Amnistie sociale : la gauche vole en éclats.

Par Lénaïg Bredoux et Mathieu Magnaudeix et Stéphane Alliès.

Samedi 4 mai 2013 // La France

Après la fête de mariage, le réveil endeuillé. Mercredi matin, à 8 h 30, la seule mesure sur laquelle l’ensemble des partis de la gauche parlementaire s’était entendu depuis un an, avec le mariage pour tous, a été enterrée. L’amnistie sociale, votée il y a trois semaines à l’unanimité de la gauche sénatoriale sous la bienveillance de la ministre Christiane Taubira, se voit désormais objecter une « opposition claire et ferme » de l’exécutif. Le ministre des relations avec le parlement, Alain Vidalies, pourtant favorable en privé à cette loi, annonce la nouvelle. Sur France Info (à partir de 6’30) :
Au même moment, sur BFM TV, Bruno Le Roux, président du groupe PS, estime que « ce texte ne peut pas être adopté en l’état par l’Assemblée nationale ». Comme justification, il dit ne « pas supporter les violences commises aujourd’hui », et « ne pas vouloir (les) légitimer d’une quelconque façon », mettant sur le même plan les cas visés par le texte du Front de gauche avec les mouvements d’agriculteurs en Bretagne et les violences des anti-mariage (à partir de 3’05).

Trois heures plus tard, alors que le texte est examiné en commission des lois à l’Assemblée, l’affaire est entendue. Hormis le rapporteur Marc Dolez (député du Front de gauche) et l’écologiste Sergio Coronado, qui défend en vain plusieurs amendements, les articles sont rejetés les uns après les autres, sous l’œil du président Jean-Jacques Urvoas, qui s’est déjà publiquement opposé au texte.

Patrick Mennucci
Patrick Mennucci© Reuters

Seul le Marseillais Patrick Mennucci a rompu les silences, plus ou moins complices, dans les rangs socialistes. « Pour une fois, je vais exprimer un désaccord », annonce-t-il. Il dit vouloir voter pour l’amnistie, car « c’est une question purement symbolique », un « signe d’équilibre politique donné à notre électorat », celui-là même qui a « parfois du mal à comprendre notre politique ». Froidement interrompu par son collègue et camarade Jean-Jacques Urvoas, qui lui rappelle qu’il n’est « pas à une réunion du PS », Mennucci s’emporte. « Entendre à la radio que je n’ai pas le droit de voter pour, je ne l’accepte pas ! lâche-t-il. Ça suffit, cette façon de nous traiter ! Je crois que j’ai le droit de dire ce que je dis : je pense que nous faisons une erreur ! »

Depuis l’élection de François Hollande, ce texte est un boulet pour le gouvernement. Fin mai 2012, en marge d’un déplacement à Marseille pour lancer la campagne des législatives, Jean-Marc Ayrault nous avait confié : « L’amnistie, ce n’est pas notre genre. » Plusieurs ministres étaient contre, notamment Manuel Valls. François Hollande, quant à lui, avait dit le contraire à Jean-Luc Mélenchon, assure ce dernier. « Quand il nous a reçus en juin dernier, il nous a dit son accord, dit Martine Billard, co-présidente du Parti de gauche. Il nous a autorisés à en parler aux médias à notre sortie. » « Il nous avait même répondu “Ça aidera” », selon Mélenchon. Mais le cabinet du président n’a jamais été « enchanté » par le projet. Les violences commises lors d’une manifestation des salariés de Goodyear cet hiver n’ont fait que conforter cette prévention plusieurs représentants des forces de l’ordre avaient été blessés, parfois grièvement.

Au Sénat, déjà, le gouvernement avait hésité (lire notre article) avant de donner son feu vert, aiguillonné par un groupe socialiste favorable au texte. Mais depuis une dizaine de jours, il se murmurait que l’Élysée n’était plus très chaud. Comme souvent, c’est François Hollande qui a tranché au dernier moment.

Quitte à désavouer la ministre de la justice, Christiane Taubira, au lendemain de son jour de gloire du mariage pour tous. Au Sénat, elle s’en était remise à la « sagesse » de la chambre et avait même plaidé pour élargir le texte (en augmentant légèrement sa durée pour inclure des faits dans les territoires d’outre-mer).

Répondre à cet article