Accrochez-vous !

Lundi 22 juillet 2013 // La France

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Avant que vous ne partiez vers des cieux plus ensoleillés et que nous nous retrouvions en septembre, quelques éléments sur ce qui nous menace cet été, tant l’on sait que le mois d’août est souvent meurtrier en termes de finances et d’économie. Quand je vous dis de vous accrocher, je n’ai pas l’impression d’être particulièrement alarmiste et d’en rajouter dans le pathos. On ne trouve aucun élément susceptible de provoquer un optimisme, fut-il mesuré. Jugez-en plutôt.

Une agitation pointe aux Etats-Unis concernant le ballon d’essai lancé par Monsieur Bernanke, dealer en chef des marchés new-yorkais, et donc mondiaux. À peine a-t-il timidement envisagé de baisser sa participation à la sauvegarde des marchés, aujourd’hui de 85 milliards de dollars mensuels, que le petit monde des traders s’est ému, faisant baisser les cours. Outre le fait que le président de la Réserve fédérale a donné une date, ce que l’on ne fait jamais, il subordonne le fléchissement des ses quantitative easing (QE) à l’amélioration de la situation économique de son pays.

Or, à moins d’être particulièrement obtus, on ne voit guère où se situe la susdite. En effet, l’emploi repartirait aux États-Unis. Tiens, tiens... Chose curieuse, tous les indicateurs industriels sont dans le rouge : prix, composante emplois, etc. Tout va vers la baisse, signe de dérèglements et de crise à venir. Les emplois créés ne sont que de service et fragiles quant à leur pérennité. Bernanke n’a pas le choix, il doit soutenir les marchés obligataires qui permettent à Washington de se financer sur les marchés dans des proportions toujours gigantesques.

Les QE permettent aux marchés de ne pas s’effondrer et de continuer à nourrir d’argent frais l’Oncle Sam. Ce n’est pas demain que la Réserve fédérale va y mettre un terme : elle ne le peut pas. Il faudra être vigilant cet été, les marchés ne dorment jamais et ne prennent pas de vacances.

Le Japon a pris la même voie et la BCE sera tôt ou tard contrainte de suivre le mouvement, quoi qu’en pense Monsieur Draghi. Des voix s’élèvent ici et là, notamment chez les politiques, pour prier le grand argentier de s’aligner sur ses collègues. Cela démontre à tout le moins un certain affolement. Ce qui est curieux, c’est que dans le même temps, François Hollande claironne que la crise de l’euro est dernière nous ! On sait depuis toujours que la pensée positive peut avoir une influence mais il faut bien admettre que là, une telle déclaration laisse sans voix... Nous sommes en récession et si le chômage stagne ce mois-ci, c’est d’abord parce que les fichiers de Pôle emploi ont été nettoyés. La réalité est un peu différente. La récession entraîne une contraction des recettes fiscales. tant au niveau de la TVA que de l’impôt sur les sociétés. Par conséquent, l’objectif d’un déficit à 3,7 % du PIB pour 2013 ne peut plus être atteint. La réalité se situera autours de 4,2 %. Au-delà des déclarations lénifiantes, il faut qu’on nous explique où se situe l’amélioration et que l’on arrête enfin de nous prendre pour des imbéciles.

C’est que le contexte international n’est guère réjouissant non plus. La Chine en premier lieu connaît des difficultés de deux ordres. D’abord, la contraction de la demande internationale entraîne une baisse de`1a croissance. Ensuite, la production stagne puisque la demande industrielle d’énergie n’augmente plus. Il semble même que le pays soit en surcapacité de production, ce qui va forcément amener des corrections douloureuses en termes d’emplois et de ressources fiscales. Il y a plus grave. Les bulles constituées par la surcapacité immobilière et l’ensemble des actifs douteux détenus par des structures financières qui le sont tout autant’ sont en voie d’explosion. Compte tenu des montants colossaux qui sont en jeu, le système financier chinois est en grand danger. Le traditionnel mois d’août nous dira ce qui va se passer et surtout quelles seront les conséquences à l’échelle de la planète des réajustements qui auront alors lieu. On ne risque pas grand-chose à parier que les effets seront dévastateurs.

Les autres pays émergents sont en grand danger. Les événements récents qui se sont produits au Brésil doivent amener à s’interroger. Le pays pourrait connaître bientôt de graves désordres économiques et sociaux tant il est étroite-e ment dépendant de la situation internationale. Il n’est pas le seul.

Pour terminer, ayant assisté à la session annuelle du Séminaire économique franco-russe qui se déroulait à Paris fin juin, j’ai été intéressé par la vision de notre situation qu’ont ces économistes russes de premier plan. Le professeur Victor Ivanter a ainsi résumé notre situation : « la stagnation en Europe n’est pas une catastrophe naturelle. » On ne saura être plus limpide. Nos amis russes prévoient une stagnation, au mieux, pour notre zone dans les années qui viennent et notent corrélativement que, si dans leur pays l’économie reste subordonnée à la politique, chez nous la situation est inverse. Ce point, il est vrai, nous opposera toujours à notre classe dirigeante actuelle. Il serait pourtant grand temps de remettre les choses à l’endroit. Le souci vient que l’on n’ouvre jamais les yeux chez nous que quand il est presque trop tard. Ce n’est pourtant pas faute de prévenir depuis des années.

Cet été pourrait bien être celui de la grande correction et nul n’est capable de dire ce qui va advenir. Pourtant, une chose demeure certaine : la tension augmente sur tous les points et en tous lieux depuis des mois. Il en va en politique comme en économie ou en physique : la tension accumulée doit se libérer un jour et arrivés, au point où nous sommes, il est hasardeux de se livrer à la moindre prévision quant au comment.

Bonne vacances quand même !

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