AFRIQUE : Préserver l’environnement en redonnant de l’importance aux sciences de l’homme.

Mardi 25 février 2014 // L’Afrique


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Les hommes et les femmes politiques africains, en ce début du 21° siècle, écoutent, peu ou pas du tout, les historiens, les sociologues, les anthropologues, les ethnologues, bref, tous ces scientifiques qui étudient l’homme et le milieu dans lequel il vit. Il y a plusieurs siècles, de cela, sous d’autres cieux, on avait, souvent, recours, à leur expertise, dans la plupart des situations, et ce n’était pas plus mal. Ils se rendaient, par exemple, utiles dans la réussite des politiques d’esclavage et de colonisation qui étaient appliquées, pendant de très longues années, sinon, des siècles, sur de larges étendues composées de peuplades différentes. Mais passée l’ère de la civilisation industrielle, on n’a plus beaucoup fait appel à leur savoir-faire. Le début de leur marginalisation coïncidait avec l’entrée de l’Occident dans l’ère de la consommation de masse.

 Les dégâts constatés, aujourd’hui, partout dans le monde, se passent de commentaire. La montée en flèche du bien-être social dans les pays occidentaux, qui est une des conséquences des politiques industrielles et de consommation de masse incontrôlées, non maîtrisées, surtout, mal pensées, a, parfois, fait perdre la raison et le sens de la mesure. Où sont donc passés les anthropologues pour redonner le sens aux choses ? Qu’en est-il des ethnologues pour nous rappeler ce que nous sommes ? On a qu’à jeter un coup d’oeil dans les universités, pour voir le peu d’importance qu’on accorde, de nos jours, aux sciences humaines. On considère, à tort, de telles formations comme étant au rabais et ne procurant qu’un chômage de masse dans les pays. Ce qui, bien évidemment, est totalement faux, le problème, ici, étant, en réalité, celui de l’inadéquation des formations par rapport aux besoins de la société (sans cesse changeante) dans laquelle nous vivons.

Le monde (et l’Afrique en particulier) a intérêt à écouter, comme avant, les spécialistes des sciences humaines, maintenant, où il est engagé, totalement, dans l’ère des Nouvelles technologies de l’information et de la communication (NTIC). Pour cela, et en Afrique, surtout, il faut commencer par réhabiliter les facultés des lettres et des sciences humaines et repenser toutes les formations qui y sont dispensées afin qu’elles répondent aux besoins, en tenant compte du processus évolutif de la société actuelle.

Les Africains doivent, ensuite, repenser, en profondeur, les politiques publiques des Etats afin qu’elles intègrent cette nouvelle vision du développement, qui replace l’homme au centre des préoccupations, et non la richesse ou le seul bien matériel. Pour cela, il est nécessaire de commencer par corriger la composition des équipes qui confectionnent des plans (ou programmes) de développement ou ce qui en tient, officiellement, lieu. Parfois, ce sont des partenaires étrangers (aux connaissances sociétales locales limitées) qui les font, en lieu et place des Africains, avec, au final, des résultats calamiteux. Cette tâche est d’habitude confiée au ministère du Plan ou de l’Economie, où, là aussi, brillent par leur absence, des philosophes, des sociologues, des historiens, c’est-à-dire, tous ces spécialistes (qui ne sont pas que des beaux parleurs), mais ont la capacité de montrer nos sociétés sous un aspect totalement différent de celui des économistes, des juristes, des ingénieurs, des agronomes, et autres.

Je dirais que, parfois, ces mal-aimés de nos politiques de développement apporteraient un autre regard, beaucoup plus juste car plus authentique et plus vrai, de ce qu’est l’Afrique et de ce qu’elle devrait devenir, dans le cadre d’une économie mondialisée. Ce n’est pas, malheureusement, le cas, aujourd’hui, où les Africains, à des rares exceptions près, ne sont que de distingués suivistes. Je le dis avec d’autant plus d’aisance que je suis, moi-même, économiste de formation, qui sais comment sont considérés, dans nos sociétés, ceux que nous appelons, avec un brin de mépris, « des littéraires ».

Après l’échec de l’ère des « industries industrialisantes » en Algérie, en Côte d’Ivoire, au Nigeria, au Cameroun, et dans beaucoup d’autres pays, échec qui a produit la toute première vague des chômeurs, il est urgent d’humaniser un peu plus les politiques de développement, en Afrique.

C’est vrai que ce n’est pas sous la menace des djihadistes d’Aqmi, du Mujao, d’Ansar Dine, de Boko Haram ou même des Frères musulmans, qu’une telle mutation intellectuelle et comportementale pourrait, convenablement, se réaliser alors que l’existence même du continent en tant qu’entité souveraine, commence à être mise entre guillemets. Mais tout de même ! Attend-on que le coq ait les dents pour se réveiller en Afrique ?

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