AMIANTE : beaucoup d’argent convoité par les lobbies.

PAR GEORGES LAMBEL

Jeudi 23 avril 2015 // La France

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Depuis plusieurs années, l’amiante est présenté comme un produit hautement toxique qui provoque des cancers. En réalité, il existe deux types d’amiante qui ne présentent pas du tout le même risque. Mais certains lobbies, qui se sont enrichis grâce aux désamiantage, ne veulent pas en entendre parler.

L’amiante est-il le mal absolu que l’on nous présente partout ? N’y-a-t-il pas plusieurs sortes d’amiante qui n’ont pas forcément les mêmes effets nocifs sur les poumons ? Que cherchent à obtenir les lobbies puissants qui interviennent sur cette question à l’enjeu insoupçonné de milliards d’euros ? De récents débats à la Commission européenne et sa décision finalement de ne pas interdire complètement, pour le moment au moins, l’usage de certains amiantes, invitent à une réflexion hors du courant dominant, qui fait tant de mal dans d’autres domaines.

IL Y A AMIANTE ET AMIANTE

Malgré des rapports et des recherches contradictoires, publiés depuis des années, il semble bien qu’un tour de passe-passe, jouant sur l’ignorance du grand public et des politiques et la similitude d’appellation, soit parvenu à attribuer les propriétés extrêmement dangereuses d’un amiante à un autre amiante. En fait « amiante » est une appellation commerciale générique comme « plastique », pas du tout scientifique. Elle recouvre des minéraux complètement différents, dont certains sont dangereux pour l’homme et d’autres beaucoup moins, voire pas du tout !

Selon un expert britannique de l’amiante, le professeur John Bridle, président du Comité de vigilance sur l’amiante (asbestoswatchdog.co.uk/home) de Grande-Bretagne, grâce à ce petit tour, des secteurs du bâtiment, des avocats et des assurances gagnent beaucoup d’argent qu’ils soutirent aux contribuables et consommateurs abusés dans de nombreux pays.

Cette confusion, entretenue et encouragée par toute une législation et des informations à sens unique, repose sur deux minéraux complètement différents. L’un est l’amiante bleu ou brun (amphiboles) qui est réellement dangereux car constitué de fibres métalliques tranchantes qui, quand elles sont aspirées par l’homme, restent dans les poumons et peuvent provoquer des cancers. La forme la plus fréquente de ces cancers est appelée mésothéliome et est connue depuis longtemps. L’autre amiante, infiniment plus répandu, est l’amiante blanc ou chrysotile, dont les fibres sont plus soyeuses et se dissolvent dans les poumons en cas d’aspiration en 15 jours, selon les spécialistes. Cet amiante, beaucoup plus utilisé dans la construction, est généralement confiné, qui plus est dans du ciment ou d’autres revêtements et il est difficile d’en extraire des fibres sans tout démolir. Cet amiante blanc, selon le professeur Bridle et plusieurs rapports sérieux et indépendants, ne provoque pas de mésothéliome.

Tout semblerait clair : il faut absolument interdire l’un et réguler simplement l’utilisation de l’autre, qui a des propriétés uniques dans la nature, dont la plus connue est sa résistance au feu. Il se trouve que grâce à cette propriété, l’amiante a été abondamment utilisé dans la construction dès l’Antiquité - les Romains avaient des nappes en amiante qu’ils nettoyaient en les passant au feu ! - mais surtout dans les années 50 et jusqu’aux années 90 du siècle dernier.

MALADIES ET DÉSAMIANTAGE

En raison des maladies professionnelles provoquées par les amiantes amphiboles, qui mettent souvent du temps à se déclarer, l’usage de l’amiante sans distinction a été interdit dans la construction et la plupart des autres activités. Seules deux ou trois spécialités restant à l’écart, comme le spatial pour la protection contre l’échauffement. Il a donc fallu désamianter. D’abord partout parce qu’on ne savait pas bien à quoi s’en tenir et par principe de précaution. Nous avons tous fait ce genre d’expérience qui ont coûté la vie à des entreprises et fait perdre des capacités de production. Mais le désamiantage s’est avéré une activité juteuse. Aussi bien pour les défloqueurs que pour les avocats et les assurances qui allaient poursuivre les entreprises accusées d’avoir causé le décès de leurs très anciens employés...

BATAILLE DE LOBBIES

C’est là qu’on a assisté à une bataille de lobbies avec, d’un côté, des producteurs (notamment québécois), évidemment intéressés à continuer à produire, et, de l’autre, ceux qui avaient découvert une poule aux oeufs d’or avec les interdictions et qui se sont appuyés sur les revendications légitimes des syndicats et des salariés victimes pour lancer leurs affaires. Il n’était évidemment pas question pour eux de laisser faire une distinction entre amiante blanc inoffensif et amphibole. Les luttes d’influence n’ont donc pas cessé depuis plus de trente ans auprès des politiques de tous les pays et de l’Union européenne, avec comme résultat des réglementations plus ou moins totales mais ne faisant guère de distinction entre les différents minéraux. Ainsi, par exemple, la réglementation européenne ne fait pas de distinction entre du ciment contenant de l’amiante blanc en petite quantité et un camion chargé de fibres brutes d’amiante bleu. Le second étant vraiment dangereux alors que le premier ne présente pas de risques, selon les spécialistes.

Au printemps 2014, toutefois, un projet de réglementation d’interdiction totale et de désamiantage de tous les bâtiments de l’UE, sans distinction de produits, a été stoppé à la Commission européenne. Le professeur John Bridie a étudié et publié plusieurs travaux reconnus sur l’amiante mais il est abondamment attaqué par les lobbies « interdictionnistes », malgré des conclusions similaires aux siennes d’autres chercheurs et rapporteurs indépendants.

