Jean-Paul Tedga vole au secours des idées.

AFRIQUE : Cap sur l’émergence

Par Afrique Education

Vendredi 19 avril 2013 // L’Afrique

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Les 27 et 28 mars, l’Afrique du Sud a abrité, à Durban, le 5e Sommet des BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud). Alternative crédible au Groupe des pays du G8 (Etats-Unis, Japon, Allemagne, France, Grande Bretagne, Canada, Italie et Russie), les BRICS représentent 25% du PIB mondial, 15% du commerce mondial et 40% de la population mondiale. Ira présence de l’Afrique du Sud, candidat à un poste permanent au Conseil de sécurité des Nations-Unies, dans ce nouvel ensemble économique, et l’organisation chez elle de ce Sommet, permettent de remettre l’Afrique en selle au moment où les économies de l’OCDE, plombées par la crise économique et financière, demandent qu’on les aide à sortir la tête hors de l’eau.

En authentique Africain, le président de l’Afrique du Sud, Jacob Zuma, a tenu à associer d’autres pays africains frères à son Sommet. En tout, une trentaine de pays du continent noir, ont été invités à prendre part à certains travaux du Sommet. Cette louable initiative leur a donné l’occasion de faire ample connaissance avec les BRICS ainsi qu’avec le mode de fonctionnement de cette structure.

De nos jours, les dirigeants africains aiment parler d’émergence de leur économie dans un avenir relativement proche, comme si une telle mutation socio-économique pouvait s’opérer par un simple coup de baguette magique. Sans autonomie au niveau énergétique, des infrastructures de transport, des nouvelles technologies de l’information et de la communication, tant que ces ,pays ne se doteront pas des législations dans le domaine du droit commercial et des affaires, qui créent la confiance chez les éventuels investisseurs, aussi longtemps que la justice ne sera pas libre, Il y a de très fortes chances que l’émergence sera un voeu pieux.

Force est donc de dire que c’est un simple slogan quand on annonce l’émergence dans une dizaine ou quinzaine d’années, dans tel ou tel pays membre de la zone franc. Généralement, les pays concernés, du Nord au Sud et de l’Est à l’Ouest sont encore, quotidiennement, traversés par de longues coupures d’électricité et d’eau. Le B A-BA pour tout investisseur qui se respecte. Autant dire qu’on est encore très loin des ambitions affichées.

Cela dit, ne soyons pas totalement pessimistes : la Guinée équatoriale, par exemple, est un pays où on note un effort massif de réalisations d’infrastructures dans tous les domaines de la vie économique et sociale, depuis une dizaine d’années. Dans ce pays où l’or noir coule à flots, on peut raisonnablement envisager qu’il devienne émergent dans une autre dizaine d’années, s’il maintient le même rythme d’investissement et continue de bénéficier de la n11me stabilité politique et sociale. Cela dit, ce n’est pas encore gagné au niveau de l’éducation, de la formation professionnelle et technique et des mentalités.
Le fait donc de convier une trentaine de dirigeants africains, à Durban, leur a permis de mieux appréhender le concept.

Le fait de convier une trentaine de dirigeants africains, à Durban, leur a permis de mieux appréhender le concept d’émergence qui mériterait de devenir une appellation
rigoureusement contrôlée. Car ne devient pas pays émergent qui veut ; Une émergence qui mériterait de devenir une appellation rigoureusement contrôlée. Car ne devient pas pays émergent qui veut.

Une bonne nouvelle commentée à Durban : la création prochaine d’une banque de développement des BRICS dotée d’un capital initial de 50 milliards de dollars équitablement réparti entre les 5 membres. Cette banque, dans les cinq prochaines années, devrait financer 4.500 milliards de dollars en infrastructures dans les pays membres en même temps qu’elle compléterait les institutions de Bretton Woods dont le fonctionnement est (jugé) anti-démocratique en ce sens qu’elles dépendent largement des pays du G8 qui en assurent l’essentiel du capital. Cette facture, banque de développement des BRICS qui intéressera, aussi, les pays africains dont les besoins de financement de leurs économies sont importants, coopérera avec d’autres marchés émergents. En marge du G20 qui se tiendra, en septembre, à Saint-Pétersbourg, en Russie, les BRICS se réuniront pour lui trouver un siège.

Maintenant que la machine est véritablement lancée, les BRICS doivent tout faire pour convertir la dynamique économique qui les porte en un véritable élan politique commun. On sait que leur principale force, c’est d’avoir transcendé la non-uniformisation qui caractérise leurs sociétés.

Sur le plan économique comme sur le plan politique, les BRICS ne constituent en aucun cas un bloc homogène. D’un côté, les régimes prônent un Etat dirigiste, ce qui est le cas de la Chine et de la Russie notamment. Ces deux pays privilégient les avancées économiques sur les avancées démocratiques, ce qui ne les a nullement empêchés d’émerger au point de concurrencer pour ce qui est de la Chine les pays occidentaux sur leur propre marché.

Par opposition, le Consensus de Washington prône le libre échange, les droits civiques et la démocratie. Un consensus auquel adhèrent le Brésil, l’Inde et l’Afrique du Sud.

Les BRICS (moins la Russie dont le statut est hybride), sont les pays du Sud qui s’organisent pour mieux échanger, accroître leur développement, devenir moins dépendant des instances de la gouvernance mondiale classique et ce, dans les domaines économique, financier, industriel, etc. Avec en plus, en soutien, l’Afrique qui est le principal réservoir des matières premières et dont les énormes besoins au niveau de son développement sont une chance pour tirer la croissance mondiale dans la mesure où tout y est à faire.

Il s’agira à coup sûr d’un partenariat gagnant-gagnant où entre BRICS et pays africains, chacun trouvera largement son compte. C’est déjà le cas entre la Chine et l’Afrique, même si ce partenariat demanderait encore à être mieux rationnalisé. Afin qu’il devienne le modèle de ce qu’il ne fallait pas faire dans la relation entre l’Afrique et les pays occidentaux.

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