Analyse : Le grand flou européen.

Dimanche 1er avril 2012 // L’Europe

Drapeau de FranceLa politique étrangère, notamment l’Europe, est la grande absente de la campagne, s’étonne le quotidien irlandais.

Seule importe la politique locale, dit-on. Pour vérifier à quel point la classe politique française prend ce cliché au sérieux, il suffit d’écouter les débats sur la politique étrangère. Les préoccupations les plus pressantes des électeurs - chômage et coût de la vie tiennent une telle place que les affaires internationales sont presque entièrement absentes. Même la crise de la dette dans la zone euro a progressivement disparu du discours des candidats.

Le paradoxe est que, si la France manifeste peu d’intérêt pour les répercussions du scrutin ; à l’étranger, le reste du monde et, en particulier, l’Europe a bien des raisons de suivre ce qui se joue à Paris. Pour l’Irlande, trois aspects de la politique européenne préconisée par François Hollande méritent l’attention. En premier lieu, il a promis de réclamer une re négociation du pacte budgétaire européen, pour y ajouter des clauses sur la croissance et la solidarité. S’il l’emporte et demande une nouvelle rédaction du traité, Dublin aurait de quoi se faire du souci alors qu’un référendum se profile à l’horizon. Le deuxième point concerne l’impôt sur les sociétés. Vers le milieu des années 1990, l’harmonisation [en Europe] des taux d’imposition des sociétés était un’ projet prioritaire’ ; pour reprendre les termes de Dominique Strauss-Kahn, ministre des Finances du gouvernement socialiste de l’époque. Hollande veut alourdir ta fiscalité frappant les grosses entreprises et les grandes fortunes dans l’Hexagone. Mais que-ferait-il du fameux taux de 12,5 % de l’Irlande [le plus bas en Europe après Chypre] ?

La troisième question porte sur sa vision de l’Europe de l’après-crise. L’élargissement de l’Union européenne a dilué l’influence de la France, ce qui explique en partie pourquoi Paris souhaite une meilleure intégration de la zone euro, ainsi qu’un renforcement du couple franco-allemand. Hollande envisage ainsi une Europe formée de deux cercles concentriques. Le premier comprendrait les membres fondateurs, autour de la France et de l’Allemagne qui fixeraient les nouvelles orientations et en prendraient la tête. Aux autres Etats de participer selon leur choix à la politique commune.

L’idée laisse de nombreuses questions en suspens et susciterait certainement des réactions hostiles. Mais elle est depuis longtemps chère à la France. Et dans cette proposition, il n’y a pas grand-chose que Sarkozy puisse rejeter.

Ruadhân MacCormaic The Irish Times (extraits) Dublin

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