2014 : turbulences à venir.

Mercredi 19 février 2014 // Le Monde


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Un contexte international compliqué, où le faible cours du dollar influe directement sur les mauvais chiffres de l’exportation française, des expatriations par dizaines de milliers... Cette nouvelle année s’annonce mal si aucune bonne résolution n’est prise par le gouvernement.

En ce début d’année 2014, la France fait face à une situation économique et financière difficile. Le gouvernement actuel n’en est pas le seul responsable, loin s’en faut.! Mais le salut ne peut pas plus venir d’une dénonciation facile des errements passés que de la publication d’indicateurs chiffrés soigneusement sélectionnés. En fait, il n’y a pas d’autre solution pour remonter la pente que de « faire de la bonne politique », tant sur le plan international qu’au niveau national, et, pour cela, il faut du courage.

UN CONTEXTE INTERNATIONAL DIFFICILE.

Le 6 décembre 2013, sous l’égide de l’Organisation mondiale du commerce, a été signé l’accord de Bali dont tous les ministres de l’économie et des finances se sont félicités mais dont personne n’a vraiment mesuré les conséquences. Il est vrai que le texte n’a toujours pas été publié. On peut d’ailleurs se demander s’il est vraiment déjà écrit ou si, comme dans le cas de la plupart des accords internationaux d’aujourd’hui, ce texte ne sera rédigé - par des experts ! que longtemps après avoir été approuvé... Ce qui permet d’ailleurs toutes les manipulations. Parmi les informations qui ont été communiquées, l’une concerne le fait que les 49 pays « les moins avancés » pourront désormais offrir des facilités d’exportation vers les marchés des pays riches. Pour ce faire, ils pourront désormais exporter, en franchise de droits de douane, des produits dont 25% seulement de la valeur ajoutée aura été produite chez eux.

Un tel accord ouvrira aux entreprises multinationales de nouvelles possibilités de délocalisation. Partant, il leur offrira aussi de nouvelles possibilités d’échapper aux lois fiscales et sociales des pays riches, sans pour autant apporter du travail, et donc des revenus, dans les pays « les moins avancés ». La France n’y gagnera rien, qui a moins un problème de consommation que de production et donc de niveau d’emploi. Un tel accord incitera doublement les entreprises exerçant en France à délocaliser un peu plus puisque, outre le fait qu’elles pourront ainsi mieux « optimiser » la gestion de leurs activités, elles pourront aussi payer moins d’impôts.

LES EXPORTATIONS VICTIMES DU DOLLAR.

Ce nouveau handicap imposé à la production nationale vient s’ajouter aux difficultés résultant de la parité entre l’euro et le dollar. Cette parité ne résulte plus de la qualité et de la quantité de la production nationale, ni de la consommation. Elle résulte des politiques financiers et monétaires : en l’occurrence, c’est la quantité de dollars que la Fed déverse chaque mois dans le système international qui maintient le cours du dollar à un niveau particulièrement faible par rapport à l’euro. Or, les principales exportations européennes sont payées en dollars alors que les coûts de production sont évalués en euros. Cela pénalise évidemment tous les secteurs exportateurs, qu’ils soient industriels (Airbus) ou agricoles (vins de bordeaux). Alors qu’Airbus, qui ne doit faire face à la concurrence que d’un seul compétiteur au moins si puissant (Boeing) est obligé de vendre à perte, les vins de Bordeaux, confrontés à une concurrence multiple tant sur le plan national qu’international, ne peuvent même plus lutter.
Montesquieu expliquait qu’il refuserait quelque chose qu’il savait favorable à son pays mais défavorable à l’ensemble du monde. Il anticipait l’esprit des accords internationaux d’aujourd’hui !

Dans un tel contexte, le premier devoir d’un gouvernement - dont la responsabilité est de rechercher le bien commun des populations dont il a la charge - est d’adapter ces règles qu’il n’a pu éviter par des lois nationales qui corrigent leurs excès. Il peut également mettre en place des mesures correctives. Il semble bien, hélas, que le gouvernement actuel ne soit pas à la hauteur de ce défi. Deux exemples suffisent à le montrer.

LES FRANÇAIS S’EXPATRIENT.

À la mi-décembre, certains journaux ont fait état de la fuite des jeunes Français vers l’étranger. Ils seraient désormais 150 000 jeunes diplômés à vouloir aller chercher travail et fortune en Suisse, Angleterre, Allemagne, Canada, Australie, États-Unis, Asie du Sud-Est... Si l’on en croit l’Institut Montaigne, qui s’est penché sur la question, « les opportunités de carrière et de rémunération apparaissent comme leur motivation première ». Ce qui importe à ces jeunes expatriés, ce n’est pas la charge salariale brute supportée par l’employeur mais la rémunération nette qu’ils perçoivent et dont ils auront le libre usage. Dans le même temps, la France aurait accueilli 150 000 personnes en provenance de l’étranger. Ceux-là ne sont pas des personnes productives : ce sont « avant tout des parents qui mettent notamment en avant les services de garde et d’éducation des enfants, et... des retraités ». Notre système fiscalo-social conduit donc à la fuite des cotisants et à leur remplacement, nombre pour nombre, par des allocataires ! Il n’y a pas besoin d’être un grand stratège politique pour comprendre qu’une telle orientation n’est pas viable.
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Cet exemple montre une chose. L’équilibre économique et budgétaire d’un pays ne dépend pas uniquement du niveau des impôts, ni de l’importance des emprunts contractés, qu’ils soient publics ou privés, mais tient compte de toutes les conditions de la vie. Et la première règle en matière politique est la cohérence. Une cohérence qui ne semble pas la qualité première du gouvernement actuel. Au moment même où le ministre des Droits de la femme explique que les femmes ayant élevé deux enfants ou plus sont victimes d’une « discrimination » insupportable, le gouvernement leur rend plus difficile le recours à une auxiliaire familiale et propose une modification du régime des retraites qui pénalise les familles ayant élevé trois enfants ou plus. Il n’est question ici que de souligner que, sans politique cohérente, il n’est pas possible d’avoir une économie qui fonctionne convenablement pour le bien de toute la société.

Dans un tel contexte, il ne reste donc plus au gouvernement qu’à recourir à la parole pour présenter, sans mentir, les résultats de sa politique. Le président avait promis une inversion de « la courbe du chômage » avant la fin de l’année... sans préciser de quelle courbe exacte il s’agissait. Nous le savons aujourd’hui, puisque le seul indicateur statistique qui s’est indiscutablement retourné est celui du nombre des plans sociaux déposés chaque année : en 2013, il a augmenté de plus de 15%, alors qu’il était en constante diminution depuis plus de cinq ans.

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