A propos des drones militaire.

Mercredi 7 mars 2012 // L’Europe

Drapeau de FranceLa loi de finance 2012 aura cette année été couronnée par une bataille d’amendements très éclairante sur le psychodrame des drones militaires dans une Europe incapable de s’entendre sur un projet commun.

De quoi s’agit-il ? Rien de bien nouveau : on sait accrocher sous un gros moto-planeur sans pilote quelques uns des systèmes de détection et armes qu’on trouve déjà sous les ailes ou dans le nez de nos chasseurs, hélicoptères ou avions de patrouille maritime. Une nuance cependant : le moto-planeur vole lentement, consomme peu et reste ainsi longtemps dans le ciel pour peu qu’on en ait la maîtrise absolue (comme en Afghanistan), sans quoi il n’y survit pas longtemps (les Serbes ont abattu 15 drones de l’Otan en 1999). Ce n’est donc pas une capacité nouvelle, juste un moyen différent et intéressant d’appliquer celles que nous avons déjà. Mais l’unique drone que la France a envoyé tardivement sur la Libye n’a pas vraiment changé le cours des choses, pas plus que les dizaines de drones qui survolent l’Afghanistan ne permettent d’en sortir. Bien sûr, ils contribuent à la protection de nos soldats envoyés dans ce guêpier, mais en faire une capacité militaire aussi stratégique qu’un satellite espion est un premier contresens.

C’est l’espace qui a donné une nouvelle impulsion aux drones : des liaisons satellitaires permettent, à grande distance, de les piloter, de lire leurs détections et de déclencher le tir de leurs armes. Mais c’est aussi de l’espace que la plupart des drones sont tenus en laisse par les satellites du GPS américain sans lesquels ils seraient perdus. Là haut sont les points névralgiques et les coûts cachés des systèmes de drones. Il est donc dérisoire de voir dans la fabrication de moto-planeurs un enjeu de stratégie industrielle et de souveraineté. C’est un deuxième contresens.

S’agissant de stratégie industrielle, la Direction générale pour l’armement a confié à Dassault la réalisation d’un drone de combat expérimental, pas un moto-planeur, mais « un avion de chasse sans pilote », une façon intelligente de maintenir les bureaux d’étude de cette société et de préparer l’avenir, mais ce n’est pas un besoin militaire et pour cause : nos missiles de croisière qui ont détruit les dépôts de munition de Kadhafi sont la première génération des drones de combat. Rapides, manœuvrants, furtifs, ils ont frappé avec précision des objectifs défendus. Mais les Rafale qui les ont largués sont repartis sans les attendre : on préfère « crasher » ces drones sur leurs objectifs avec leur charge militaire, plus simple et plus économique. Il y a f-donc bien une anomalie dans la séparation actuelle entre les travaux sur les drones de combat et ceux déjà réalisés sur nos missiles de croisière. Un troisième contresens ? À moins qu’il ne s’agisse d’arrangements industriels.

Revenons à nos moto-planeurs et à nos parlementaires. Après avoir lancé deux programmes de drones d’observation confiés à Sagem, puis à EADS, en coopération avec Israël dans l’espoir déçu d’acquérir son expertise, le gouvernement français décide de reprendre une coopération israélienne (avec Dassault cette fois-ci) pour un nouveau programme de drone. « 30% plus cher, 20% moins performant » que l’offre américaine concurrente, avait indiqué le ministre de la Défense et on pressent ici que cette décision n’est pas la sienne. L’offre américaine est en effet très crédible, les problématiques de souveraineté opérationnelle y sont de même nature qu’avec Israël et l’argumentation industrielle qui a prévalu, est discutable au point qu’en décembre le Sénat, toute tendances confondues, s’est opposé par amendement au choix du gouvernement.

On lira l’avis étayé et convaincant des sénateurs (résumé dans une tribune du Monde le 9 décembre) et on regrettera que nos députés, qui l’ont rejeté, n’aient pas la même liberté. Mais il est vrai que leurs sièges sont plus fragiles. Il faudra donc sur cette affaire compter sur la vigilance de la Chambre haute.

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