconnaître dans l’humour cassant et les revenus mirobolants de Steinbrück ? Angela Merkel joue au contraire sur sa modestie on la croise encore en train de faire ses courses au supermarché et sur le climat économique favorable, malgré le ralentissement actuel, avec 0,2 % de croissance seulement au troisième trimestre. La consommation, soutenue par les hausses de salaire, devrait compenser ce tassement. « L’Allemagne profite d’un changement de pensée drastique, explique Jürgen Matthes de l’Institut économique allemand. Les entreprises ne licencient pas quand la conjoncture se ralentit mais utilisent le chômage partiel. Cela soutient le moral des consommateurs. Au lieu d’épargner, ils continuent à dépenser. La consommation est devenue le pilier principal de la conjoncture. »

Dans ces conditions, la réélection d’Angela Merkel à l’automne 2013 semble une formalité. Ni les désastres électoraux dans le riche Bade-Wurtemberg, fief de la CDU, ni les scandales, avec la démission de son ancien protégé Christian Wulff de son poste de président de la République, ne semblent l’atteindre. Même les Verts lui offrent des cadeaux inattendus. Après avoir conquis le Bade-Wurtemberg et la Mairie de Stuttgart, ils ont désigné Jürgen Trittin, 58 ans, ancien ministre de l’Environnement de Schrôder, comme tête de liste. Il est jugé pragmatique et raisonnable, ce qui relance l’hypothèse d’une coalition de la droite avec les Verts.

Angela Merkel pourrait trouver en eux un partenaire plus fiable que les libéraux du FDP, enfoncés à moins de 3 % dans les sondages.

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