Valeurs Actuelles

Affaire du compte suisse de Cahuzac : suite

Gilles Gaetner - Valeurs actuelles 18 avril 2013

Lundi 29 avril 2013 // La France

« Allégations mensongères. » À la suite de notre article « Opération "Muraille de Chine" », paru dans Valeurs actuelles du 11avril, Pierre Moscovici a démenti nos affirmations et vigoureusement réfuté avoir su, en décembre 2012, que Jérôme Cahuzac avait détenu un compte à l’UBS de Genève. Nous évoquions, au début de notre papier, une opération secrète dite "Muraille de Chine", décidée le 7 décembre 2012 parle directeur général des Finances publiques, Bruno Bézard, au cours d’un entretien avec Pierre Moscovici. Cette opération, écrivions-nous, avait pour objectif de vérifier si, comme l’avait écrit Mediapart le 4 décembre, Cahuzac avait bien détenu un compte en Suisse de 2000 à 2009, date à laquelle ce dernier aurait été transféré à Singapour. Bercy a démenti cette réunion secrète du 7 décembre 2012.

Un communiqué a fait savoir que Pierre Moscovici et Bruno Bézard se voyaient tous les jours. Comment en douter, surtout en cette période ? Or, il est écrit dans une dépêche de l’AFP du 12 avril 2013 rapportée par Le Parisien.fr : « Selon le récit fait à l’AFP, le directeur général des Finances publiques propose le 7 décembre 2012 de dresser une "muraille de Chine" : en jargon administratif, il s’agit de s’assurer que Jérôme Cahuzac ne soit informé sur aucun dossier le concernant. » Et l’AFP de poursuivre : « Pierre Moscovici reprend alors "personnellement la main" le 10 décembre. Mi-décembre, il ordonne à l’administration fiscale de l’Île-de-F rance de demander au ministre délégué Jérôme Cahuzac s’il a eu un compte en Suisse.

L’intéressé dispose de 30 jours pour répondre. Or, Jérôme Cahuzac reste muet pendant la totalité du délai. » Déjà, le 3 avril 2013, L’Expansion.com faisait allusion à la date du 7 décembre. Citant Bruno Bézard, le site écrit : « Dès le 7décembre, j’ai proposé aux ministres [à Bercy, il yen a plusieurs, NDLR] de mettre en place une muraille de Chine pour faire en sorte que Jérôme Cahuzac se dessaisisse sur tout dossier le concernant. »

" Valeurs actuelles " n’a pas écrit autre chose. C’est dire que, contrairement à ce qu’affirme le ministre de l’Économie, nous ne mettons nullement en cause l’intégrité des fonctionnaires du fisc. Au contraire. Dans une affaire aussi sensible que celle de Jérôme Cahuzac, ils réagissent très vite. Preuve qu’ils ont bien fait leur travail. Tout comme le ministre de l’Économie et la direction générale des Finances publiques.

C’est d’ailleurs à ce moment-là - exactement le 15 décembre 2012 que l’avocat Michel Gonelle, ex-adversaire politique de Jérôme Cahuzac, remet au directeur de cabinet adjoint de François Hollande, Claude Zabulon, le fameux enregistrement où se dégage une voix présentée comme celle de Jérôme Cahuzac... Lequel laisserait entendre qu’il possède un compte en Suisse. Le choix de Me Gonelle n’a rien de surprenant car, comme l’écrit le Figaro du 13 avril 2013, il connaît Claude Zabulon, qui a été sous-préfet à Villeneuve-sur-Lot, ville de l’avocat et de Cahuzac.

Il n’y a rien d’absurde, dans ces conditions, eu égard au climat, que Bercy diligente une enquête informelle pour savoir si oui ou non Cahuzac a bien été titulaire de ce fameux compte suisse. Enquête qui nécessairement conduisait en Suisse. Via des coups de téléphone, courriels, etc. Ce qui ne signifie en aucun cas que des agents du fisc se sont rendus en territoire helvétique. L’auteur de ces lignes, qui, en trente ans, a suivi bon nombre d’affaires politico-financières (de Péniche à l’Angola gate en passant par Elf) menant en Suisse, sait parfaitement qu’il est impossible d’agir hors le cadre d’une procédure judiciaire. Ce serait contraire au droit international. Dans le corps du papier, nous le répétons : à aucun moment, nous ne parlons d’un voyage en Suisse. Seuls quelques mots repris dans un inter titre ont pu prêter à confusion et accréditer un tel déplacement.

À la suite de leurs investigations, faites de contacts noués avec leurs collègues suisses, les fonctionnaires du fisc apprennent, en décembre 2012, que Jérôme Cahuzac a bien détenu un compte en Suisse. Le ministre ne pouvait l’ignorer. Il a démenti vigoureusement.

Aucune investigation secrète n’a été menée, martèle-t-il. Interrogé par Reuters, le 11 avril, le secrétaire général du syndicat des impôts Union SNUI-Sud Trésor Solidaires, Vincent Drezet, s’il ne pense pas qu’une « mission secrète » se soit rendue en Suisse, juge « crédible » que plusieurs services « aient joint leurs efforts », début décembre 2012, dès qu’a éclaté l’affaire Cahuzac. Il ajoute : « Ce qui paraît crédible, c’est qu’ils aient entrepris des vérifications, qu’ils se soient rapprochés et qu’ils aient saisi la Suisse dans le cadre d’une assistance internationale. » Pour sa part, Philippe Marini, président (UMP) de la commission des finances du Sénat, qui s’est rendu, le 11 avril, à Bercy, en compagnie de son homologue de l’Assemblée nationale, Gilles Carrez (UMP), est sur la même ligne : « Qu’il ait pu y avoir des contacts préparatoires et officieux en amont, ça ne me paraît pas impossible. » Y aurait-il quelque chose d’indécent, dans une affairé de cette importance, à recommander secret et confidentialité ?

Évidemment non.

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