Mediapart

À La Rochelle, les doutes commencent à poindre

PAR MATHIEU MAGNAUDEIX

Jeudi 13 septembre 2012 // La France

Jean-Marc Ayrault est venu donner des gages. Samedi, le premier ministre était l’invité de l’université d’été du PS à La Rochelle. Après le flottement des dernières semaines et les critiques de la gauche du PS, l’exécutif veut remobiliser les militants et rassurer ses électeurs. Peu avant 18 heures, le premier ministre déboule dans une salle archi-comble, aux côtés de Martine Aubry, au son d’une curieuse version instrumentale du Nougayork de Nougaro. Vêtu d’une estivale veste bleue, Jean-Marc Ayrault répond à une série de questions plutôt inoffensives des Jeunes socialistes.

Jean-Marc Ayrault et Marine Aubry, samedi, à La Rochelle
Jean-Marc Ayrault et Marine Aubry, samedi, à La Rochelle© Reuters

Visiblement, le chef du gouvernement a l’intention de faire entendre sa voix, lui qui avait plutôt raté son discours de politique générale, début juillet. Comme un nouveau départ. « Nous avons une double responsabilité, commence le premier ministre (…) être capable de faire face aux urgences, aux injustices les plus criantes, aux attentes les plus fortes et à la fois inscrire notre action dans la durée. » Ayrault adopte un ton dramatique : « La situation que nous trouvons est une des plus difficiles qu’aucun gouvernement ait eu à traiter depuis très longtemps. L’affaiblissement de la France, la crise de l’euro, l’état du monde, la faible croissance, les dangers au Moyen-Orient, la situation en Syrie et en Iran. Nous avons le devoir de faire face et de tenir un devoir de vérité. »

En réponse aux critiques de la gauche du PS, mais aussi aux socialistes sceptiques, Ayrault promet : « Je ne veux pas être le premier ministre du tournant de l’austérité. » La salle applaudit. Idem quand, quelques minutes plus tard, le chef du gouvernement confirme le respect strict du non-cumul entre un mandat parlementaire et « tout mandat exécutif local ». Une pique en direction de certains barons du PS, qui ne goûtent vraiment pas cet engagement de campagne de François Hollande, bien qu’il figure dans les statuts du PS depuis trois ans.

Le discours n’est guère flamboyant, mais il donne un peu de baume au cœur des militants et des cadres, dont beaucoup observent les premiers pas de l’équipe Ayrault avec pas mal de questions. L’été a rajouté à leurs interrogations. « On est très nombreux à se dire qu’il y a eu un problème cet été avec l’affaire des Roms. S’il y a évidemment des signaux positifs, j’ai aussi des inquiétudes », explique Christophe Desportes-Guilloux, militant orléanais. Comme ses camarades du mouvement de jeunesse du parti, Juliette Perchepied, secrétaire nationale des Jeunes Socialistes, déplore la timidité du gouvernement au sujet du récépissé sur les contrôles au faciès, une promesse du candidat Hollande, qui semble déjà enterrée. « Une fois au gouvernement, on fait l’expérience de tous ces conservatismes qui s’expriment. Mais cet engagement doit être tenu », insiste-t-elle. À la tribune, Ayrault n’en a pourtant pas pipé mot.

« C’est une parenthèse qui s’ouvre, estime Éric, militant parisien – salarié d’une mairie, il veut garder l’anonymat. Soit la gauche se dépasse, soit on est foutu. » « Les Français ne nous pardonneront pas de ne pas avoir réformé ce pays. On n’a pas le droit à l’échec. Sinon, on ouvre la boîte de Pandore et c’est le FN dans cinq ans, s’inquiète Valérie, militante poitevine. J’espère qu’on ne sera pas gestionnaire et pantouflard. Je serai vigilante. Par ailleurs, l’expérience du pouvoir fait qu’on est très vite déconnecté. On est là pour les remettre sur les rails. » Comme pour s’en prémunir, les organisateurs de l’université d’été ont diffusé une série de films sur le pouvoir, dont Le Prince et son image d’Hugues Le Paige, un documentaire sur la façon dont François Mitterrand se mettait en scène, et L’Exercice de l’État, le film de Pierre Schoeller sur cet « État qui dévore ceux qui les servent ». Voilà les ministres prévenus.

À La Rochelle, cette année, l’ambiance n’est pas franchement à l’euphorie. Plutôt sérieuse, voire un peu grave. « C’est hyper studieux », note Nicolas Soret, jeune premier fédéral de l’Yonne. De fait, le traditionnel bal des ego aux terrasses des cafés rochelais n’a pas eu lieu, même si Manuel Valls s’est distingué par un discours très ferme sur la sécurité. Les ministres se baladent en tenue estivale, surveillés du coin de l’œil par leurs officiers de sécurité. « Il semble que le PS soit au pouvoir : le GIPN est sur les toits », s’amuse sur Twitter la ministre Michèle Delaunay. « On est un peu en mode facho… », s’excuse un membre du SO en vérifiant scrupuleusement les badges à l’entrée. Dans les ateliers et les plénières, les membres du gouvernement multiplient les références aux 60 propositions du candidat Hollande. Des participants ne cachent pas un certain ennui.

« Effectivement, tout ça n’est pas hyper sexy. On ne vend pas vraiment du rêve », se lamente un jeune conseiller ministériel. Et c’est peu dire que le duel pour la succession de Martine Aubry à la tête du PS en octobre entre Harlem Désir, actuel numéro deux du parti, et Jean-Christophe Cambadélis ne déclenche guère les passions.

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