AFGHANISTAN : Départ sans gloire.

Vendredi 18 janvier 2013 // Le Monde

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L’Afghanistan, c’est fini pour l’armée française. Et pour la diplomatie française aussi :
Après dix ans, 90 morts, 700 blessés, la France s’est retirée d’Afghanistan. Deux ans avant la sortie programmée des forces de l’OTAN fin 2010. Certes une coopération civile active demeure ainsi que des activités de formation de sécurité, mais fa France ne se bat plus en Afghanistan. Ceux qui rentrent s’interrogent encore sur le sens de leur mission. Il n’y a pas de réponse universelle ni toute faite. L’effort militaire n’a pas été vain. Les forces françaises ne sont pas parties en catastrophe, mais dans l’ordre. Un traité d’amitié et de coopération franco-afghan a été signé en 2012. Merci les Français.

Pour autant, Paris ne s’est-il pas exclu des grandes manoeuvres diplomatiques qui sont supposées préparer, I’après-2014 ? Les tentatives pour accueillir en France une négociation entre, les diverses forces politiques afghanes ont, semble-t-il, fait long feu. N’y aurait pas de quatrième rencontre à Chantilly en 2013. Les trois premières, en novembre 2011, juin 201.2, et surtout celles du 20 et 21 décembre 2012, avaient pourtant reçu la bénédiction du président Hamid Karzaï. Elles n’engageaient pas directement le Quai d’Orsay, se tenant sous te truchement de la Fondation pour la recherche stratégique. Personne n’était dupe. Sans doute personne ne les prenait il très au sérieux. On n’y voyait qu’un rideau de fumée pour camoufler ce que l’on risquait de qualifier d’abandon.

Or les participants paraissent s’être pris au jeu. Deux représentants des talibans avaient même été récupérés pour la dernière session. Est-ce ce qui a inquiété Kaboul ? Le ministre afghan des Affaires étrangères, dans une déclaration le 25 décembre à Kaboul, a mis le holà : « à Kaboul et nulle part ailleurs », pas à Chantilly, donc ni à Achkabad (Turkménistan) où le représentant spécial de I’ONU pour l’Afghanistan avait imaginé nouer des contacts.

Motus en revanche sur Doha où on s’emploie à faire émerger un bureau de représentation « officiel » des talibans ! Etats-Unis et Allemagne approuvent. Les liens si étroits entre le Qatar et la France_ : n’incluaient visiblement pas la question afghane. Signe d’un refroidissement depuis l’arrivée au pouvoir de François Hollande ? Le Qatar avait souvent fait cavalier seul même au temps de l’idylle avec Nicolas Sarkozy. Ou au contraire souhait élyséen de ne pas gêner un ami qui vous veut du bien ? L’Emir a sa propre diplomatie, dont l’un des axes principaux est la rivalité pour l’hégémonie avec l’Arabie saoudite embarrassée par sa gérontocratie au pouvoir et dont l’Afghanistan a longtemps été la chasse gardée.

Des diplomates talibans estampillés au Qatar seraient plus acceptables que les mollahs wahhabites, voire que les ex-responsables « relâchés » par le Pakistan. Islamabad, en grand « parrain », n’a en effet pas l’intention de se laisser marginaliser ou doubler par New Delhi dans les grandes manœuvres qui commencent. Ils jettent dans ta mêlée d’anciens dignitaires du précédent régime taliban qui vivaient au Pakistan.

Un ex-ministre des Affaires étrangères britannique avait jadis accusé Paris de « boxer au-dessus de sa catégorie ». Les passionnés du dossier afghan en France une poignée, les francophiles afghans, autour des fidèles du commandant, Massoud ou de l’ancien roi Zaher, y, ont naïvement cru mais ces questions nous dépassent.

A qui passer le bébé ? L’ONU ? Les Américains ? Les régionaux On est bien en, peine. Le pire est la concurrence de toutes ces instances. Mais dur est aujourd’hui de taille à mettre tout le monde d’accord ? Personne ni à Washington ni a fortiori à Paris. II n’y a pas de honte à l’admettre. Alors, va pour le Qatar.

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