Lu sur médiapart.

A Bruxelles, les socialistes européens fêtent l’« adieu à Merkozy »

Bruxelles, de notre envoyé spécial.

Vendredi 25 mai 2012 // La France

Dès lundi matin, le porte-parole d’Angela Merkel a mis les choses au clair : « Il n’est pas possible de renégocier le pacte budgétaire », a déclaré Steffen Seibert, en référence à ce traité européen, voulu par Angela Merkel et Nicolas Sarkozy, pour muscler l’austérité en Europe. François Hollande a fait de la “renégociation” de ce texte, en cours de ratification par les Etats membres, le point central de sa politique de relance du continent.

De la Banque centrale européenne (BCE) à la “règle d’or” des finances publiques, les sujets de friction entre Paris et Berlin ne manquent pas. Pendant sa campagne, François Hollande n’a pas mâché ses mots contre les politiques d’austérité imposées à l’Europe par Merkel. De son côté, la chancelière a défendu sans réserve Nicolas Sarkozy, l’assurant, lors d’un déplacement à Paris le 6 février, de son soutien « quoi qu’il fasse ». Elle a refusé de rencontrer, pendant la période électorale, le candidat socialiste, longtemps persuadée que le président sortant l’emporterait.

Mais le succès du PS a changé la donne. Chacun est en train d’arrondir les angles. Des collaborateurs de François Hollande et d’Angela Merkel se sont rencontrés à plusieurs reprises à Berlin ces dernières semaines. Le réalisme prévaut, tant que la relative accalmie des marchés financiers dure. A la chancellerie, on assure que Merkel « évaluera Hollande en fonction de ce qu’il fait après l’élection, et non de ce qu’il a dit avant », selon le Süddeutsche Zeitung. Elle a même récemment plaidé pour un « agenda croissance » en Europe. Dans un entretien publié à la veille du second tour dans la presse allemande, Pierre Moscovici, directeur de la campagne socialiste, y est lui aussi allé de son couplet rassurant : « Nous ne voulons pas provoquer de crise. (…) L’amitié franco-allemande reste un élément essentiel, structurel de notre politique. »

François Hollande le 5 décembre 2011 à Berlin, lors du congrès du SPD.
François Hollande le 5 décembre 2011 à Berlin, lors du congrès du SPD.© Reuters.

François Hollande lui-même a d’ailleurs parlé d’une « responsabilité commune » de l’Allemagne et de la France, lors de son discours dimanche à Tulle, afin d’apaiser les esprits. « Le couple franco-allemand n’est pas une obligation, ce n’est pas une donnée, c’est une responsabilité », avance de son côté Catherine Trautmann, députée européenne, responsable du pôle Europe pour la campagne socialiste. « Nous avons beaucoup de points de divergence mais nous devons nous rapprocher. Ce ne sera pas un directoire allemand comme sous "Merkozy", mais une entente dynamique. »

Au-delà des sorties médiatiques, ils sont nombreux, en coulisses, à parier sur un accord lors du sommet de juin, autour d’un “pacte de croissance”, qui viendrait compléter le “pacte budgétaire”. Herman Van Rompuy, le président du conseil européen, a convié les 27 à un dîner informel des dirigeants européens le 23 mai pour préparer la manœuvre. Il s’agirait, pour le PS, de recycler le “pacte de responsabilité, de croissance et de solidarité” dont François Hollande avait fait la promotion, lors de déplacements, fin 2011, à Bruxelles puis à Berlin.

« Il n’est pas impensable que l’on puisse avoir un accord rapide, dès juin, sur le pacte de croissance », estime Jean-Louis Bianco, membre de l’équipe de François Hollande, qui s’est rendu fin avril à Berlin. Sylvie Goulard, députée européenne du Modem, et proche de Mario Monti, le président du conseil italien, partage le même optimisme : « Si l’on regarde de près le mémorandum mis en avant par François Hollande, il n’y a rien d’extraordinaire ni d’impossible », juge l’élue. « La plupart des points sont déjà en discussion à Bruxelles depuis des mois. »

Répondre à cet article