A droite, à gauche, tous des clowns !

Vendredi 6 avril 2012, par Catherine Dubouloz // La France

Drapeau de FranceCe quotidien suisse a suivi des militants PS partis distribuer des tracts dans un quartier populaire de Reims. Le nom de Hollande est loin d’être le sésame escompté.

Le Temps Genève

Tout est gris, ce mardi matin de fin février à Reims, sur la place Jean-Moulin, vidée de ses voitures pour faire place au marché, au coeur du quartier de l’Europe. Le ciel, les immeubles qui entourent l’esplanade, des barres datant probablement des années 1960, le bitume. Une dizaine de militants socialistes rémois arrivent pour distribuer des tracts, ainsi que le programme de François Hollande ; et gagner des voix dans un quartier populaire où l’abstention s’annonce forte.

Il est 10 heures, il fait froid, le marché n’est guère fréquenté. Peut-être l’effet des vacances scolaires ? Ou alors les gens n’ont plus d’argent, c’est la fin du mois suppute Lucien, vieux militant qui se classe à la gauche du parti. Le groupe discute stratégie de déploiement. Soudain, une marchande de textile les interpelle : Poussez-vous ! Vous ne pouvez pas aller ailleurs ? Les clients ne me voient plus ! Les militants s’exécutent. Dans le mouvement, Sabrina Ghallal, candidate aux élections législatives, s’approche de trois dames d’une cinquantaine d’années. La jeune femme n’a pas le temps de leur dire bonjour que l’une d’elles fulmine : Arrêtez, on en a marre ! C’est du harcèlement ! Ça ne m’intéresse pas vos histoires politiques. Son amie enchaîne : Puisque c’est comme ça, je quitte le marché. Quelques minutes plus tard, Sabrina Ghallal et son directeur de campagne, Brice Lebœuf, abordent deux hommes, vêtus d’habits élimés. L’un d’eux s’en va, ostensiblement. L’autre lâche : A droite, à gauche, tous des clowns ! J’en ai assez, je ne regarde plus la télé et je n’ai pas besoin de papier."Au même moment, une marchande frôle la socialiste en aboyant : Rien à foutre de ces campagnes pourries...

Nous sommes dans un quartier populaire, la majorité des gens devrait voter pour nous et voyez comment ça se passe, il y a un vrai problème. On sent un décrochement face à la politique. La vraie question à laquelle nous faisons face, c’est celle des abstentionnistes de gauche. Nos propositions ne s’impriment pas dans la tête des gens, peut-être parce qu’elles ne sont pas assez percutantes, soupire Lucien. Le rejet de la politique, le dégoût, l’idée que dans les deux camps c’est du pareil au même, nous les rencontrons au quotidien ajoute Brice Lebœuf. Les gens ne savent pas encore pour qui ils vont voter, mais ils en ont déjà marre. On les sent résignés, ajoute Sabrina Ghallal.

Malgré l’hostilité ambiante, l’équipe continue. Et la fin de la matinée se passe quand même un peu mieux. Chaque militant parvient à distribuer ses programmes et parfois à engager la discussion. Après une longue conversation, au cours de laquelle il raconte ses soucis par le menu, un vieil homme lâche : Vous savez, je vote à gauche depuis trente ans, j’irai encore cette fois. Juste de quoi ne pas perdre espoir.

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