Alimentation : La maladie de la vente folle.

Vendredi 15 mars 2013 // La France

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Le récent scandale de la viande de cheval vendue pour du boeuf nous rappelle, après bien d’autres, que la financiarisation à outrance de l’économie ne peut que conduire à la catastrophe et que l’Union européenne telle qu’elle fonctionne connaît quelques problèmes (supplémentaires).

Les faits sont archi connus et nous n’y reviendrons que peu. La société Spanghero a vendu à la société Comigel 750 tonnes de viande de cheval en la faisant passer pour du boeuf. Ce n’est au reste qu’une escroquerie de plus. Vendue en Angleterre comme composants de produits surgelés, la découverte de cette malversation a ému les Britanniques pour lesquels la simple idée de manger un cheval suscite l’horreur. C’est donc une donnée culturelle qui a amené la découverte du pot aux roses. En tirant les fils, on s’est aperçu que cette viande avait été vendue bien au-delà du Royaume Uni dans l’ensemble de l’Europe avec la même exquise discrétion.

Première réflexion. Le libéral David Cameron se plaint jour après jour des pesanteurs administratives, notamment européennes et du coût qu’elles entraînent. Il aimerait tant que toute forme de contrôle disparaisse... Le marché est forcément sain, la main invisible empêchant toute dérive... Sauf que, Cameron David vient maintenant se plaindre de l’absence de ces mêmes contrôles, ceux que sa politique rend impossibles... Il a du mal à choisir : le marché, rien que le marché et donc ses risques ou l’encadrement pour éviter les dérives. La maladie de la vache folle n’a rien appris aux Anglais : business as usual...

Deuxième point. Notons que même si la structure est largement à dominante financière, la société qui possède aujourd’hui Spanghero a encore besoin de l’aura des frères de ce nom pour vendre ses produits. Le facteur humain est ici essentiel. Du temps où les frères géraient eux-mêmes cette société, de telles pratiques auraient été tout bonnement impensables et c’est eux qui sont aujourd’hui victimes de l’opprobre. Si leurs successeurs ne sont pas capables de faire la différence entre les deux viandes, il serait mieux pour tout le monde qu’ils changent de métier.

Troisième point. Il semble bien que les Roumains ne soient pour rien dans cette histoire. Pour une raison assez simple. Tout acheteur de viande provenant de ce pays sait pertinemment qu’elle exporte surtout de la viande de cheval que sa population ne consomme pas. Moyen de traction obligé durant des siècles, les équidés de toute nature sont maintenant quasi interdits de circulation dans le pays. En faire de la viande de boucherie n’a rien de scandaleux et il semble que la société roumaine soit au dessus de tout soupçon. Il ne faut tout de même pas être grand clerc pour deviner que la viande en provenant avait fort peu de chance d’être de boeuf.

Quatrième point. Tout le monde semble stupéfait de la complexité des filières. C’est pourtant limpide. Â compter du moment où l’on considère les aliments comme des valeurs et non plus comme des produits, ce genre d’organisation tombe sous le sens. Passons, mais non sans nous y arrêter, sur la personnalité du fameux trader néerlandais.. Donc, Jan Fasen est citoyen des Pays-Bas, il exploite à Chypre une société dont les principaux propriétaires sont basés aux Îles Vierges britanniques. Il a également sous-traité une partie du marché à un autre trader tout aussi « honnête » que lui. C’est la logique même du système. Cela confine au grotesque mais pouvait-il en être autrement ? De telles dérives sont-elles vraiment évitables ? N’est-il pas dans la nature du système de se comporter de la sorte ?

Dans des sociétés européennes qui s’appauvrissent, du moins pour la multitude, le facteur prix est essentiel et l’hégémonie de la grande distribution qui tient à ses marges pousse le processus au paroxysme. Passé la sidération, les choses repartiront comme avant. La courte mémoire des consommateurs et une bonne politique marketing auront rapidement raison de toute réticence, jusqu’au prochain scandale. Par chance, la présente affaire ne semble pas présenter de risques sanitaires.

Cinquième point. Pourra-t-on supporter longtemps que la production même continue dans ses actuelles dérives. Findus, qui commercialise les produits incriminés ne maîtrise plus rien de la chaîne de fabrication. Par choix. Elle s’adresse à un sous-traitant(Comigel) qui lui-même s’adresse à un autre sous-traitant. Notons qu’à chaque échelon, tout le monde doit gagner de l’argent et que la multiplication des intermédiaires oblige à baisser toujours plus le coût de fabrication. Cela ne peut se faire à qualité constante, c’est bien évident. Il y a gros à parier que pour d’autres produits alimentaires des pratiques de ce genre ne sont pas rares et qu’il faut s’attendre à faire des découvertes bien pires que celle-ci.

Réfléchissons. Peut-on continuer de la sorte ? N’est-il pas temps dé privilégier les circuits courts qui seuls permettent de produire en France, de transformer en France, pour être vendu d’abord en France ? Il est temps que nous retrouvions notre autosuffisance alimentaire que la perversion du système nous à fait perdre. La qualité a un prix. Mangeons deux fois moins d’une viande qui coûterait plus cher. On peut faire baisser les prix, quitte à tordre le cou des grands distributeurs. Les consommateurs doivent aussi prendre leurs responsabilités et cesser de bêtement nourrir un système qui les tond et les trompe. Je me prononce pour une « péricolégassisation » de la production de nourriture en France.

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