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À Amiens, Valls demande « l’ordre républicain » et les habitants une police moins « provocatrice ».

Par Louise Fessard

Lundi 10 septembre 2012 // La France

Amiens, de notre envoyée spéciale :
Après une nuit d’émeutes dans les quartiers Nord d’Amiens, le ministre de l’intérieur Manuel Valls est arrivé mardi 14 août en milieu d’après-midi à l’Atrium, la mairie annexe, pour rencontrer la famille d’un jeune homme mort le 9 août dans un accident de moto, ainsi que plusieurs habitants. 

Les gendarmes mobiles contiennent les habitants lors de la visite de Manuel Valls à Amiens, mardi 14 août.
Les gendarmes mobiles contiennent les habitants lors de la visite de Manuel Valls à Amiens, mardi 14 août.© LF

Accueilli par les huées de riverains très remontés contre les policiers, et protégé par un cordon de gendarmes mobiles, le ministre a dû annuler la visite du quartier prévue, se contentant de se rendre en voiture à l’école maternelle Voltaire, l’un des trois bâtiments publics du quartier incendiés dans la nuit de lundi à mardi. De la chevrotine et des mortiers de feux d’artifices ont également été tirés au cours de la nuit, ce qui a amené Manuel Valls à déplorer le fait que 17 policiers ont été blessés, « dont dix par des plombs provenant d’armes à feu ».

« Cela fait des mois que l’on sent la tension monter…, a expliqué au Point le maire PS d’Amiens, Gilles Demailly. Sur un chantier, une grue a été incendiée, des pompiers ont été attaqués dans un guet-apens, on a déploré des car-jackings (assaut instantané sur une voiture arrêtée à un feu de circulation par exemple – ndlr) dans ce quartier… » De fait, les gendarmes mobiles se sont installés fin juillet dans ces grands ensembles construits dans les années 1960 et 1970 pour accueillir notamment les rapatriés d’Algérie, pieds-noirs et harkis. Ces quartiers d’habitat social, aujourd’hui en pleine rénovation urbaine, comptent quelque 15 000 habitants. Ils connaissant régulièrement des affrontements avec les forces de l’ordre.

C’est d’ailleurs principalement ce critère qui a poussé le ministère de l’intérieur à inclure Amiens Nord dans les 15 zones de sécurité prioritaires-test désignées fin juillet. En mai 2009, après la mort d’un jeune homme dans un accident de deux-roues déjà, les quartiers Nord avaient déjà connu une flambée de violence, puis une autre en août 2011. Mais « jamais avec une telle violence extrême, avec des tirs de chevrotines sur des fonctionnaires de police », assure un responsable local.

Cette fois, tout est parti d’un contrôle routier effectué dimanche soir par la brigade anticriminalité (BAC) à la cité de la Briqueterie. A quelques pas de là, plusieurs proches du jeune Nadir Hadji, mort deux jours auparavant dans un accident de moto, se recueillaient après son enterrement. « Nous étions en train de manger pour le repas de mon frère, le quartier était très calme, les hommes étaient à côté de la tente, les femmes dans la maison, explique sa sœur, Sabrina Hadji, jointe par téléphone. Vers 23 heures, la BAC a contrôlé ce jeune qui était là pour le deuil. Ce n’était pas un banal contrôle, c’était de la provocation. Ça a dégénéré, les policiers s’en sont pris à mon oncle et mon père. Les CRS sont arrivés et l’un d’eux nous a dit : “Votre caïd, votre mac, il est sous la tombe.” Ils ont gazé et tiré au Flashball alors qu’il y avait des femmes et des enfants. Nous ne sommes pas des animaux ! »

Au Colvert, sur la place de la mairie annexe, après le départ de Manuel Valls, le 14 août.
Au Colvert, sur la place de la mairie annexe, après le départ de Manuel Valls, le 14 août. © LF

L’épisode a également révolté Kader, 19 ans, un ami étudiant de Nadir. « Je comprends les jeunes, dit-il. La BAC est arrivée, a vu un regroupement parce qu’on faisait un repas et a voulu contrôler alors que la famille était en deuil et que le père a tenté de leur expliquer ! Après ça, les CRS ont gazé tout le monde, même les enfants.  » Une enquête administrative, annoncée lundi soir par le préfet de la Somme, devra éclaircir officiellement les conditions de cette intervention jugée « provocatrice » par plusieurs habitants. Toutefois pour le même responsable local déjà cité, «  certains jeunes, qui voulaient “se faire des policiers”, ont surtout pris le prétexte d’un contrôle de police qui se serait mal déroulé.  » Selon la préfecture de la Somme, dès dimanche en début de soirée, un riverain aurait en effet informé la police d’un dépôt d’engins incendiaires.

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