RAPPORT MELDRUM : LE CHRYSOTILE INOFFENSIF

Un rapport sur la toxicité des fibres, dit rapport Meldrum, a été publié en 1996 par le Health and Saftty Exécutive (HSE) et soumis à l’Organisation mondiale de la santé (OMS) à Genève la même année. Cette publication prouve clairement que le chrysotile ne provoque pas de mésothéliome et que, une fois confinée dans le ciment, il ne présente plus aucun risque mesurable. Plusieurs chercheurs indépendants sont depuis arrivés à la même conclusion, fait valoir John Bridle. Il cite plusieurs travaux plus récents qui se basent sur des statistiques fiables de plus de vingt ans.

Mais l’enjeu est tel que les groupes de pression sur les institutions européennes, les gouvernements européens et américain et sur les instances internationales, dont l’Organisation mondiale de la santé qui travaille toujours sur la Convention dite de Rotterdam sur les substances nocives, tentent de démontrer au contraire une nocivité de tous les amiantes par le jeu des amalgames. Pourquoi ? Eh bien parce que les travaux de désamiantage représentent des marchés considérables et si la Commission européenne avait décidé le retrait de l’amiante de tous les bâtiments, des milliers de fermes auraient dû changer leurs toits par exemple. A raison de quelque 15 000 euros par ferme, ça fait une somme. Mais plus important encore : les avocats (surtout américains), pour qui la poule aux oeufs d’or ce sont les procès plus ou moins justifiés par des victimes réelles ou supposées de l’amiante. De nombreux abus ont, en effet, été constatés dans les poursuites engagées contre des entreprises par d’anciens salariés sollicités par des avocats : des radios pulmonaires identiques, des cancers non vérifiés etc. Les assurances ne protestent pas car des fonds d’indemnisation ont été constitués et dans de nombreux pays, les assurances peuvent ensuite augmenter les primes de ceux qui ont été indemnisés ou pénalisés !

LE LOBBY INTERNATIONAL ANTI-AMIANTE QUI LUI DOIT TOUT

C’est à l’initiative de ces avocats et financiers qu’a été créé le principal lobby anti-amiante toutes catégories : le secrétariat international pour l’interdiction de l’amiante (International Ban Asbestos Secretariat, IBAS).

Steven Kazan est un membre des comités de créditeurs de grandes entreprises américaines mises en difficulté par les poursuites initiées par les avocats. Un groupe d’influence international était nécessaire pour élargir l’exploitation d’un tel filon. En 2000, le Secrétariat international a été créé et confié à Laurie Kazan Allen, soeur de Steven. Le Secrétariat a été domicilié en Grande-Bretagne, ce qui était plus « déontologique » qu’aux États-Unis.

Depuis 2000, des rencontres et conférences se tiennent un peu partout dans le monde avec le soutien financier de l’IBAS et des scientifiques conviés à y intervenir défendent les points de vue des organisations d’avocats qui gagnent leur vie sur les affaires d’amiante. Laurie et Steven Kazan ont établi des relations privilégiées avec des responsables d’organismes internationaux comme l’OIT, l’OMS, des unions syndicales mondiales et des organisations professionnelles du bâtiment, intéressées aux travaux de déflocage et désamiantage.

Parmi les thématiques, la mise en cause de la chrysotile par amalgame avec les amphiboles est systématique. En 1997, par exemple, l’IBAS pour tenter d’annihiler les effets du rapport Meldrum, a encouragé des responsables de l’UE et des officiels britanniques à affirmer que les ciments avec amiante blanc pourraient provoquer la mort de 105 000 travailleurs par an...

LE JEU DES 90 %

Mais pourquoi cet acharnement contre la chrysotile, dont on pourrait au contraire se réjouir qu’elle n’est pas dangereuse, puisque près de 90 % des bâtiments « amiantés » le sont précisément par des ciments floqués ? La réponse est dans la question : 90 % des amiantes utilisés dans le bâtiment seraient inoffensifs ? Que de marchés perdus ! Alors il faut qu’il soit cancérigène. Tous les moyens sont bons mais l’un des plus gros, et pour cette raison l’un de ceux qui ont le mieux marché, est cet épidémiologiste britannique qui en 1997 a mené une étude dans une usine textile de Rochdale (près de Manchester dans le Lancashire) et qui a conclu que, dans la mesure où l’amiante blanc représente 90 % des amiantes présents dans l’entreprise, 90 % des morts par amiante devaient être dus à l’amiante blanc ! Étrange modèle mathématique !

Mais qui a été repris depuis, y compris par des organismes officiels.

Les sommes en jeu se montent à des dizaines de milliards de dollars ou d’euros entre :

  • les compensations, réelles ou injustifiées mais toujours bénéfiques pour les avocats qui les obtiennent,
  • les travaux de désamiantage, qui du coup n’ont le plus souvent pas grand sens puisque dans 90 % des cas on a affaire à un amiante inoffensif, surtout tant qu’il est confiné, les fonds d’indemnités amiante constitués dans les pays industrialisés auxquels les assurances ont accès et les possibilités de hausse des primes, ouvertes par les indemnisations versées et déjà remboursées par les fonds d’indemnisation.

Le revers de la médaille, ce sont des entreprises de l’économie réelle en faillite ou en difficulté. Avec des transferts de richesse vers des secteurs tertiaires, tentés par les placements purement financiers et les produits dérivés éloignés de la production. Et d’énormes sommes prélevées sur les budgets, et donc le contribuable, pour alimenter des fonds d’indemnisation et effectuer des travaux, le plus souvent inutiles, dans des édifices publics. On ne parlera même pas du bilan carbone...

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