JMJ

À Rio, l’appel missionnaire du pape.

L’arrivée du pape François à Rio, le 22 juillet. Un casse-tête sécuritaire pour les autorités brésiliennes.

Jeudi 29 août 2013 // La Religion

Près de 2,5 millions de jeunes devaient acclamer le pape, le premier souverain pontife du Nouveau Monde. Au coeur du premier pays catholique, François devrait mobiliser les énergies de tous, laïcs et religieux.

Copacabana, la célèbre plage de Rio de Janeiro, s’enfièvre, sans exubérance, avec une allégresse et une ferveur peu communes. Même les sculpteurs de sable ont oublié leurs naïades dénudées ou les stars de la samba. Leurs oeuvres sont à l’effigie du pape. Avant même son arrivée, ce 22 juillet,la "Cidade maravilhosa" (la "Cité merveilleuse") s’était muée en "cité de la foi", au rythme de la joie des 2,5 millions de jeunes catholiques venus du monde entier pour manifester leur. engagement chrétien et leur quête spirituelle marquée par le partage. Ils ont jusqu’au 28 juillet pour démontrer leur enthousiasme dans ce pays-continent de 196 millions d’habitants, fort de ses 123,3 millions de fidèles catholiques (plus de 63% de la population).

Souvent venus en petits groupes d’une vingtaine, les jeunes pèlerins sont reconnaissables de loin, en tee-shirt coloré, vert ou bleu. Les jaunes sont les 60 000 volontaires venus de tous les pays. Tous portent un sac à dos en tissu contenant une bible, un guide pratique, une croix en bois, une gourde en plastique biodégradable, une casquette. On les découvre, parfois égarés dans cette ville trépidante que la plupart ne connaissent pas, portés par une joie de vivre communicative. « C’est celle de la foi partagée », explique la Française Gabrielle Bélé, 26 ans, coordinatrice nationale de l’organisation de ces Journées mondiales de la jeunesse. Depuis septembre 2012, seule salariée de la Conférence des évêques de France, elle veille à la préparation du séjour de l’ensemble des pèlerins français.

La liesse s’est emparée de tous dès la Semaine missionnaire qui a précédé les JMJ, offrant un kaléidoscope de motivations très diverses. Avant même que la scène blanche de près de 5 600 pèlerins viennent de France, dont 4 650 jeunes, deux tiers d’étudiants, un tiers d’actifs 3 800 mètres carrés réservée au pape ne s’anime, le dimanche "carioca" (habitants de Rio de janeiro) résonnait déjà de cette diversité. Aux abords du fort militaire de Copacabana, on croisait des pèlerins brésiliens en procession avec la croix dite "des JMJ" et l’icône de la Vierge, d’autres groupes chantant des chants religieux ou avançant au son de percussions, criant à tue-tête des noms de paroisse en guise de ralliement.

Paris, Cracovie, Lisbonne, Sydney, toute l’Amérique latine, surtout, sont présents. Le Mexique, l’Uruguay, l’Argentine, pays natal du pape François, premier souverain pontife latino-américain, sont venus en force. Les LatinoAméricains dominent la foule bigarrée. Ils parlent de leur « attente immense » de cette rencontre avec le Saint-Père, expriment fièrement leur foi, avec la légitimité d’une communauté qui représente 39 % de la population catholique mondiale 468 millions de fidèles, soit près de 70 % de la population latino-américaine.

« Parmi les pèlerins inscrits, on compte 60 % de Brésiliens, 20 % de Sud-Américains et 20 % d’Européens, moins nombreux en raison des distances etdu coût du déplacement d’environ 2 000 euros, souligne le père Didier Noblot, coresponsable de l’équipe communication des JMJ France. Mais ces journé4 sont un rassemblement pour tous, portés par l’échange. Nos jeunes sont très investis dans ce partage et, avec 5 600 pèlerins, la France est le deuxième pays européen représenté, après l’Italie. Elle peut être fière du dynamisme et de l’élan de sa jeunesse. » En avril dernier, le père Leandro Lenin Tavares, codirecteur de la préparation des JMJ et de la pastorale, confiait que, venus de 80 diocèses et groupes communautaires, les Français s’étaient massivement inscrits.

« Vous êtes l’avenir du monde et l’espérance de l’Église », avait dit Jean-Paul II aux jeunes au soir de son élection. Les pèlerins de Rio voient un prolongement de cette parole dans le thème choisi par le pape François, puisé dans l’Évangile selon saint Matthieu : « Allez, de toutes les nations, faites des disciples. » Cet appel clair à l’engagement missionnaire surprendra sans doute les hostiles au catholicisme et les plus timorés au sein de l’Église.

Pour Gabrielle Bélé, cette Semaine missionnaire aura eu une résonance particulière et donné un élan à ces JMJ. Les pèlerins français l’ont suivie pour la plupart avant d’arriver à Rio : « Tous se disent marqués par l’expérience forte de cette préparation passée dans des diocèses très variés, à Salvador de Bahia, à Recife. Souvent accueillis chez des Brésiliens de condition modeste, ils ont exploré avec intensité les trois axes de recherche : le partage de la foi, de la culture du pays et de l’action sociale. »

Échange et proximité sont au coeur des préoccupations, malgré les 30 000 policiers mobilisés jusqu’à Guaratiba, le Campus Fidei ("Champ de la foi") aménagé à 40 kilomètres de Copacabana. Dès son arrivée, le pape a touché tout le monde en modifiant son programme. Précédant la réception officielle donnée en son honneur par la présidente Dilma Rousseff, il a tenu à faire un tour du centre-ville, connu pour ses débordements, en Jeep découverte. « Nous sommes heureux de découvrir un pape simple, ouvert, engagé contre la pauvreté et impliqué jusqu’à visiter un hôpital, une favela, témoigne un pèlerin français de Saint-Étienne, hôte du collège Notre-Dame à Ipanema, l’un des quinze sites religieux accueillant des Français. Le pape François nous guide mieux que tout autre. »

Le QG des Français est à Santissima Trindade, à Flâmengo, une église desservie par le père Joào Bosco, un Français installé depuis quarante ans au Brésil. Les Français ne manquent pas de repères. Sur place, ils peuvent découvrir une "grotte de Lourdes".

Arrivée dès le 17 juillet avec la Communauté de l’Emmanuel, Sophie, trentenaire du nord de la France, a fait le voyage avec son mari et des membres de sa famille. Elle était déjà aux JMJ de Rome. Elle est venue à Rio de Janeiro sans crainte, malgré les récentes émeutes sociales. « Je suis en attente de témoignages de la foi, je veux en savoir plus sur la pratique de chacun, échanger avec les autres, me rendre sur les lieux marquants, mieux comprendre le symbole si fort de la Vierge d Aparecida, la sainte patronne du Brésil. » Elle aussi s’inquiète de l’érosion de la communauté catholique, concurrencée par les Églises évangélistes. Elle comprend d’autant mieux l’appel du pape François à l’engagement missionnaire, autant pour les religieux que pour les laïcs. 

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